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Poésie

Posts Tagged ‘forge’

Retouche à la stupeur (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2017




    
retouche à la stupeur

je connais l’enfance
toutes les chiourmes
la main de l’amour
la table de famille
les ongles de la passion
l’été sa forge de rosée
les lotus sous les glaciers
le mal qui fait pencher les tours
la laine rase et rose du désert
la taille de la terre l’ardillon du soleil
la mort qui m’enferma dans de frais rideaux gris
et des miroirs de toutes sortes

mais non vos yeux qui me regardent

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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L’ouragan (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
L’ouragan

Rauque le vent mugit, un taureau qu’on égorge!
Tout s’effondre et se brise; au fond du ciel béant
Résonnent les marteaux de quelque horrible forge,
S’effrènent les galops des esprits du néant.

Les corbeaux effarés et battus par l’averse
Tourbillonnent perdus aux creux des noirs sillons
Qui labourent le ciel et que l’éclair traverse
Avec un craquement de verdâtres rayons.

Tout un choeur inconnu semble chanter des stances,
L’ardente Volonté y clame son tourment,
Son éternel désir et ses douleurs intenses
Et l’amour qui promet et la mort qui dément.

Il s’exhale du sol une odeur sulfureuse
Ainsi que d’un trépied, mais l’oracle exilé
N’explique plus l’énigme et la raison la creuse
En vain. – Les dieux sont morts et leur secret scellé.

(Marie Dauguet)

 

 

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Courante (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



 

 

Illustration: Pierre Corratgé
    
Courante

Mon coeur est lourd comme un caillou;
Le vent souffle on ne sait d’où
Piquant comme un buisson de houx;
Au bord de l’étang qui frissonne,
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Soleil couchant sur un champ d’orge,
Il est rouge autant qu’une forge
Mon coeur brûlant dedans ma gorge
Et qui, telle une enclume, sonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Fleurant la mousse et la bourdaine,
J’ai mis ma jupe de futaine
Et chaussé mes sabots d’ébène.
Au vent âpre qui tourbillonne
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Mon coeur est lourd! Ma gorgerette
Est de fin chanvre, ma cornette
D’indienne, mon épinette
Du Val d’Ajol vibre et résonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

Las, mé! mon corps est en lambeaux
Aussi pantelant que l’agneau
Qu’un loup déchire en son liteau,
Car mon bon ami m’abandonne.
Dansons,
Dansons, ma mie, ma mignonne,
Dansons, ma mie Jeanneton.

(Marie Dauguet)

 

 

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Rosée (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017



Rosée

Accroupi, se balance
Un framboisier. Sur lui,
Un papier gras poursuit
Sa douce somnolence.

Feuillages s’enlaçant!
Beau soir de perle fine!
Brume sur la colline
Où plane aussi mon chant!

Bourdon dans la prairie,
Sans trêve j’ai trimé.
Que le ciel est léger
Sur ma forge assombrie!

Je suis las, un peu sot…
– Ou bon, que vous en semble? –
Comme l’herbe je tremble
Et l’étoile, là-haut…

(Attila Jozsef)

Illustration: Île Nancy

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Le temps (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
Le temps ne règne pas pour les chaises
qui ne sont que bois mort
l’ombre est à l’étroit entre armoire et murs
même quand le couchant a des lueurs de forge

(Lucien Becker)

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE POÈME FINAL (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



 

Carry Akroyd Aerial (May)

LE POÈME FINAL

J’ai une forge dans le coeur.
Je sens plus pourpre que l’aurore,
Plus noyé que l’algue,
Plus lointain que la mouette,
Plus creux que les puits.
Mais je ne donne naissance
Qu’à l’écaille et qu’aux grains.

Ma langue se prend aux mots :
Je n’exprime plus blanc,
Je ne dis plus noir ;
A peine le gris d’une falaise rongée,
Le bref vertige d’une ombre,
L’hirondelle entrevue
Et l’iris deviné.

Où sont les justes paroles,
Le feu sans agonie,
Le poème final ?
En quel lieu est la vie ?

(Andrée Chedid)

Illustration: Carry Akroyd

 

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Dieu (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



    

Dieu n’apparaît pas dans les forges

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »? (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


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Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »?
Alors blottis-toi sur le seuil –
Le Rouge – est la teinte commune du Feu –
Mais lorsque le vif Minerai

A surmonté l’épreuve de la Flamme –
Il frémit au sortir de la Forge
Sans autre couleur que la Lumière
Du Brasier non consacré –

Le moindre Village, est fier d’avoir son Forgeron –
Son Enclume dont le son égal
Est le symbole de la Forge plus subtile
Qui sans bruit travaille – au dedans –

Affinant avec Brasier, et Marteau
Ces impatients Minerais
Jusqu’à ce que la Lumière choisie
Répudie la Forge –

(Emily Dickinson)

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En chacun (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



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En chacun
la mercerie des regrets
les désirs dans leur forge

Sur les vitres basses
les manies d’un feuillage

La lessive au jardin
porte le vent

(Georges Bonnet)

 Illustration: Gustave Caillebotte

 

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LES SORCIÈRES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LES SORCIÈRES

Colère, ô jalousie,
Sorcières aux doigts crochus,
A la figure roussie,
Anges des amours déchus,

J’ai pénétré dans votre antre
Pour savoir la vérité.
Le cœur malade on y entre,
On en sort le cœur gâté.

Vous m’avez dans votre filtre
Et votre noir alambic
Distillé l’horrible philtre
Qui me mord comme un aspic.

Dans votre infernale forge
Dont la haine est le marteau,
Votre patte a pour ma gorge
Forgé le fil d’un couteau.

Et c’est avec votre lame,
C’est avec votre liqueur,
Que j’ai meurtri ma pauvre âme
Et soûlé mon pauvre cœur.

Sorcières de la caverne,
Gueuses je vous maudis.
Vous avez fait un Averne
De mon divin paradis.

(Jean Richepin)

Illustration: Edvard Munch

 

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