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Poésie

Posts Tagged ‘forger’

La rouille (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2019



Elle fait mal aux charnières
mal aux morts mal à la scie
et mal aux vieilles prières
elle tue le sabre aussi

Rampe et jamais ne s’enlise
elle est l’eau elle est le feu
elle est déjà dans la brise
au premier souffle de Dieu

Mieux que rage mieux que foudre
elle est la crasse du ciel
et passerelle de poudre
entre l’abeille et le miel

Je sens bien sa langue brune
à chaque tour de mon sang
à grands efforts sur l’enclume
mon coeur lui forge des dents.

(Henri Gougaud)


Illustration

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LE MOUVEMENT (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



 

Jeanie Tomanek  . _500

LE MOUVEMENT

Forge le contraire de ce monde
Où l’âme perd rumeurs
Où le temps nous tarit

L’homme périt de son propre venin
Mais s’élève dans la lueur qu’il esquisse

Enfante-toi
Enjambe-toi

Dénoue le mouvement
Attise cette parole
qui ne se détourne pas des hommes
mais s’ébauche vers eux.

(Andrée Chedid)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Alors – poème (Florence Pazzottu)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
alors – poème
n’est pas retour
ni réenchantement ça grince
mais incandescence forgée
et déploiement
par pensée froide
de l’allégresse

(passion logique
et conjonction d’espaces
de pensée
articulation de l’intense
du hors et de l’en-soi
éloge de la chute ?
– un irréversible joyeux)

(Florence Pazzottu)
(Florence

Recueil: Alors, Poésie
Traduction:
Editions: Flammarion

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FABLES (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Miles Williams Mathis the-sleeping-tree

FABLES
(Extraits)

Peu de mots disent une femme
jusqu’au jour
où la nommer est impossible.

Tu es morte.
Un trou dans la coque,
un boulon qui saute :

ni vu ni connu.
La mémoire est calme.

*

L’amour au coin de la forêt
fit la terre si lourde
que la fille s’agenouilla.

Un passant dit :  » Voyez,
c’est une bague,
ou de l’argent qu’elle a perdu…  »

C’était le goût de vivre
après un grand bonheur.

*

Ici, ton prénom
c’est de la colère,
une fille nue
en quatre-vingt-neuf.

Mais ni toi ni moi
ne croyons aux rêves
que peut faire un soir
l’ouvrier lassé

de forger sa peine
jusqu’à lui donner
la forme d’un glaive
ou d’une chanson.

(Axel Toursky)

Illustration: Miles Williams Mathis

 

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Chanson pour toi (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Chanson pour toi

Je ne cesserai pas
de chanter les cloches des rencontres muettes,
les bras des divans parfumés,
les grandes chutes d’oiseaux ressemblants,
les éternels miroirs vibrants.

Je ne cesserai pas
de chanter la morsure rouge des lèvres,
l’épaule insoumise, les aisselles surprises,
les seins toujours à l’heure aux rendez-vous nocturnes.

Je ne cesserai pas
de chanter ton visage poudré de cendre,
le dernier naufrage à l’aube soufflée des lampes,
ta nuque échappée à l’étreinte,
tes pas que rien ne trahit.
Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes,
tant de fumée divine.

Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d’œillères.

Je ne cesserai pas
de chanter la rue, le parc, la mer,
car je te connais
car je t’aime et te connais.

Je ne cesserai pas
d’apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais;
car je te crains,
car je t’aime et te crains.

Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t’aime et te garde.

Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l’adieu
ne remonte sur l’eau.

(Edmond Jabès)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

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ENCORE UNE CHANSON D’AMOUR (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018


 


 

coeur

ENCORE UNE CHANSON D’AMOUR

Encore une chanson d’amour
Croyez-vous cette lampe éteinte
C’est la même cloche qui tinte
Dans le clocher des anciens jours
Encore une chanson d’amour

Il a neigé trois fois la hauteur des maisons
Il a plu quatre fois comme l’anse est profonde
Le vent a fait trois fois cent fois le tour du monde
Le soleil a poli des siècles de saisons
Et mes amours sont demeurées les mêmes
Je l’aime

Nous avons dévoré jusque dans leurs chemins
Des quartiers de pays rêvés depuis l’enfance
Dormi dans des châteaux où la mémoire avance
Fouillé dans des greniers chargés de lendemains
Et ma parole est demeurée la même
Je t’aime

Nous nous sommes bâti des bateaux et des ponts
Avec les mots frileux de mille solitudes
Nous nous sommes forgé de douces habitudes
Le silence n’est pas toujours la trahison
Et mon langage est demeuré le même
Je l’aime

Encore une chanson d’amour
Croyez-vous cette lampe éteinte
C’est la même cloche qui tinte
Dans le clocher des anciens jours
Encore une chanson d’amour

(Gilles Vigneault)

 

 

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Les voûtes de l’Adieu (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Les voûtes de l’Adieu

Ce qui se dresse devant nous
Arches ou ténèbres
Ne supprime
Aucun rêve
Qui forgea notre vie

Ce qui s’annonce
Plénitude ou néant
Ne ternit
Nul désir
Qui défia l’impossible.

(Andrée Chedid)

Illustration: Stéphanie Dozier

 

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ENTRETIEN DU FEU (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



 

ENTRETIEN DU FEU

Le feu inspire et respire le monde
s’y consume et irradie
la contraignante liberté des astres
énigme programmée des hommes
pour anéantir purifier allier forger

Chaque homme prend racine
dans son feu intérieur
il peut en être consumé
sans le moindre élixir
capable de l’éteindre
jusqu’à l’instant où soufflera la mort

Immortel le feu qui tourmente le magma
parfois explose et ruine le sol des hommes
et la terre ressasse son tournoiement
dans un immuable rituel de derviche

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

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Parlant du camp (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
(Parlant du camp)
Et c’est à vous couper le souffle – on y retrouve toutes les facettes, les classes, les « ismes »,
les oppositions et les chapelles qui divisent la société.(…).

Ils se retrouvent désormais dans un espace vide, seulement délimité par le ciel et la terre
et qu’il leur faudra meubler de leurs propres ressources intérieures.(…).

La solide armure que leur avait forgée position sociale, notoriété et fortune est tombée en pièces,
leur laissant pour tout vêtement la mince chemise de leur humanité

(Etty Hillesum)

 

 

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Depuis maintes années (Michel-Ange)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Depuis maintes années cent fois je fus
brisé, vaincu, puis blessé et tué
par toi, de ma faute ; or, le chef chenu,
vais-je encor me fier à tes sottes promesses ?

Que de fois as-tu lié, que de fois dénoué
mes pauvres membres, et tant piqué mon flanc
qu’à peine en moi-même je puis rentrer,
baignant ma poitrine d’un flot de larmes.

Je te parle, Amour, de toi je me plains,
libéré de tes leurres : à quelle fin
prendre l’arc cruel et tirer en vain?
C’est honte d’offrir à la scie, aux vers
un bois calciné, ou courir après
qui a perdu la souplesse et l’élan.

Mes yeux ont ouvert l’huis à mon venin,
quand aux âpres dards livrèrent passage.
Nid et refuge ai offert aux doux regards
en ma mémoire, que rien n’effacera.

Endure est mon coeur, et mon sein soufflet
pour forger les soupirs dont tu me brûles.

(Michel-Ange)

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