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Poésie

Posts Tagged ‘foi’

LES CRUCIFIES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Edvard Munch
    
LES CRUCIFIES

Les vrais crucifiés, ce sont les amoureux.
Ils sont cloués vivants aux bras de la femelle;
L’épine dérisoire à leurs cheveux se mêle ;
Le sang perle en sueur sur leur front douloureux:

Et quand les rouges pleurs tombent de leurs yeux creux.
Aucun ange ne vient rafraîchir de son aile
La brûlure du trou béant à leur mamelle;
Un Dieu n’entr’ouvre pas le ciel exprès pour eux.

Pas même un bon larron ! Golgotha solitaire !
Le désespoir qu’ils ont au cœur, il faut le taire.
Ou, s’ils osent crier « Ijimma Sabacthani »,

Leur croix, la femme, au vent railleur se prostitue ;
Et, sentant qu’avec eux leur amour est fini,
Ils meurent en doutant de la foi qui les tue.

(Jean Richepin)

 

 

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Penser une chose (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes)
    
Penser une chose
c’est commencer une prière
fonder un reflet de tout
dans une goutte d’existence.

Penser une chose
c’est aussi y croire
et confirmer son être,
s’associer à la foi
qu’elle existe en elle-même
et s’accomplit dans son ombre.

Penser une chose
c’est célébrer un rite dans l’abîme
qui nous restitue au rêve inavouable :
face à quelque chose il y a toujours quelque chose.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Pizza après la messe (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

hostie

Pizza après la messe

Au sortir de la messe
du couvent
des Clarisses
le vieux prêtre
m’attendait :
«Ça te dit une pizza, je t’invite
il y a une pizzeria super au coin de la rue. »

Je faillis lui répondre
amen.
La pizza était bonne
ses quatre-vingt-quatre ans
me parlaient
d’une foi
qui s’est enfuie
avec
les prêtres ouvriers
et
leurs fidèles.

Hommes noirs de suie
qui chantaient
L’Internationale
après
la messe.
Il me dit quelques mots
en arabe
qu’il avait appris
au contact
des premiers exploités
tunisiens
à qui la France
donna la chance
d’engraisser
les usines
Renault.
Il me dit enfin
«Saint François d’Assise
finit nu
face contre terre.»
L’église Saint-Pierre de Rome
brille encore
des indulgences
et du sang

des fidèles.
Avec nous
à table
je sentais
une troisième personne
qui rompait le pain
face à cet homme
simple
comme
une pizza
un verre d’eau
et l’amour
du père.

(Balbino)

 

 

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Dieu tu m’as donné la voix (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018


 


 

Siegfried Zademack -   (15)

Dieu tu m’as donné la voix,
Dieu c’était pour m’en servir,
si j’ai trop parlé parfois
c’était de choses à dire.
qui pourrait y contredire ?
J’ai parlé selon ma foi.
Engageons-nous dans l’humain,
tout le reste est comédie,
dans la dangereuse vie
marchons la main dans la main.
La mère donne le sein
à l’image de Marie
et c’est la source de vie
c’est la source du matin.
J’en reviens toujours à l’âme :
qui peut dire ce qu’elle est
et qui peut dire son drame ?
Nous sommes les fils des femmes
dans un Monde imaginé.
Qui connaît l’autre côté ?

(Georges Libbrecht)

Illustration: Siegfried Zademack

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AMERTUME MÉLANCOLIQUE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



    

AMERTUME MÉLANCOLIQUE

L’amertume mélancolique
De mon coeur près de se briser
T’adresse une supplique,
Tе demande un baiser.
A toi, morte muette.

A toi, qui dors depuis longtemps
Et qui de lui plus rien n’entends.
Bienheureuse et discrète
Loin de moi, tu fleuris.

Descendant du haut paradis,
Si tu voulais, morte muette,
Illuminer mon coeur..
Je ne verserais plus un pleur.

Puisse ta foi fervente et pure
Des ronces m’extirper,
De la terrestre pourriture.
Viens donc, que j’y puisse échapper !

Je t’attends. Follement j’espère.
Aie pitié. Viens sécher sur terre
Mes pleurs qui ne veulent tarir.
Viens, mon Amour, les abolir.

L’amertume mélancolique
De mon coeur près de se briser
T’adresse une supplique,
Tе demande un baiser,
A toi, muette morte.

Tu n’entends plus parler de lui.
Que le diable t’emporte !
Je ne veux plus de toi, mon bel espoir a fui
Et plus rien en moi ne palpite,
Car tu ne m’aimes plus, maudite !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Indifférence (Danielou Rejenski)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Indifférence
Mon cœur est vide
et je ne souffre pas…
Quel est ce sentiment perfide
qui s’attache à mes pas?
Ces nuits sans rêves, ces jours sans foi,
pourquoi?
Pourquoi cette figuration de théâtre?
ce cœur qui calmement ne fait que battre
quand il devrait m’arracher des sanglots?
ce ton glacé pour dire «allô»,
leur « voulez-vous ce soir »
et mes «oui, pourquoi pas»,
sans espoir,
sans remords?
cette vie qui, pas à pas,
ressemble un peu plus à la mort?

Qu’espères-tu ma lyre?
Je n’ai rien à écrire.
On écrit son bonheur, sa souffrance,
on n’écrit pas l’indifférence…

(Danielou Rejenski)

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Ô COMBIEN EST HEUREUSE (Adrian Le Roy)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Ô COMBIEN EST HEUREUSE

Ô combien est heureuse
La peine de cacher
Une flamme amoureuse
Qui deux cœurs fait brûler,
Quand chacun d’eux s’attend
D’être bientôt content.

Las on veut que je taise
Mon apparent désir,
En feignant qu’il me plaise
Nouvel amy choisir :
Mais telle fiction
Veut même affection.

Votre amour froide et lente
Vous rend ainsi discret :
La mienne violente
N’entend pas ce secret :
Amour nulle saison
N’est amie de raison.

Si mon feu sans fumée
Est cuidant et chaud
Etant de vous aimée
Du reste ne m’en chaut :
Soit mon mal vu de tous
Et seul senti de tous.

Si femme en ma présence
Autre vous entretient,
Amour veut que je pense
Que cela m’appartient :
Car luy et longue foi
Vous doivent tout à moi.

Que me sert que je sois
Avec Princes, ou Rois,
Et qu’ailleurs je vous voie
Sans approcher de moi ?
La peur du changement
Me cause grand tourment.

Quand par bonne fortune
Serez mien à tout point,
Lors parlez à chacune
Il ne m’en plaindrai point :
Bien vous pry cependant
N’être ailleurs prétendant.
Hélas qu’il fut possible
Que puisses être moy,
Pour voir s’il m’est pénible
Le mal que j’ai pour toi :
Tu prendrais grand pitié
De ma ferme amitié.

Vous semble-t-il, que la vue
Soit assez entre amis,
Ne me voyant pourvue
De ce qu’on m’a promis ?
C’est trop peu que des yeux
Amour veut avoir mieux.

De vous seul je confesse
Que mon cœur est transis :
Si j’étais grand princesse
Je dirais tout ainsi :
Si le vôtre ainsi fait
Montrez-le par effet.

***

O how happy is
The pain of sealing
An amorous flame
That makes two hearts burn,
When each of them expects
To soon be happy.

Alas, one wishes that I conceal
My apparent desire,
By feigning that it pleases me
To choose my new friend
But such a fiction
Wishes the same affection.

Your cold, slow love
Thus makes you discreet:
Mine, violent
Hears not this secret:
Love in no season
Is the friend of reason.

If my fre without smoke
Is burning and hot,
Being loved by you
Besides, it matters little to me:
Let my ill be seen by all
And felt alone by all.

If a woman in my presence
Other than you maintains,
Love wants me to think
That that belongs to me:
For he and long faith
You owe everything to me.

***

O, wie schön ist doch die Müh’,
Eine Liebesflamme zu verhehl’n,
Die zwei Herzen lässt erglühn,
Und wenn ein jeder freudig drauf’ gefasst’,
Zufrieden bald zu sein.

Ach, ich soll jedoch verschweigen
Mein sichtbares Begehr,
Und tun, so, als ob er mir gefele,
Einen neuen Freund erkör’.
Aber solch eine Mär
Will doch auch Herzenserhör’.

Eure ach so kalte und lahme Lieb’
Macht Euch so “verschämt“,
Die meine nun hingegen, gar heftig,
Hört nicht auf solch Geheim’:
Die Liebe, wann auch immer,
Will nie vernünftig sein!

Wenn mein rauchlos’ Feuer
Ist brennend und so heiß,
Wenn ich von Euch geliebet,
Der Rest ist mir dann gleich!
Dann kann ruhig ein jeder sehen
Und spüren meine Pein.

Wenn ein ander’ Weib
Vor mir Euch unterhält,
Die Liebe will, dass ich dann denke,
Dass mir das doch zufällt:
Denn er und lange Treue
Euch alles schulden mir.

(Adrian Le Roy)

 

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QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



    

Illustration: Edmund Blair Leighton

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE

Quel secours faut-il plus que j’atende à ma peine,
Si ce n’est par la mort qui m’est toute certaine,
Puis que mes longs soupirs, ma foy, mon amitié
Le brasier de mon cœur, l’éfroy de mon visage,
Ne peuvent esmouvoir vostre obstiné courage
A se laisser toucher d’un seul trait de pitié.

O que le feu d’Amour est d’estrange nature !
Mon cœur sans defaillir luy sert de nourriture.
Je n’ay sang ny poulmon qui n’en soit consommé,
Mais differant et tout de la commune flame,
Encor que je vous touche il n’émeut point vostre ame,
Et rien qui soit en vous n’en peut être allumé.

***

What further help must I await for my suffering,
If it is not by death that is quite certain for me,
Since my long sighs, my faith, my friendship
My heart ablaze, the fright of my face
Cannot move your obstinate spirit
To let itself be touched by a single act of pity.

O how strange is the fre of Love!
Without flinching, my heart serves as sustenance.
I have neither blood nor lung that not be consumed by it,
But different and all of the common flame,
Even though I touch you, it does not move your soul,
And nothing in you can be lit.

***

Welch‘ Hilfe muss ich noch erwarten meiner Pein,
Wenn nicht durch den Tod, der mir ist gewiss.
Da doch meine langen Seufzer, meine Treue‘ und meine Freundschaft,
Die Glut mein‘s Herzens, die Furcht auf meinem Antlitz
Nicht erweichen können Euer störrisch‘ Herz,
Sich von auch nur einer Gest‘ des Mitleids rühren zu lassen?

Oh, wie das Liebesfeuer seltsam ist!
Mein Herze dient ihm voll & ganz als Speise.
Blut und Lunge all werden so verzehrt.
Aber anders ist‘s als die gemeine Flamme,
Auch wenn mein Berühren Euch nicht die Seele rührt,
Und nichts in Euch sich dadurch kann entzünden.

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

Cœur – Airs De Cour Français De La Fin Du XVIe Siècle
Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique

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Mon coeur (Sadegh Hedayat)(Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



    

Mon coeur, puisque ce monde est une illusion,
pourquoi t’humilier de tant de passion ?
Aie foi dans ton destin, supporte ta souffrance.
Tout est écrit : pour toi, nulle autre version.

(Sadegh Hedayat)(Omar Khayam)

 

Recueil: Les chants d’Omar Khayam
Traduction: M.F. Farzaneh et Jean Malaplate
Editions: José Corti

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Pourquoi ne pas dire JOIE (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Noèla Morisot
    
L’annulation du temps

Pourquoi
ne pas dire JOIE
à êtrе
dans le bruissement d’un peuple
intérieur, toutes ramures confondues
sur l’annulation du temps,
aspiré par quelque douceur du ciel
aux hanches de femme, l’amphore
de l’homme aux dents d’artiste ; là
où s’envole claire la spirale en forme
de secondes qui trace l’espace
sans frontière.

Joie.
Pourquoi ne pas dire joie
à l’instant
absolu qui réconcilie le monde
parfois avec cette simple tasse
de thé, et relie la terre
à l’inspiré,
dans la joie sans partage
du partage inspiré, au feu de bois
qui brûle en cheminée.

Pourquoi ne pas dire Joie
l’éventualité du sans-mesure
dont la durée ravive l’ adoration.
La foi n’est pas mirage mais dérive
du risque d’absolu au rivage du
futur. Pourquoi ne pas dire passion
si brûle encore en nous au présent
les puissants vaisseaux du passé.

Pourquoi
à ne pas dire joie
devant l’infante en robe de velours noir
et la « maja desnuda », nue d’amour puis
vêtue du regard de l’ aventure. Joie
du regard ravaudé par le rêve d’un défunt.
Pourquoi ne pas ranimer l’oeil du buveur
en chemise bleue et rendre au paysan
mélancolique la jeune paysanne d’antan

Pourquoi ne pas dire
Joie
aux passants des montagnes
qui saluent et s’embrassent
dans les genêts et les misères,
aux fantômes qui jouent, axel espiègle
au coeur des légendes et des forêts.

Pourquoi ne pas dire joie aux mercis
des hommes dont le coeur bat encore
et à l’esprit, qui n’est pas toujours frappeur (?)

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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