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Sur la mort de son fils Furui (Yamanoue no Okura)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

Odilon Redon le rêve s'achève par la mort

[Sur la mort de son fils Furui)

Même si je possédais
Les sept sortes de trésors
Que les gens de ce monde
Prisent tant,
Quel usage
En ferais-je ?

De nous deux,
Mon fils Furui
Telle une perle blanche,
A l’aube radieuse
Où brille l’étoile du matin,
Sans quitter notre couche
De fine étoffe étendue,
Debout
Ou assis,
Folâtrait
Avec nous.
Quand l’étoile du soir
Ramenait la nuit :
 » Allons nous coucher  »
Disait-il en prenant ma main,
Père, mère,
Restez près de moi
Entre vous je veux dormir
Comme le brin médian de l’herbe saki.
Gentiment
Il parlait ainsi,
J’aurais voulu voir et quels maux
Et quels bonheurs lui étaient réservés
Quand un jour,
Il serait devenu un homme.
J’étais confiant et plein d’espoir
Ainsi qu’on est dans une grande barque.
Imprévu,
Un vent venu par le travers
A soufflé violemment
Sur nos têtes.
Ne sachant que faire,
Confondu,
J’ai fixé
Mes relève-manches de blanche étoffe,
Un clair miroir
J’ai pris en main.
Vers les dieux du ciel
Levant les yeux je n’ai fait qu’implorer.
Devant les dieux de la terre
Je me suis prosterné, front contre terre.
je me suis soumis à la volonté
Des dieux du ciel et de la terre;
Qu’ils m’exaucent
Ou ne m’écoutent pas.
Affolé
Je les suppliais.
Mais, même pour un peu de temps
Il n’y eut pas de mieux.
Peu à peu
Son corps s’est émacié,
Matin après matin,
Les mots se sont arrêtés sur ses lèvres.
De son âme à l’existence limitée
La vie s’est interrompue.
J’ai bondi,
Trépigné, crié,
Tombant à terre j’ai regardé vers le ciel
Et j’ai sangloté
j’ai laissé s’envoler mon fils
Que je gardais dans mes bras
Telle est la voie de ce monde.

***

Si jeune il est
Qu’il ne connaît pas la route :
Voici pour toi,
Messager venu d’en bas.
Sur ton dos, fais-le passer!

***

Faisant offrande d’une étoffe
Je prie et implore les dieux.
Sans le laisser errer
Conduisez-le tout droit,
Enseignez-lui le chemin du ciel!

(Yamanoue no Okura)

Illustration: Odilon Redon

 

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LES CHEVEUX BLANCS (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018




    
LES CHEVEUX BLANCS
Tin-Tun-Ling

Les sauterelles vertes poussent en même temps que le blé ;
ainsi, dans la belle saison, les jeunes gens boivent et folâtrent.

Mais ceux dont l’esprit s’élève, deviennent bientôt tristes,
car les nuages noirs se balancent à moitié chemin du ciel.

Les hirondelles noires s’en vont ; les cigognes blanches arrivent ;
ainsi les cheveux blancs suivent les cheveux noirs ;

Et c’est une règle unique, sur toute la terre ;
comme il n’y a qu’une lune, dans le ciel.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Il a su toucher mon coeur (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Il a su toucher mon coeur
ou Les Deux jumeaux

1
L’autre soir j’ai rencontré
Un séduisant jeune homme
Et nous avons folâtré
Et dégusté la pomme
Dans le lit que j’étais bien!
Car le lit c’était le sien.

Refrain 1
Il avait su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Et j’aimais déjà la saveur
De ses lèvres
Au bout d’un petit instant
Un instant
Qui dura longtemps
Mais qui me parut trop rapide
Il me quitta d’un air languide
Pour aller se laver les mains
Tout près, dans la sall’ de bains.

2
Peu après il est rentré
Tout rempli de courage
Et il a recommencé
Plein de coeur à l’ouvrage
Car douze fois dans la nuit
La même chose il refit.

Refrain 2
Il avait su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Et je garde encor la saveur
De ses lèvres
Mais le lendemain matin
Du festin
Sur le traversin
Je vis qu’il y avait trois têtes
Et je compris toute la fête
C’était tour à tour deux jumeaux
Qui s’étaient donné le mot.

3
J’ai gardé ces deux chameaux
Ne sachant lequel prendre
Maint’nant j’aim’ les deux jumeaux
Qui sav’nt bien me le rendre
Et je cherche chaque nuit
Si c’est l’autre ou si c’est lui.

Refrain 3
Car ils ont su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Il me faut toujours la saveur
De leurs lèvres
L’un à l’autre fait pendant
C’est charmant
Mais c’est fatigant
Je me demande très anxieuse
Quel serait mon sort d’amoureuse
Si leur mère mieux stimulée
Avait fait des quintuplés.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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IDYLLE (Vauguelin de La Fresnaye)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: George Owen Wynne Apperley  
    
IDYLLE

Entre les fleurs, entre les lis,
Doucement dormait ma Philis,
Et tout autour de son visage.
Les petits Amours, comme enfants,
Jouaient, folâtraient, triomphants,
Voyant des cieux la belle image.

J’admirais toutes ces beautés,
Egales à mes loyautés,
Quand l’esprit me dit à l’oreille :
Fol, que fais-tu ? Le temps perdu
Souvent est chèrement vendu :
S’on le recouvre, c’est merveille.

Alors je m’abaisse tout bas
Sans bruit, je marche pas à pas,
Et baisai ses lèvres pourprines;
Savourant un tel bien, je dis
Que tel est dans le paradis
Le plaisir des âmes divines.

(Vauguelin de La Fresnaye)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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LE CHARME DU BAISER (Charles-Louis Mollevaut)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 Illustration: Salvador Dali
    
LE CHARME DU BAISER

L’abeille emplit ses rayons d’or
Du tribut odorant de la plaine fleurie ;
Mais la douceur de son trésor
Ne vaut point la douceur du baiser d’Azélie.

La rose sur un ciel d’azur
S’élève, de pudeur et de grâce embellie ;
Eh bien ! son parfum le plus pur
Ne vaut point le parfum du baiser d’Azélie.

Taisez-vous, indiscrets ruisseaux,
Qui joyeux folâtrez sur la molle prairie :
Le bruit enchanteur des roseaux
Ne vaut pas le doux bruit du baiser d’Azélie.

Laissons au banquet éternel
La cour de Jupiter s’enivrer d’ambroisie ;
Des dieux le nectar immortel
Ne vaut point le nectar d’un baiser d’Azélie.

(Charles-Louis Mollevaut)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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UNE BOUCHE OU LA VOLUPTÉ… (Jean Hesnault)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017


Illustration: ArbreaPhotos     
  
UNE BOUCHE OU LA VOLUPTÉ…

Une bouche où la volupté,
Cette reine des cœurs, flatteuse et délicate,
Accorde la douceur avec la majesté,
Et règne mollement sur un lit d’écarlate ;
Une bouche où zéphyr verse l’esprit des fleurs,
Où l’Amour avec ses trois sœurs
Folâtre sur un tas de roses.
Et désarmé du trait fatal,
Entre deux lèvres demi-closes
Se joue d’un dard de coral.

(Jean Hesnault)

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Cette nuit est à nous, ma Bien-Aimée ! (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2016




Cette nuit est à nous, ma Bien-Aimée ! Et vois
comme tout s’abandonne à tes moindres caprices :
Des bruits de sabots d’or se font, là-haut, complices
du grand souffle d’amour dont frémit le vieux toit.

La chaumière n’est plus qu’un foyer d’incendie
où nous venons brûler nos coeurs et nos atouts.
La cheminée éclate et rayonne et dédie
sa gerbe incantatoire à nos derniers tabous.

J’exalte ta beauté hautaine et la noblesse
de l’encolure où vient folâtrer mon Désir.
Dans l’étreinte tu sais mêler force et faiblesse.

Mais, moi, dans ce conflit de larme et de plaisir,
m’obséderont toujours et tes longs cris d’Archange
perdu et tes grands yeux noyés de perle étrange.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Anne Coqueau

 

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Lourde est mon âme… (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2015


hkeewk0z

Lourde est mon âme
comme un hippopotame.
Pour n’être qu’un furet
folâtrant dans les prés,
quel est donc le secret?

(Henri-Frédéric Blanc)

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Rose (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2015



Rose

Fragments pris au hasard dans l’album de la Rose

J’apprends par un exilé de Constantinople
qui est venu se faire ermite non loin de ma grotte,
qu’il existe en Orient un prophète du nom de Mahomet,
qui promet à ses sectateurs un paradis ou folâtrent des houris
sous des bosquets de roses sans cesse renaissantes.
Je pars pour l’Orient.
Un poète persan me dédie un poème de trois cent mille vers sur la rose.
Ma santé, dérangée par les fatigues de cette lecture, m’oblige à changer de climat.
Nous sommes en plein Moyen Âge.
J’arrive en France.
Il faut convenir que Paris est une ville assez maussade.
On s’y égorge à tous les coins des rues, et l’on y meurt de la peste.
On n’a guère le temps de songer aux femmes et aux fleurs.
Enfin Malherbe vint, et le premier en France
il donna à la rose une vogue immense,
grâce aux stances adressées à l’infortuné Dupérier.
Elle était de ce monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin,
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.
Le poète Ronsard a, lui aussi, parlé de la rose dans une pièce de vers
que bien des gens préfèrent à celle de Malherbe.
Que l’ombre de Boileau leur pardonne!

(J.J. Grandville)

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Baiser (Joachim Du Bellay)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2015



 

Francesco Hayez  -TheKiss     [1280x768]

Baiser

Quand ton col de couleur rose
Se donne à mon embrassement
Et ton oeil languit doucement
D’une paupière à demi close,

Mon âme se fond du désir
Dont elle est ardemment pleine
Et ne peut souffrir à grand’peine
La force d’un si grand plaisir.

Puis, quand s’approche de la tienne
Ma lèvre, et que si près je suis
Que la fleur recueillir je puis
De ton haleine amboisienne,

Quand le soupir de ces odeurs
Où nos deux langues qui se jouent
Moitement folâtrent et nouent,
Eventent mes douces ardeurs,

Il me semble être assis à table
Avec les dieux, tant je suis heureux,
Et boire à longs traits savoureux
Leur doux breuvage délectable.

Si le bien qui au plus grand bien
Est plus prochain, prendre ou me laisse,
Pourquoi me permets-tu, maîtresse,
Qu’encore le plus grand soit mien?

As-tu peur que la jouissance
D’un si grand heur me fasse dieu?
Et que sans toi je vole au lieu
D’éternelle réjouissance?

Belle, n’aie peur de cela,
Partout où sera ta demeure,
Mon ciel, jusqu’à tant que je meure,
Et mon paradis sera là.

(Joachim Du Bellay)

Illustration: Francesco Hayez

 

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