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Poésie

Posts Tagged ‘fortifier’

L’Ennemi (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




L’Ennemi

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?

— O douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie!

(Charles Baudelaire)

Illustration: Francisco Goya

 

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L’absence de dieu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’absence de dieu me fortifie,
je puis invoquer mieux son absence
que si j’invoquais sa présence.

Le silence de dieu

me laisse parler.
Sans son mutisme
je n’aurais rien appris à dire.

Ainsi par contre
je dépose chaque parole
en un point du silence de dieu,
en un fragment de son absence.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 12
Traduction:
Editions:

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Thé et café (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



Thé et café

Le fleur de café voulut un jour faire le voyage de Chine
pour aller rendre visite à sa soeur la fleur de thé.
Celle-ci la reçut avec une bienveillance dans laquelle perçait un
léger sentiment de supériorité.
Pour la fleur de thé, en effet, le café n’était qu’une fleur barbare
avec laquelle elle consentait à entrer en relations
malgré la distance qui sépare une Chinoise civilisée
d’une étrangère encore plongée dans les ténèbres de l’ignorance:

—Ma noblesse est de six mille ans plus vieille que la vôtre,
elle date de la fondation même du royaume de Chine,
qui est le plus ancien des royaumes connus.
—Vous êtes si fade, s’écria le café, que les Chinois eux-mêmes
ont été obligés de vous abandonner pour l’opium.
Vous n’êtes plus pour eux un excitant, père de doux rêves,
mais une simple boisson de table, comme chez nous le
cidre ou la petite bière.
—J’ai conquis, répliqua le thé avec vivacité,
un peuple qui a vaincu les Chinois.
Je règne en Angleterre.
—Et moi en France.
—J’ai inspiré Walter Scott et lord Byron.
-J’ai animé la verve de Molière et de Voltaire.
—Vous êtes un poison lent.
—Et vous un vulgaire digestif.
—Tu brûles, moi je console.
—Je fortifie, tu fais languir.
—A moi le coeur.
—A moi la tête.

Les deux fleurs exaspérées allaient se prendre aux feuilles,
lorsqu’elles convinrent de s’en rapporter à un tribunal mi-parti de buveurs de thé et de café.
Ce tribunal siège depuis des siècles, il n’a pu encore formuler un jugement.

(J.J. Grandville)

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UN CHANT POUR ARRÊTER CELLE QUI PASSE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018




    
UN CHANT POUR ARRÊTER CELLE QUI PASSE

Tes longs cheveux, tes yeux et ton sourire.
Car pour mieux consumer ma bouche sèche, tu souris
Arrête-toi, je me baigne, je meurs
Dans ce sourire. Et tes yeux rient. Tu me relèves,
Tu me fais naître enfin, tu fortifies
Mes forces. Je retourne à ces jours.

Errant alors avec la vanité des livres, le sortilège
Des pensées qui s’entortillent, les mots sans rémission
Une Sorbonne grise et gravitant
Au-dessus de la mort et des gloses, le désespoir
Au terme des tombeaux. Perdu
Parmi tant de concepts. Je n’avais pas vécu,
Je ne connaissais rien : inemployé, vide et de coeur étroit.
Ignorant l’art des mots, titubant de détresse. Tu m’inventais

Pour renaître à l’état de chant, comme la source,
Filant de sa quenouille tresse de jour
Et note pure, maintient la mélodie.
Je tiens de toi notes et mots, ce que je dois savoir.

Ô fruits ensoleillés des premières paroles
Pour nourrir en chemin nos bouches qui se cherchent.
Nos mains mêlées et nos coeurs assourdis,
Même pensée en même temps, et la lumière —
Mais d’où venue cette lumière ?
Pour nous creuser et nous étreindre.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Michel-Ange à Vittoria Colonna (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Michel-Ange    
    
Michel-Ange à Vittoria Colonna

Je goûte auprès de toi le silence et le charme
Des nuits où la douleur se plaît à demeurer,
Toi qu’on ne voit jamais essuyer une larme
Mais dont j’entends souvent la grande âme pleurer.

Je suis déjà si las des baisers de la terre
O femme au noble front par les chagrins terni,
Je ne trouve un peu d’ombre et de divin mystère
Que dans la profondeur de ton deuil infini !

Comment auprès de toi tenter la vaine épreuve
Des aveux dédaignés, des soupirs superflus ?
Toi si haute et si sombre en tes robes de veuve,
Toi dont l’espoir brisé ne s’éveillera plus ?

O ma nuit ! ô ma paix ! calme où se fortifie
Le magnanime élan, le généreux effort,
Je mets à tes pieds saints mon coeur que purifie
La blancheur d’un amour qui ressemble à la mort.

(Renée Vivien)

 

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Il ne faut pas exalter (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Il ne faut pas exalter
les hommes de mérite
afin de ne pas éveiller
de ressentiments.
Il ne faut
ni priser les biens rares,
car ce serait inciter au vol,
ni exhiber les choses enviables,
pour ne pas troubler les coeurs.
Aussi,
le Sage,
dans son gouvernement,
fait le vide dans le coeur de ses sujets.
Il détruit en eux
désir et passion
qui peuvent les troubler,
mais veille à bien les nourrir.
Il doit affaiblir leur volonté
tout en fortifiant leur corps.
Il doit obtenir
que le peuple soit ignorant
mais satisfait
et que la classe cultivée
n’ose agir.
S’il pratique le non-agir,
l’harmonie est préservée.
L’ordre est maintenu.
L’empire gardé.

(Lao Tseu)

 

 

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Le chêne (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2016




Le chêne a fortifié l’estrade.
En nous s’étendent les nudités de l’espace,
la rondeur des grives.

(Dominique Sampiero)

 

 

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Poésie ininterrompue (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Giampaolo Ghisetti__Elucefu_g

Poésie ininterrompue

[…]
Hier c’est la jeunesse hier c’est la promesse

Pour qu’un seul baiser la retienne
Pour que l’entoure le plaisir
Comme un été blanc bleu et blanc
Pour qu’il lui soit règle d’or pur
Pour que sa gorge bouge douce
Sous la chaleur tirant la chair
Vers une caresse infinie
Pour qu’elle soit comme une plaine
Nue et visible de partout
Pour qu’elle soit comme une pluie
Miraculeuse sans nuage
Comme un pluie entre deux feux
Comme une larme entre deux rires
Pour qu’elle soit neige bénie
Sous l’aile tiède d’un oiseau
Lorsque le sang coule plus vite
Dans les veines du vent nouveau
Pour que ses paupières ouvertes
Approfondissent la lumière
Parfum total à son image
Pour que sa bouche et le silence
Intelligibles se comprennent
Pour que ses mains posent leur paume
Sur chaque tête qui s’éveille
Pour que les lignes de ses mains
Se continuent dans d’autres mains
Distances à passer le temps

Je fortifierai mon délire
[…]

(Paul Eluard)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

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SANS PORTES NI FENÊTRES (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2015



 

SANS PORTES NI FENÊTRES

Sans portes ni fenêtres je veux vivre franc
Du besoin d’air pur et de lumière,
Plus clairvoyant de ne rien voir et plus vivant
De ne sortir qu’au profond de moi-même.

J’ai maçonné les trous dans l’épaisseur des murs.
Ah! comme respirer en moi me fortifie,
Je sens mille portes s’ouvrir
Mille fenêtres éclairer ma vie.

Chaque idée est un oeil fixé sur l’éternel,
Je suis l’araignée rouge aux yeux nocturnes,
L’obscur est mon domaine, et mon ciel
Brille de toutes les étoiles que j’allume.

(Franz Hellens)

Illustration: Odilon Redon

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