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Poésie

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L’homme qui a oublié (Claude Haller)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2022



Illustration: Gabriel Lefebvre
    
L’homme qui a oublié

J’ai rencontré l’homme
Qui a oublié
Qu’il a été un enfant

Oublié
Les larmes et les jubilations
Les désespoirs et les folies

Oublié
La cabane de Robinson
La fugue rageuse

Oublié
Le rêve insolent
Ou la bouche gourmande

N’y a-t-il plus de déesse
Dans le ciel
Pour semer en sa tête nocturne
L’éblouissant paraphe
D’une étoile filante

(Claude Haller)

Recueil: Poèmes du petit matin
Traduction:
Editions: Hachette

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DES CONTEMPTEURS DU CORPS (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2022



Christian Schloe   75_b [1280x768]

DES CONTEMPTEURS DU CORPS

C’est aux contempteurs du corps que je veux dire leur fait.
Ils ne doivent pas changer de méthode d’enseignement,
mais seulement dire adieu à leur propre corps — et ainsi devenir muets.

« Je suis corps et âme » — ainsi parle l’enfant.
Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ?

Mais celui qui est éveillé et conscient dit :
Je suis corps tout entier et rien autre chose ;
l’âme n’est qu’un mot pour une parcelle du corps.

Le corps est un grand système de raison,
une multiplicité avec un seul sens,
une guerre et une paix, un troupeau et un berger.

Instrument de ton corps, telle est aussi ta petite raison que tu appelles esprit,
mon frère, petit instrument et petit jouet de ta grande raison.

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot.
Mais ce qui est plus grand, c’est — ce à quoi tu ne veux pas croire —
ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi, mais il est moi.

Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l’esprit, n’a jamais de fin en soi.
Mais les sens et l’esprit voudraient te convaincre qu’ils sont la fin de toute chose : tellement ils sont vains.

Les sens et l’esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi.
Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l’esprit.

Toujours le soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit.
Il règne, et domine aussi le moi.

Derrière tes sentiments et tes pensées, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu — il s’appelle soi.
Il habite ton corps, il est ton corps.

Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse.
Et qui donc sait pourquoi ton corps a précisément besoin de ta meilleure sagesse ?

Ton soi rit de ton moi et de ses cabrioles.
« Que me sont ces bonds et ces vols de la pensée ? dit-il.
Un détour vers mon but. Je suis la lisière du moi et le souffleur de ses idées. »

Le soi dit au moi : « Éprouve des douleurs ! »
Et le moi souffre et réfléchit à ne plus souffrir — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Le soi dit au moi : « Éprouve des joies ! »
Alors le moi se réjouit et songe à se réjouir souvent encore — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Je veux dire un mot aux contempteurs du corps.
Qu’ils méprisent, c’est ce qui fait leur estime.
Qu’est-ce qui créa l’estime et le mépris et la valeur et la volonté ?

Le soi créateur créa, pour lui-même, l’estime et le mépris, la joie et la peine.
Le corps créateur créa pour lui-même l’esprit comme une main de sa volonté.

Même dans votre folie et dans votre mépris, vous servez votre soi, vous autres contempteurs du corps.
Je vous le dis : votre soi lui-même veut mourir et se détourner de la vie.

Il n’est plus capable de faire ce qu’il préférerait : — créer au-dessus de lui-même.
Voilà son désir préféré, voilà toute son ardeur.

Mais il est trop tard pour cela :
— ainsi votre soi veut disparaître, ô contempteurs du corps.

Votre soi veut disparaître, c’est pourquoi vous êtes devenus contempteurs du corps !
Car vous ne pouvez plus créer au-dessus de vous.

C’est pourquoi vous en voulez à la vie et à la terre.
Une envie inconsciente est dans le regard louche de votre mépris.

Je ne marche pas sur votre chemin, contempteurs du corps !
Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le Surhumain ! —

Ainsi parlait Zarathoustra.

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Christian Schloe

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C’est un oiseau qui fuit la nuit (Thom Wei)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021



C’est un oiseau qui fuit la nuit
Ou un bateau qui prend la mer
Et un soupir m’envahit
Dans un sourire amer
C’est ton regard un peu trop dur
Et mes rêves suspendus à tes lèvres fermées

C’est le besoin de s’évader
La joie de s’oublier
La folie de t’aimer
Et l’hiver avant l’été
Je suis encore si loin de toi
Et encore plus loin de moi

Viens plus près
Viens dans mes bras

C’est un oiseau qui prend la nuit
Ou un bateau qui fuit la mer
Je n’sais plus qui est qui
Ce soir je fuis la Terre
Car mes rêves ont effacé
Mon âme partie se cacher sous ton lit

Viens plus près
Viens dans mes bras
Viens dans ma vie

(Thom Wei)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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L’ARBRE (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021




L’ARBRE

Immobile étais-je, arbre parmi les arbres,
Sachant la vérité des choses jusqu’alors ignorées,
Vérité de Daphné et de son laurier,
De ce vieux couple né pour fêter la divinité,
Devenu orme et chêne au coeur de la forêt.
Mais il fallut aux dieux ces ferventes prières,
Et à leur rencontre ces deux coeurs ouverts,
Pour que la métamorphose puisse être.
Pourtant je suis arbre parmi les arbres
Et maintes choses nouvelles ai comprises
Qui c’étaient alors que folie pure à mon esprit.

(Ezra Pound)

Illustration: Giovanni Battista Tiepolo

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L’amour, vorace et triste (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2021



Illustration: Lucie Llong
    
L’amour, vorace et triste, en son humble folie,
Exige le serment qui rapproche et qui lie
La mort avec la volupté ;
Une voix dit « toujours » et l’autre répond « oui »,
Car l’éphémère ardeur veut un luxe inouï
D’avenir et d’éternité…

(Anna de Noailles)

 

Recueil: Poème de l’amour
Traduction:
Editions: Le livre unique

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POUR SAVOIR (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2021



 

POUR SAVOIR

À quels gouffres descendre?
A quelle folie consentir ?
À quelle porte guetter?
À quelle douceur mourir?

Parvenues enfin au soleil des racines,
N’aurons-nous pas perdu la lucarne
Qui donne sur nos souvenirs ?

(Andrée Chedid)

Illustration: Lucian Freud

 

 

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CHANSON (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



CHANSON

Vite. Temps poursuit,
Voici fin. Voici mort.
Pluie noire, poitrine infinie.

Vite, voici le cheval
Aux naseaux pourris,
L’idée maudite
Qui brandit
Et plante le couteau
Qui chante un cri.

Vite. Haleine s’épaissit,
Soufflet grince
Parmi le carbone assourdi.

Encore une ballade
Aux remparts du vent,
Des drapeaux, des couleurs, des gens,
Un geste de ma part,
Personne ne l’a vu,
Adieu, je meurs avant
L’heure pour qui j’ai vécu.

Entre mes deux corps,
Ou plutôt entre la muraille de lard et d’os
Et le squelette charnu et le cerveau,
Dans une eau, mince je suppose,
Ma plus intime amie s’est glissée,
Me colle et me caresse,
Ma plus intime amie maintenant, hier inconnue,
La folie me serre tendrement,
Tandis que mes joues de plus en plus roses
Tirent doucement mon visage
A l’apparence de la sérénité.

(Pierre Morhange)


Illustration: Odilon Redon

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SOMMATION IRRESPECTUEUSE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Danielle Duer

SOMMATION IRRESPECTUEUSE

Rire étant si jolie,
C’est mal. O trahison
D’inspirer la folie,
En gardant la raison !

Rire étant si charmante !
C’est coupable, à côté
Des rêves qu’on augmente
Par son trop de beauté.

Une chose peut-être
Qui va vous étonner,
C’est qu’à votre fenêtre
Le vent vient frissonner,

Qu’avril commence à luire,
Que la mer s’aplanit,
Et que cela veut dire :
Fauvette, fais ton nid.

Belle aux chansons naïves,
J’admets peu qu’on ait droit
Aux prunelles très vives,
Ayant le coeur très froid.

Vous saurez, attendrie,
Le charme de l’instant
Terrible, où l’on s’écrie :
Ah ! vous m’en direz tant !

Vous saurez, vous qu’on gâte,
Le destin tel qu’il est,
Les pleurs, l’ombre, et la hâte
De cacher un billet.

Oui, — pourquoi tant remettre ? —
Vous sentirez, qui sait ?
La douceur d’une lettre
Que tiédit le corset.

Vous riez ! votre joie
A Tout préfère Rien.
En vain l’aube rougeoie,
En vain l’air chante. Eh bien,

Je ris aussi ! Tout passe.
O muse, allons-nous-en.
J’aperçois l’humble grâce
D’un toit de paysan ;

L’arbre, libre volière,
Est plein d’heureuses voix ;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix ;

Et, jouant sous les treilles,
Un petit villageois
A pour pendants d’oreilles
Deux cerises des bois.

(Victor Hugo)

Illustration: Danielle Duer

 

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Et toi qui me suis en rampant (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021


 


 

Akseli Gallen-Kallela n [1280x768]

Et toi qui me suis en rampant
Dieu de mes dieux morts en automne
Tu mesures combien d’empans
J’ai droit que la terre me donne
O mon ombre ô mon vieux serpent

Au soleil parce que tu l’aimes
Je t’ai menée souviens-t’en bien
Ténébreuse épouse que j’aime
Tu es à moi en n’étant rien

O mon ombre en deuil de moi-même
L’hiver est mort tout enneigé
On a brûlé les ruches blanches
Dans les jardins et les vergers

Les oiseaux chantent sur les branches
Le printemps clair l’avril léger
Mort d’immortels argyraspides
La neige aux boucliers d’argent

Fuit les dendrophores livides
Du printemps cher aux pauvres gens
Qui resourient les yeux humides
Et moi j’ai le coeur aussi gros

Qu’un cul de dame damascène
O mon amour je t’aimais trop
Et maintenant j’ai trop de peine
Les sept épées hors du fourreau

Sept épées de mélancolie
Sans morfil ô claires douleurs
Sont dans mon coeur et la folie
Veut raisonner pour mon malheur
Comment voulez-vous que j’oublie

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Akseli Gallen-Kallela

 

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Vers où ? (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021




    
Vers où ?

Esprits inquiets, jetés par un vent de folie
dans le noir tourbillon des jours indifférents,
vers qui va notre cri,
jusqu’où vaguent nos corps errants
promis depuis toujours aux feux de l’agonie,
papillons affolés voltigeant dans la nuit ?

(Claude Vigée)

Recueil:
Traduction:
Editions:

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