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Poésie

Posts Tagged ‘forme’

À la naissance (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2022



À la naissance quelque chose est donné à chaque nouveau-né.
Cette chose n’est rien. Elle n’a pas de forme, pas de nom, aucun prestige.
Elle est notre seul bien. On l’entrevoit par éclairs.
« Le simple sentiment d’être en vie m’est une extase. »

(Christian Bobin)

Illustration: Thomas-Alexander Harrison

 

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Qu’est-ce que l’amour? (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022



Qu’est-ce que l’amour?
C’est ce que personne ne sait.
Mais qu’est-ce que personne?
C’est chacun de nous dans le secret de sa vie engloutie.
L’amour s’adresse en nous au plus intime,
à ce qui, dans le plus intime de nous,
est sans visage, sans forme et sans nom: personne.

(Christian Bobin)

 

 

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La forme de ma pensée (Lokenath Bhattacharya)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2022




    
La forme de ma pensée

Cette chambre est fermée de tous côtés.
Cependant, un éclair l’a traversée.
Il me semble du moins en avoir aperçu un.
Ou est-ce la merveilleuse réalité
que nous percevons de l’endroit où nous sommes ?
Cet éclair, est-il désormais
ailleurs, hors d’ici ?

Est-ce chose possible ?
Il n’y a en ce lieu aucun passage.
Et les vitres des fenêtres sont couvertes d’épais rideaux.
Cela ne fut-il qu’une intime illusion?
Cet éclair, n’est-il passé qu’en moi?

Ce malentendu entre dedans et dehors
m’a fait entendre un grondement violent.
Pendant qu’en ce vide obscur
la respiration est à peine sensible,
un silence imperturbable demeure
couché et endormi à mes pieds sur lui : un couvre-pied.

Ce frémissement, qui a parcouru coins et recoins de ce lieu,
a provoqué dans les forêts environnantes un cri de douleur soudain,
audible jusqu’à cette chambre si bien fermée,
cri apparu pour s’éteindre aussitôt, sans disparaître pour autant.

Les rayons, qui pénétrèrent et lacérèrent cet instant fragile,
se sont enfuis et s’enfuient encore,
vers le haut et le bas, le nord, le sud.
S’agit-il du vaste ciel où je me tiens assis maintenant?
Quelle étrange vision pour mes yeux clos !

Mon siège tourne, et en tournant
m’entraîne dans une orbite circulaire,
planète au mouvement semblable
à des milliers d’autres en cet espace infini.

Est-ce donc ainsi la forme de ma pensée,
ainsi ce monde :
un royaume céleste dans la chambre ?

***

(Lokenath Bhattacharya)

Traduction de l’auteur et de Marc Blanchet

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Partant de Paumanok (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2022




    
Partant de Paumanok

Partant de Paumanok à forme de poisson, où je suis né
Même bien né, élevé par les soins d’une mère parfaite,
Après avoir couru de nombreuses cités en amoureux des pavés populaires,
En habitant de ma cité de Manhattan, des savanes du sud,

Ou en soldat de campement, porteur d’un sac à dos et d’un fusil, ou en mineur californien,
Ou en homme rude dans ma maison des bois du Dakota, régime carné et eau de source,
Ou retiré pour musarder ou méditer dans quelque endroit secret,
Loin du cliquettement des foules passant par intervalles, ravies, heureuses,

Ayant la connaissance du frais, du libre bienfaiteur qu’est le fleuve Missouri, du puissant Niagara,
Des troupeaux de bisons paissant les plaines, du taureau au poitrail imposant et velu,
De la terre, des rochers, des fleurs du cinquième mois, des étoiles, de la pluie, de la neige, mon émerveillement,

M’étant instruit des notes de l’oiseau qui se moque et du vol du faucon des montagnes,
Puis ayant entendu l’incomparable à l’aube, la grive ermite des cèdres du marais,
Solitaire, chantant dans l’Ouest, j’affronte un Nouveau Monde

***

Starting from Paumanok

Starting from fish-shape Paumanok where I was born,
Well-begotten, and rais’d by a perfect mother,
After roaming many lands, lover of populous pavements,
Dweller in Mannahatta my city, or on southern savannas,

Or a soldier camp’d or carrying my knapsack and gun, or a miner in California,
Or rude in my home in Dakota’s woods, my diet meat, my drink from the spring,
Or withdrawn to muse and meditate in some deep recess,
Far from the clank of crowds intervals passing rapt and happy,

Aware of the fresh free giver the flowing Missouri, aware of mighty Niagara,
Aware of the buffalo herds grazing the plains, the hirsute and strong-breasted bull,
Of earth, rocks, Fifth-month flowers experienced, stars, rain, snow, my amaze,

Having studied the mocking-bird’s tones and the flight of the mountain-hawk,
And heard at dawn the unrivall’d one, the hermit thrush from the swamp-cedars,
Solitary, singing in the West, I strike up for a New World.

(Walt Whitman)

Traduction de Marie Etienne

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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C’est un bruissement à peine (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2022




    
C’est un bruissement à peine.
Une sorte de vibration fixe
venue de là-haut ou d’en bas,
on ne sait pas.

Avec un ciel de craie
et des visages noirs à contre-jour.
Et des cris soudain, des rires.

Et des phrases qui s’en vont,
qu’on n’a pas su comprendre.
Ou qu’on a mal entendues.
Qu’on a oubliées, déjà.

Seul est resté le silence
et, très loin,
comme au bord,
ce qui ne se tait pas.

***

Et puis, oui, on est au bord.
On ne voit rien, mais on y est.
Le passé vient par bouffées.
Comme poussé par un vent violent.
Tenir, dit-il, que faire d’autre ?
La main touche la main.
Elle y sent battre le coeur.

***

On poursuit comme on peut.
Le jour est froid, le futur une brume immobile.
Rien qui en sorte, sauf peut-être une ombre venue des yeux
et qui se déplace sans jamais prendre forme.
Quant au présent,
il tient comme en équilibre sur la pointe d’un pied.

***

En attendant, lève-toi.
Ouvre les mains.
Laisse tomber ce que tu portes.
Ne garde que ta vie.
Une brassée d’air.
Et rien.

(Jacques Ancet)

Recueil: L’âge du fragment
Traduction:
Editions: AENCRAGES

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Le pêcheur de la falaise de la Tortue (Suyǒn)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2022




    
Le pêcheur de la falaise de la Tortue

Près du torrent, il est une pierre en forme de tortue,
Assis sur son dos, pêchant à la ligne, d’où vient ce vieillard ?
Sans qu’il le voie sa canne de bambou descend au fil de l’eau,
Il convoite des yeux les azalées rouges des deux berges.

***

(Suyǒn)

 

 

Recueil: Ivresse de brumes, griserie de nuages
Traduction: Ok-sung / Anne Baron / Jean-François Baron
Editions: Gallimard

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L’incommensurable (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2022




    
L’incommensurable

Pourquoi personne ne dit rien?
Pourquoi personne ne me dit rien?
Pourquoi alors que c’est cela
que je recherche
que tout le monde recherche
— non?

pas blanc
pas vide
pas néant

ni clairière
ni plage
ni au pied de l’arbre

peut-être une forme
peut-être un son
peut-être autre chose

d’éternel

quelque chose
que le temps
que l’oxydation

que l’oubli
n’attaquerait pas

jamais

impossible de le dire
impossible de te le dire

à moins d’une équation
d’un regard
d’une caresse sur tes seins

et toi qui réponds juste
que tout cela

peut-être

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: La désir Aux couleurs du poème Anthologie établie par Bruno Doucey et Thierry Renard
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Je ne demande au bleu… (Marc-Henri Arfeux)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2022



Illustration
    
Je ne demande au bleu…

Je ne demande au bleu de mon absence
Que ce lointain,
Si proche que je le sens frôler ma joue,
Ce peu de songe et de feuillages
En forme de parfum sur un sentier du monde
Où je ne suis que la buée d’un jour
Longtemps porté.

Je ne demande à l’éclosion des heures
Que l’effacement des pas,
La lente fumée du seul silence
Et l’embellie du vide
Pour mieux laisser venir,
Peut-être,
La pure désolation d’un chant
Selon la cendre et la lumière.

(Marc-Henri Arfeux)

 

Recueil: La désir Aux couleurs du poème Anthologie établie par Bruno Doucey et Thierry Renard
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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J’ai perdu la clef de mes yeux (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2022



 

J’ai perdu la clef de mes yeux
et la forme de mes paroles
j’ai perdu ma tête transparente
et mes mains d’algues rouges

(Paul Nougé)

Illustration

 

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PERTINAX (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2022



 

PERTINAX

Que les nuages informes pullulent!
Et que le chaos se déchaîne!
J’attends que la forme apparaisse.

(Robert Frost)

 

 

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