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Posts Tagged ‘foin’

ÉCRIS-MOI (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



 

Nicolas Péché  Les_Pissenlits

ÉCRIS-MOI

Écris-moi
Écris-moi ce mot : Fenêtre…
Pour voir. Pour naître.
Le mot, tu vois,
C’est le mode d’emploi.

Quelqu’un l’ouvre
On découvre
Un ballon sur l’horizon
Qui peint arbres et maisons
C’est un peintre bedonnant
Généreux et négligent
Exigeant…
Du bout de ses doigts jaunis
Il tombe des pissenlits
Un peu partout sur les champs.

Écris le mot : Porte…
Et sors. Et n’emporte
Rien. Rien d’autre que le corps.

L’âme est déjà rendue loin
Elle est perdue dans les foins.

(Gilles Vigneault)

Illustration: Nicolas Péché

 

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SONNET A MADAME S. C. (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Schnorr von Carolsfeld Ruth

SONNET A MADAME S. C.

Bien que
Parisienne en tous points, vous avez
Conservé dans votre être un parfum bucolique,
Legs immatériel des poèmes rêvés
Par votre mère; ainsi votre forme s’explique.

En effet, votre voix a des sons dérivés

Du parler berrichon lent et mélancolique.

Et tous vos mouvements, que j’ai bien observés,

Me font penser à
Ruth, la glaneuse biblique.

De vous s’échappe un vague arôme de foins mûrs.
Comme ceux des lézards qui dorment sur les murs,
Vos yeux pleins de soleil sont prêts à toute alerte,

Et, par bonté pour ceux que ces yeux ont touchés,
Sous des aspects mondains et roués, vous cachez
Que vous n’aimez au fond que la campagne verte.

(Charles Cros)

Illustration: Schnorr von Carolsfeld

 

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Mes jours neigent vainement (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018



Illustration
    
Mes jours neigent vainement
Ils ne couvrent pas la plaine

Qui s’étend infiniment
D’aller seule toujours pleine,

J’aurais voulu la couvrir
D’innocence radieuse,

Y lancer la furieuse
Tempête du grand désir

Le vent qui met en mouvement
Les arbres morts et les vivants,

Et roule la meule de foin
Des images dont j’ai besoin.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les cheveux (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

Guy Baron_la_douce

Les cheveux

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.

Tu sens le foin, tu sens la pierre
Où des bêtes se sont posées ;
Tu sens le cuir, tu sens le blé,
Quand il vient d’être vanné ;
Tu sens le bois, tu sens le pain
Qu’on apporte le matin ;
Tu sens les fleurs qui ont poussé
Le long d’un mur abandonné ;
Tu sens la ronce, tu sens le lierre
Qui a été lavé par la pluie ;
Tu sens le jonc et la fougère
Qu’on fauche à la tombée de la nuit ;
Tu sens la ronce, tu sens la mousse,
Tu sens l’herbe mourante et rousse
Qui s’égrène à l’ombre des haies ;
Tu sens l’ortie et le genêt,
Tu sens le trèfle, tu sens le lait ;
Tu sens le fenouil et l’anis ;
Tu sens les noix, tu sens les fruits
Qui sont bien mûrs et que l’on cueille ;
Tu sens le saule et le tilleul
Quand ils ont des fleurs plein les feuilles ;
Tu sens le miel, tu sens la vie
Qui se promène dans les prairies ;
Tu sens la terre et la rivière ;
Tu sens l’amour, tu sens le feu.

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Guy Baron

 

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Odeur des foins coupés (Marc Bonetto)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2018



 

Odeur des foins coupés
Et ce parfum
Que je ne connais pas

(Marc Bonetto)

Illustration: William Bouguereau

 

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VISITATION (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
VISITATION
En ce temps-là, Marie se levant,
s’en alla en hâte au pays des montagnes.
Luc, 1, 39.

PRÉLUDE

La femme du charpentier
A pris un petit sentier
Qui va dans les fleurs et gagne
Un pays de la montagne
En suivant les églantiers.

Elle est partie au réveil,
Le coeur frais dans le soleil.
À peine elle ouvre sa porte
Que la joie au foin l’emporte
À travers l’été vermeil.

À sa cousine là-bas,
Elle apporte de ce pas
Sous son voile une nouvelle
Si merveilleuse, si belle,
Que c’est à n’y croire pas.

Son secret tremble et pourtant
Veut s’échapper à l’instant…
Les petits oiseaux qui vivent
Dans le bleu du ciel la suivent
Pour chanter en même temps.

Son chemin va tout entier
Se jeter dans l’amitié.
Le monde en fleurs l’accompagne…
Un toit, là, sur la montagne,
L’attend près du noisetier.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES ROSES TRÉMIÈRES (Edmond Pilon)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



LES ROSES TRÉMIÈRES

Les roses trémières brillent aux haies,
Le linge léger flotte près des toits,
Les fermes sont claires et la plaine s’égaie
De tout un éveil de ses pousses lentes,
Et pourtant tout se fait sommeil en moi
Puisque la bien-aimée est absente ;

De jeunes enfants rient aux seuils du village,
De vieilles femmes filent la laine des troupeaux,
Des charrettes qui passent emportent les fourrages
Vers la grange rustique, et, dans les bois nouveaux,
S’exhale un parfum tendre d’aube et de lilas ;
Mais que me font les fleurs et les femmes des hameaux,
Puisque la bien-aimée n’est pas là ;

Le jeune matin m’accueille de son soleil ;
Ses meules sont élevées comme des maisons ;
Sa plaine est verdoyante et ses coteaux vermeils ;
Tout est prospère et beau dans la saison
De ses blés, de ses bois et de ses champs de foins.
Pour moi, je n’aime ni ses fruits ni ses moissons,
Car ma bien-aimée est au loin.

(Edmond Pilon)

 

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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La mémoire (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Jean ABabadie   le pain quotidien 80x80cm-800 [1280x768]

La mémoire convoque une contrée d’où la parole était absente.
Les gens paraissaient dans un vêtement de gestes.
[…]
Eux, ils passent le dos de la main sur leurs lèvres, après boire.
Ou bien, ils sont au cimetière, devant les tombeaux, debout, la tête découverte.
Le ciel est gris pommelé, c’est le Jour des Morts.

Maintenant ils rentrent les foins, et les chariots brinquebalent le long du chemin
et abandonnent des poignées d’herbe sèche aux griffes des grands arbres qui sont au bord.
Tu les revois, qui rient ou s’attristent, mais ils miment, ils ne parlent pas.

(Hubert Juin)

Illustration: Jean Ababadie 

 

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Le relais (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



Le relais

En voyage, on s’arrête, on descend de voiture ;
Puis entre deux maisons on passe à l’aventure,
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,
L’oeil fatigué de voir et le corps engourdi.

Et voici tout à coup, silencieuse et verte,
Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers, –
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

On se couche dans l’herbe et l’on s’écoute vivre,
De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux…
Hélas ! une voix crie : « En voiture, messieurs ! »

(Gérard de Nerval)

 

 

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Les pâturages… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




    
Les pâturages…

Les pâturages, au bord des eaux, sont épais.
La pluie lourde a couché les blés trempés,
et les feuilles des berges sont très vertes,
excepté que les saules sont en cendre légère.
Les foins, comme des ruches, sont dressés.
Les coteaux sont si doux qu’ils semblent caressés.
Poète ami, tout serait doux sans la douleur
qui nous enlève tous les plaisirs du coeur.
Je crois qu’il est inutile d’essayer de fa fuir,
car la guêре ne quitte guère les prairies.
Laissons donc la Vie aller, et les vaches noires
paître près des endroits où elles ont à boire.
Plaignons tous ceux qui souffrent lentement,
tous ceux qui sont comme nous, et tous le sont vraiment,
excepté qu’ils n’ont pas tous du talent.
C’est la seule différence, mais c’est important.
Une bonne consolation est un amour charmant,
comme une jeune fraise au bord d’un vieux torrent.

(Francis Jammes)

 

Recueil: De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir
Traduction:
Editions: Gallimard

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