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Poésie

Posts Tagged ‘fortune’

La loterie (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



On a brisé
la petite loterie
où l’on gagnait un verre à fleurs
et des gens restent
autour des débris de sa roue
béats dans leur vêture
jupes roidies et scintillantes
vestes incrustées
de larmes de plâtre
redingotes noires épuisées.
Sous ces hardes les corps parfois beaux
de ceux qui tentèrent pour si peu la fortune
frissonner au vent de mer.

(Jean Follain)


Illustration

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Chanson des mille et une (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



Chanson des mille et une

Il en a connu mille et une
Qui couraient la bonne fortune
Feux follets aussi peu fidèles
Que l’hirondelle.

Passèrent des blondes des brunes
Des peaux de lait des seins de prunes
Des chevelures à flammèches
Des teints de pêches.

Un soir de brume il en vint une
Avec des yeux tachés de lunes
Qui ne demandait que sa route
Une entre toutes.

Alors il comprit que chacune
N’avait été que fleur d’écume
Et lui posa son, pour aumône,
Coeur dans la paume.

(Bernard Lorraine)

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Ode à l’école du soir (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020



Illustration: Marc Chagall 
    
Ode à l’école du soir

Employés et manouvriers
s’en vont à l’école du soir
quand la peau des femmes est plus douce
et que les enfants translucides
tracent les dernières marelles
aux carrefours couleur de rose
et par-delà la ville s’étendent
des archipels de villages
remplis aussi d’écoles du soir ;
au haut d’un arbre l’idéal
chante par la voix d’un oiseau,
lentement les rivières coulent,
un fantassin sur un pont d’or
baise aux joues la servante blanche,
douceurs de vivre, ô serpents
emmêlés dans la pourpre vaine,
de lourds passés meurent au ciel ;
qu’Eve à jamais rendit amère
la lourde beauté du feuillage,
mais l’Ecole du soir dans ses bras
de République fortunée
recueille les grands apprentis sages.

(Jean Follain)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: La Main Chaude
Traduction:
Editions: Gallimard

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PONTS (Ilse Tielsch)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Illustration: Oskar Kokoschka    
    
PONTS

Construisons des ponts
dit-il
de pierres et de métal
indestructibles grâce au poids
des hommes en cuirasse
qui nous sauveront.

Tressons des objets flexibles
dit-elle
lianes et rameaux verts
passerelles perpétuelles de rivage en rivage
pour les pas pressés de ceux
qui fuient les hommes en cuirasse.

Je construis avec ce que j’ai
dis-je
et lance mon cœur par-dessus l’abîme
il trace une voie dans l’obscurité
celle que je vous offre tel un pont de fortune
il est étroit
mais il porte.

***

BRIDGES

Let us build bridges,
he says,
of stone and steel
indestructible by the weight
of the armored who will save us.

Let’s braid flexible things,
she says,
lianas and green twigs
solid footbridges from shore-to-shore
for the hasty steps
of those who flee from the armored.

I build with what I have,
but it holds.

***

BRÜCKEN

Laß uns Brücken baun
sagt er
aus Steinen und Stahl
unzerstörbar vom Gewicht
der Gepanzerten
die uns retten werden
Laß uns Biegsames flechten
sagt sie
Lianen und grünes Gezweig
haltbare Stege von Ufer zu Ufer
für die eiligen Tritte derer
die vor den Gepanzerten fliehn
Ich baue mit dem was ich habe
sag ich
und werfe mein Herze über den Abgrund
es zieht eine Spur durch das Dunkel
die biete ich euch als Notbrücke an
sie ist schmal
doch sie trägt.

***

BRUGGEN

Laat ons bruggen bouwen
zegt hij
van stenen en staal
onverwoestbaar door het gewicht
van de gewapenden die ons zullen redden

Laat ons buigzame dingen vlechten
zegt ze
lianen en groen takwerk
duurzame loopbruggen van oever naar oever
voor de haastige schreden van hen
die voor de gewapenden vluchten

Ik bouw met wat ik heb
zeg ik
en werp mijn hart over de afgrond
het trekt een spoor door het duister
dat bied ik jullie als noodbrug aan
ze is smal
maar ze draagt.

***

***

PONTI

Lasciateci costruire ponti,
egli dice,
di pietra e acciaio
indistruttibili per il peso
del blindato che ci salverà.

Lasciateci intrecciare qualcosa di flessibile,
lei dice,
liane e ramoscelli verdi
solidi camminamenti da sponda a sponda
per i passi frettolosi
di quelli che fuggono dal blindato.

Costruisco con ciò che ho,
ma duraturo.

***

PUENTES

Construyamos puentes
dice él
con piedras y acero
indestructibles para el peso
de los acorazados
que nos salvarán

Trencemos cosas flexibles
dice ella
lianas y ramas verdes
puentes peatonales duraderos de orilla a orilla
para los pasos rápidos de aquellos
que huyen de los acorazados

Yo construyo con lo que tengo
y arrojo mi corazón por encima del abismo
para que trace una huella en la oscuridad
eso les ofrezco como un puente de emergencia
es estrecho
pero sostiene.

***

ΓΕΦΥΡΕΣ

Ας φτιάξουμε γέφυρες, είπε εκείνος,
με σίδερο και πέτρα
άφθαρτες κι αιώνιες
μες στην αρματωσιά τους και στο βάρος τους
που θα μας σώσει
Ας πλέξουμε ευλύγιστα πράγματα,
είπε εκείνη,

από κισσό και πράσινα κλαδάκια
μονοπάτια σταθερά από ακτή σ’ ακτή
για τα γρήγορα βήματα αυτών
που τρέχουν να ξεφύγουν
απ’ την αρματωσιά

Φτιάχνω με υλικά που έχω
κι αντέχει στο πέρασμα του χρόνου.

***

***

桥 梁

让我们架起桥梁,
他说,
用石头和钢建造
将拯救我们的装甲部队
的重量压不垮的桥梁。
让我们编织柔软的东西,
她说,
用藤蔓和嫩枝
编织岸对岸的坚实人行桥
为那些逃离装甲部队
的人的匆忙脚步而设。
我用我拥有的来建造
但它是靠得住的

***

橋を築こう
彼は言う 。
石と鉄でできた橋を。
装甲車が渡っても壊れない橋を。
きっと私たちを救ってくれるから。
柔らかいものを編みましょう
彼女は言う 。
つるや緑の小枝でつくるのです。
両岸をつなぐ丈夫な人道橋を。
軍隊から急いで逃げる人たちのために。
わたしは 私自身の力で築く
それこそが 芯となりうる

Recueil: ITHACA 612
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Anglais Stanley Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Grec Manolis Aligizakis / Arabe / Chinois William Zhou / Japonais /
Editions: POINT

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Une bonne fortune (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



Une bonne fortune

Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même,
Qu’une permission de notre seigneur Dieu,
Pour qu’il vînt à passer quelque femme en ce lieu.
Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ;
Les vents sont à l’amour l’horizon est en feu ;
Toute femme, ce soir, doit désirer qu’on l’aime.

S’il venait à passer, sous ces grands marronniers,
Quelque alerte beauté de l’école flamande,
Une ronde fillette, échappée à Téniers,
Ou quelque ange pensif de candeur allemande :
Une vierge en or fin d’un livre de légende,
Dans un flot de velours traînant ses petits pieds ;

Elle viendrait par là, de cette sombre allée,
Marchant à pas de biche avec un air boudeur,
Ecoutant murmurer le vent dans la feuillée,
De paresse amoureuse et de langueur voilée,
Dans ses doigts inquiets tourmentant une fleur,
Le printemps sur la joue, et le ciel dans le coeur.

Elle s’arrêterait là-bas, sous la tonnelle.
Je ne lui dirais rien, j’irais tout simplement
Me mettre à deux genoux par terre devant elle,
Regarder dans ses yeux l’azur du firmament,
Et pour toute faveur la prier seulement
De se laisser aimer d’une amour immortelle.

(Alfred de Musset)


Illustration

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MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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An ollzent (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2019



An ollzent

C’est la Toussaint de ma jeunesse
Mes petits morts, dormez en paix
Dans le caveau de ma paresse
Morts à peu près, pas tout à fait.

Dormez, mes rêves de fortune
Point n’est besoin d’un tas d’écus
Je n’ai pas décroché la lune
Pauvre naquis, pauvre vécus.

Amour, qui peu me fis la guerre
Et toutefois me déconfis
Fais ton bon somme de grand-père
Garde bien clos tes yeux rougis.

Or vous qui tentez de revivre
A me poignarder toujours prêts
Beaux gisants que la nuit délivre
Dormez aussi, vous, mes regrets.

(Anthony Lhéritier)

 

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Enfants venez (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019


 


 

Ettore Aldo Del Vigo 1-36097

Enfants venez, le monde est la fortune.
Nous tricherons pour être heureux ici.
Avec des fleurs nous construirons des huttes.
Venez le temps d’opposer un défi
A ce qui meurt chaque nuit sous la lune.
[…]
parmi la brousse, ô kangourous sans âge,
poussant vers l’ouest un ruisseau d’astres verts,
Nous brouterons d’étranges univers
Et sauterons parmi toutes nos larmes.

(Robert Sabatier)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Le coeur soudain privé (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

Christian Schloe  15

Le coeur soudain privé,
l’hôte du désert devient
presque lisiblement
le coeur fortuné,
le coeur agrandi,
le diadème.

(René Char)

Illustration: Christian Schloe

 

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Le Diable Fait toujours bien tout ce qu’il fait! (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


pyramide

Emblèmes nets, tableau parfait
D’une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu’il fait!

(Baudelaire)

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