Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘formes’

Depuis que la fumée monta de ton bûcher (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Depuis que la fumée monta de ton bûcher
Tous les nuages me sont chers; mais comment,
Parmi ces vagues formes illuminées,
Reconnaîtrai-je la tienne?

***

Since smoke rose from your pyre
All clouds are dear; but how
Among those vague bright forms,
Yours shall I know?

(Kathleen Raine)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La statue (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

chut

La statue

Quand tu m’es apparue
c’est la tête penchée
et un doigt sur les lèvres.
Joli corps de statue
sur ton socle de grès,
tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

Car tu m’as envoûté
de corps et de pensées,
un sourire sur les lèvres.
Es-tu sainte ou diablesse ?
Es-tu femme ou déesse ?
Tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

Tu as tissé ta toile
comme ferait l’araignée,
un grand rire sur les lèvres.
Et en gestes comptés,
comme la reine d’un bal,
tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

Alors brisant le mal,
je t’ai abandonnée,
un défi sur les lèvres.
Couché dans l’aube pâle,
je ne puis t’oublier.
Tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

Adorable statue
à la tête penchée
et au doigt sur les lèvres,
merveille de formes nues
dans le marbre taillées,
tu m’as jeté un sort, sorcière !
Tu m’as jeté un sort…

(Esther Granek)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Comment je t’aime? (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2018



Comment je t’aime? Laisse m’en compter les formes.
Je t’aime du fond, de l’ampleur, de la cime
De mon âme, quand elle aspire invisible
Aux fins de l’Etre et de la Grâce parfaite.
Je t’aime au doux niveau quotidien du
Besoin, sous le soleil et la chandelle.
Je t’aime librement, comme on tend au Droit;
Je t’aime purement, comme on fuit l’Eloge.
Je t’aime avec la passion dont j’usais
Dans la peine, et de ma confiance d’enfant.
Je t’aime d’un amour qui semblait perdu
Avec les miens – je t’aime de mon souffle
Rires, larmes, de ma vie ! – et , si Dieu choisit,
Je t’aimerai plus encore dans la mort.

(Elizabeth Browning)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au jardin (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017



Au jardin

Le soir fait palpiter plus mollement les plantes
Autour d’un groupe assis de femmes indolentes
Dont les robes, ainsi que d’amples floraisons,
D’une blanche harmonie argentent les gazons.
Une ombre par degrés baigne ces formes vagues :
Et sur les bracelets, les colliers et les bagues
Qui chargent les poignets, les poitrines, les doigts,
Avec le luxe lourd des femmes d’autrefois,
Du haut d’un ciel profond d’azur pâle et sans voiles
L’étoile qui s’allume, allume mille étoiles.
Le jet d’eau dans la vasque au murmure discret
Retombe en brouillard fin sur les bords ; l’on dirait
Qu’arrêtant les rumeurs de la ville au passage
Les arbres agrandis rapprochent leur feuillage.
Pour recueillir l’écho d’une mer qui s’endort
Très loin, au fond d’un golfe où fut jadis un port.
Elles ont alangui leurs regards et leurs poses
Au silence divin qui les unit aux choses.
Et qui fait, sur leur sein qu’il gonfle, par moment
Passer un fraternel et doux frémissement.
Chacune dans son cœur laisse en un rêve tendre
La candeur et la nuit par souffles lents descendre ;
Et toutes respirant ensemble dans l’air bleu
La jeune âme des fleurs dont il leur reste un peu,
Exhalent en retour leurs âmes confondues
Dans des parfums où vit l’âme des fleurs perdues.

(Léon Dierx)

Illustration: Alphonse Osbert

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lorsque choisi pour ce suicide (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Lorsque choisi pour ce suicide
J’ai senti rouler dans mon sang
Tout le poids d’un désert fluide…
Il m’a fallu vous reconnaître
formes d’un nouvel univers.

[…]

Je retrouve soudain l’azur

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

J’ai été (Taliesin Barde celtique)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



J’ai été sous de multiples formes
Avant de trouver mon être définitif,
Il m’en souvient très clairement.
J’ai été une lance étroite et dorée,
J’ai été goutte de pluie dans les airs,
J’ai été la plus lointaine des étoiles,
J’ai été mot parmi les lettres,
J’ai été livre dans l’origine,
J’ai été lumière de la lampe.

(Taliesin Barde celtique)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

L’Echiquier (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



L’Echiquier

Je suis seul sur l’échiquier de la cour,
ni cavalier, ni roi, mais le fou.
La main du joueur hésite entre les tours.

Je fais trois pas, je déserte le lierre
pour la lumière épaisse où je m’englue.
Le lézard règne aux aisselles de pierre.

Où sont les filles d’or et de saveur,
ce bruit de blé qui froisse leur épaule,
et le figuier, son feuillage de coeurs,

le premier pas timide, sur les eaux,
du jour qui jouit de visibles trésors?
Rien n’a trompé le zèle des créneaux.

Car il ne vient que l’ombre d’une lame
aiguiser au grès ses tranchants mortels
pour de très lents combats avec les flammes.

Ici veillent le sphinx et la fourmi:
patience de dément dans sa cellule,
et mort repliée qui s’ouvre la nuit.

Mais je sens des formes collées aux murs,
dans l’odeur de sang des chambres désertes,
et qui m’épient par toutes les fissures.

(Jean Joubert)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Le vide (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2016



le vide est l’identique qui ne répond
et ne se consume Néanmoins il habite
les formes dans la délicatesse de leurs contours
Comme une figure vivante cette jarre se perçoit
dans le silence bleu du centre
La passion trouve la dimension géométrique
quand elle s’éprend des espaces cristallins
d’un palais On dirait alors que le néant
s’embrase et dore la pénombre d’une patrie
Et la lumière très haute éblouit le coeur du vide
jusqu’au tremblement d’un premier nom

(António Ramos Rosa)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE VIDE ET LES FORMES (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



LE VIDE ET LES FORMES

La poursuite, la lutte
sur le bord invisible,
les images saisies, déjà crues
nôtres et en un instant
redevenues brouillard,
le retour déçu —
du chasseur auquel ne fut donné
qu’un bruissement de feuillages et l’éclair gris
du lièvre qui s’enfuit en bondissant dans les buissons ;
du pêcheur dont la longue attente
s’acheva dans un ironique saut de carpe,
cette illusion d’argent sur l’hameçon à peine effleuré…

Comme nous voici vaincus !
Comme nous tombent des mains les armes inutiles !
La pierre reste pierre,
la toile n’est que toile, la feuille une bruissante
absence, le clavier
silence obstiné.

Le vide se défend.
Il ne veut pas qu’une forme le tourmente.

***

IL VUOTO E LE FORME

L’inseguimento, la lotta
sull’orlo invisibile,
le immagini afferrate, già credute
nostre, ed in un istante
ridivenute nebbia,
il deluso ritorno –
di cacciatore a cui toccó soltanto
uno stormir di frasche e il breve lampo grigio
della lepre che a balzi si salva tra i cespugli ;
di pescatore la cui lunga attesa
fini in un guizzo ironico di carpa,
quella beffa d’argento sull’amo appena sfiorato…

Come sumo sconfitti !
Come ci cadono di mano le inutili armi !
La pietra resta pietra,
la tela è solo tela, il foglio una frusciante
assenza, la tastiera
ostinato silenzio.

Il vuoto si difende.
Non vuole che una forma lo torturi.

(Margherita Guidacci)

Illustration: André Nadal

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :