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Poésie

Posts Tagged ‘forcer’

Parlez des métaux connus (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



Parlez des métaux connus
Des hommes durs
Non des idées incertaines
Qui vous rassurent (…)
Petits hommes incertains
Forcez-vous la main
Aimez l’écorchure.
Il sera fait de vous comme vous aurez fait :
Langage, figure.

(Jean Rousselot)

Illustration: Valérie Barcelo

 

 

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Trop tard (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Kathryn Jacobi    04

Trop tard

Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m’était si chère
A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas si vous êtes sensible,
« Jamais sur moi n’a plané le bonheur.
« Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
« L’amour veut trop : l’amour veut tout un coeur
« Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
« Ses fers jamais n’entraveront mes pas.  »

Il parle ainsi, celui qui m’a su plaire…
Qu’un peu plus tôt cette voix qui m’éclaire
N’a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas ! l’âme demande l’âme.
« L’insecte ardent brille aussi près des fleurs :
« Il éblouit, mais il n’a point de flamme ;
« La rose a froid sous ses froides lueurs.
« Vaine étincelle échappée à la cendre,
« Mon sort qui brille égarerait vos pas. »

Il parle ainsi, lui que j’ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l’entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas.  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

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Possédons-nous les mots (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



    

Possédons-nous
les mots que nous livrons
à d’autres?
nous le croyons
puisque nous les portons
en nous

Nous les portons
les mots de tous
même ceux qui suintent
de notre sueur
ceux qui saignent
de notre sang
ceux qui jouissent
de notre plaisir
ceux qui germent
de notre sève

Les mots de chacun
sont à tous
chacun les reçoit de tous
et les porte
vers chacun

Les mots ne sont pas
de nous
ils sont de ce corps
anonyme
sans visage
qui ne peut se passer
de nous
pour exister

Les mots que nous portons
et que nous prononçons
nous croyons les forcer
à devenir les nôtres
c’est eux qui nous font
leur

Les mots viennent d’ailleurs
d’on ne sait où
ils vont ailleurs
on ne le saura pas
Nous sommes traversés
par les mots

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE VOYAGE INTÉRIEUR (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration
    
LE VOYAGE INTÉRIEUR

Franchis la peau
la chair
longe le sang.

Ecarte le buisson de nerfs
les branches d’os
les assassins.

Force la nuit
ses pièges ses
tambours.

Garde-toi
si tu trébuches.
Si tu t’égares
interroge.

Un fil rêvé te guide dans l’obscur.

Rejoins, perdu, le centre du vertige,
le feu caché
l’irréductible point.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Attendre attendre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration: Cali Rezo
    
attendre attendre
demeurer inerte
laisser s’approfondir
le silence

mais la faim ronge
s’exacerbe
voudrait me contraindre
à forcer le seuil

surtout
ne rien tenter
ne rien forcer
et d’un mouvement feutré
suspendre l’affût

endurer la brûlure

attendre

encore
attendre
aller plus avant
dans la nudité
qui ouvrira
le passage

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Attendre attendre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Viviane-Josée Restieau
    
attendre attendre
demeurer inerte
laisser s’approfondir
le silence

mais la faim ronge
s’exacerbe
voudrait me contraindre
à forcer le seuil

surtout
ne rien tenter
ne rien forcer
et d’un mouvement feutré
suspendre l’affût

endurer la brûlure

attendre
encore
attendre

aller plus avant
dans la nudité
qui ouvrira
le passage

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://misquette.wordpress.com/

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Cœur pur (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Illustration: Egon Schiele
    
Cœur pur

Je n’ai ni père, ni mère,
ni dieu, ni patrie,
ni berceau, ni linceul,
ni baiser, ni maîtresse.

Voilà trois jours que je ne mange
ni beaucoup ni peu.
Mes vingt ans, c’est ma puissance.
Mes vingt ans, je les vends.

Si personne ne les veut,
Que le diable les prenne.
le cœur pur je force les portes,
Et s’il faut, la mort j’apporte.

On m’attrape et on me pend,
En terre bénie on m’étend,
de la mort la mauvaise herbe
pousse sur mon cœur superbe.

(Attila Jozsef)

 

Recueil: Le mendiant de la beauté
Traduction: Francis Combes, Cécile Guichard, Georges Kassai
Editions: Le temps des cerises

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Quand le vent force les fenêtres (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



pluie

Quand le vent force les fenêtres,
annoncé par tant de portes, tant de forêts battantes,
et que le soir passe sa tête
dans ce qui reste, immobile et défiguré,
Quand la rue s’accroche aux lumières qui, d’un seul coup, tirent à elles tout le ciel,
lourdes du feu qui s’écoule des carreaux, étranges prisonniers au long des villes,
il faut dominer l’amour, le dénuder
du sang qui en fait une soif sans remède,
le jeter aux gueules du sexe
comme un vivant qui s’éveille en plein incendie,
il faut oublier les mots trop tendres
qui tremblent dans la bouche comme des feuilles
et, crispé sur la chair comme les racines autour de la terre,
il faut fermer la femme à la clarté du jour.
Dans la ville, que le soir rassemble en hâte autour des murs, autour des lampes livides,
la pluie tombe, transpercée de vent et le monde comme un tunnel rampe dans la nuit.

(Lucien Becker)

 Illustration

 

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IRISATIONS (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



 

Anne Walker  April1995I [1280x768]

IRISATIONS
(sur un livre peint d’Anne Walker)

ce serait
fulgurer et trembler

ouvrir et rassembler
ébranler le temps

ce serait
changer le coeur
de l’adversaire

ce serait
un passage
vers le tout autre

ce serait
ranimer chaque instant

ne plus se posséder
abandonner tous les garde-fous

ce serait
une vigilance fraîche
en prise sur notre radar intime

un éloge du court-circuit

ce serait
une réincarnation permanente

ce serait
une désobéissance retrouvée

respirer respirer
loin des chaînes du connu

ce serait
forcer amoureusement toutes les portes

une immense ouverture
un déchirement du regard

ce serait
ne jamais ôter
son mystère à la réalité

ce serait
une plongée réenchantée

un corps-espace

ce serait
caresser l’indicible
capter le foisonnement

parier sans fin sur l’illimité

(Zéno Bianu)

Illustration: Anne Walker

 

 

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Impossible (Henri Deluy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2018




    
Impossible de le
Dire.

Impossible de le
Penser.

Couvrir, pousser
Dessus.

Dans la densité,
La profondeur.

La consistance.
Ne forcer

Que dedans.

(Henri Deluy)

 

Recueil: Les arbres noirs
Traduction:
Editions: Flammarion

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