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Poésie

Posts Tagged ‘flux’

Sur le fuseau de nacre (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



Sur le fuseau de nacre
Tendant le fil de soie,
Doigts souples commencez
L’envoûtante leçon !

Le flux et le reflux des mains,
Leurs gestes monotones
Comme si tu exorcisais
Je ne sais quel effroi solaire,

Lorsque ta large paume,
Pareille au coquillage flamboyant
Tantôt s’éteint, vers les ombres tombant,
Et tantôt disparaît dans le feu rose !

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vermeer de Delft

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Fleur de sel (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020




    
Fleur de sel

C’est du vent de la mer que naissent ses pétales
Et puis … c’est le soleil qui peaufine son corps
En faisant miroiter, tels des feux de Bengale
De fabuleux cristaux s’offrant à ce décor.

Sous la chaleur d’été, le paludier s’affaire
Armé de son ételle, il sculpte les mulons
Pour en faire des cônes à des fins salutaires
Puis des « Monts Blancs » sublimes à la morte-saison.

Cette manne salée qui relève nos plats
Nous faisant des gourmets depuis la nuit des temps
Trouve toujours sa place à l’heure du repas
Sur la table du riche ou celle du manant I

Saupoudrant les bonnottes et sardines d’argent
Se cachant prestement au coeur de nos gâteaux
L’or blanc de la Vendée, battu par tous les vents
Est la belle alchimie de la sueur des eaux.

Jardin marécageux … parterres rectilignes
Irrigués çà et là par le flux des étiers …
Qu’il est beau cet Eden et cet effort si digne
De ce splendide geste auguste du saunier.

Lorsque le soir descend, les derniers feux du jour
Enflamment les psychés des mouettes rieuses
La sage salicorne errant aux alentours
Rougit comme un rubis et fait l’audacieuse !

Au milieu des oeillets, pousse une fleur de sel
Venue en un bouquet du fond des Océans
Pour former une gerbe d’épis solennels
Au gré des fantaisies de la Rose des Vents !…

(Jacqueline Commard)

 

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La poésie circulaire (Benjamin Péret)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020




L’homme découvre la poésie circulaire
il s’aperçoit qu’elle roule et tangue
comme les flots de la botanique
et prépare périodiquement son flux et son reflux

(Benjamin Péret)

Illustration

 

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POÈME AU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Armand Point 
    
POÈME AU MONDE

C’est bonheur que pouvoir bouger
C’est enchantement que toucher
C’est une merveille vibrer
Dans le floral éclat des prés,
Exaltant se laisser aller
Au flux d’événements ailés,
Joyeux en élans s’exhaler,
S’élancer en joie s’égarer.
C’est jeu se laisser entraîner
Vers les dangers illuminés,
Léger et lesté se leurrer
De tant de leurres éventés,
Par la nostalgie tourmenté,
Au vent des épreuves porté
Dans les tourbillons déchaînés
Et les cauchemars effrénés.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MARÉES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



MARÉES III

Tout est marée
Vertige des cavernes
Ascension des collines

Tout est flux et reflux
L’ombre carnassière
Talonne chaque clarté

Tout est chemin
Le fossé qui nous creuse
Comme le feu qui survient

***

MARÉES VI

Faisant fleuve de toutes larmes
Océan de toute sueur
Cavernes de toute parole
Blessures de tout regard

Nous créons parfois nos spectacles
L’âpreté de nos fièvres
Le silence de nos trappes

(Andrée Chedid)

Illustration

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Parce que les visages jamais ne reviennent (Gilbert Vautrin)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




    
parce que les visages
jamais ne reviennent

comment dire
le bruit des jours
le flux et le reflux
toutes ces vies d’amour
hurlées
déchirées dans l’urgence
murmurées

parce que les visages
jamais ne reviennent…

(Gilbert Vautrin)

 

Recueil: Anges et Corbeau
Traduction:
Editions: Phoenix AEncrages & Co

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Le même fleuve de vie (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines nuit et jour
court à travers le monde et danse en pulsations rythmées.
C’est cette même vie qui pousse à travers la poudre de la terre
sa joie en innombrables brins d’herbe, et éclate en fougueuses vagues de feuilles et de fleurs.
C’est cette même vie que balancent flux et reflux dans l’océan-berceau de la naissance et de la mort.
Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle.
Et je m’enorgueillis, car le grand battement de la vie des âges,
c’est dans mon sang qu’il danse en ce moment.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Il y a un nom perdu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Il y a un nom perdu.

Nous ne savons pas s’il a toujours été perdu,
une seconde après avoir été prononcé
ou peut-être déjà d’avant.

Nous ne savons pas si quelqu’un l’a caché
et oublia l’endroit,
ou si l’endroit disparut de lui-même.

Nous ne savons pas s’il fut peut-être retiré
du flux furtif des noms
afin de préserver une anomie
indispensable dans l’ouvert.

Nous ne savons pas si la futilité de l’homme
le laissa choir
comme un déchet supplémentaire
dans la pente générale des déchets.

Mais maintenant il nous manque.
Non pour désigner ceci ou cela
parmi tant de choses qui n’ont pas de nom.

Son manque nous affecte plus au fond :
le nom perdu
fracture les noms du reste des choses.

Le nom perdu
creuse petit à petit les autres noms
et nous abandonne dans ce presque unanime désert de mots,
où le vent de la nuit
change de place tous les lieux.

Le vent de la nuit
ou une topographique vengeance de l’abîme.

De sorte que la perte d’un nom
nous a fait perdre tous les noms.

***

Hay un nombre perdido.

No sabemos si estuvo siempre perdido,
desde un segundo después de articulado
o quizá desde antes.

No sabemos si alguien lo ocultó
y olvidó el lugar
o si el lugar desapareció por si mismo.

No sabemos si tal vez fue retirado
del flujo furtivo de los nombres
para preservar una anomia
imprescindible en lo abierto.

No sabemos si la trivialidad del hombre
dejó que se cayera
como un desecho mas
en el declive general de los desechos.

Pero ahora lo extrañamos.
No para designar esto o aquello
entre tantas cosas que no tienen nombre.

Su falta nos afecta más adentro:
el nombre perdido
fractura los nombres de todas las otras cosas.

El nombre perdido
ahueca poco a poco todos los otros nombres
y nos deja abandonados en este casi un
unánime desierto de palabras,
donde el viento de la noche
cambia de sitio todos los lugares.

El viento de la noche
o una topográfica venganza del abismo.

Así el extravío de un nombre
nos ha hecho perder todos los nombres.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Même en ouvrant bien les yeux (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Même en ouvrant bien les yeux,
nous ne voyons le ciel qu’à travers de petits orifice
par où se déverse aussi l’enfer.

Le ciel, par contre, ne se déverse pas.
Il faut attendre le moment juste
et se déverser en lui
quand les petits orifices
ne sont pas obstrués par le flux de l’enfer.

Alors peut se produire l’inespéré,
que le ciel et l’enfer se rejoignent,
s’effacent comme deux saisons provisoires
et que surgisse enfin l’autre en son éclat,
le bouquet fait de toutes les fleurs,
le chemin qui va partout,
l’expression qui sert pour tous les gestes,
le repos qui soutient toutes les quiétudes,
la création sans la limite d’aucun créateur.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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Laurence endormie (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Laurence endormie

Cette odeur sur les pieds de narcisse et de menthe,
Parce qu’ils ont foulé dans leur course légère
Fraîches écloses, les fleurs des nuits printanières,
Remplira tout mon cœur de ses vagues dormantes ;

Et peut-être très loin sur ses jambes polies,
Tremblant de la caresse encor de l’herbe haute,
Ce parfum végétal qui monte, lorsque j’ôte
Tes bas éclaboussés de rosée et de pluie ;

Jusqu’à cette rancœur du ventre pâle et lisse
Où l’ambre et la sueur divinement se mêlent
Aux pétales séchées au milieu des dentelles
Quand sur les pentes d’ombre inerte mes mains glissent,

Laurence… Jusqu’aux flux brûlants de ta poitrine,
Gonflée et toute crépitante de lumière
Hors de la fauve floraison des primevères
Où s’épuisent en vain ma bouche et mes narines,

Jusqu’à la senteur lourde de ta chevelure,
Éparse sur le sol comme une étoile blonde,
Où tu as répandu tous les parfums du monde
Pour assouvir enfin la soif qui me torture !

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: Elina Brotherus

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