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Poésie

Posts Tagged ‘fossé’

L’Enterrement (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2022



Illustration: Adolphe Leleux  
    
L’Enterrement

Il y a six hommes pour porter la bière :
un mort, c’est plus lourd qu’un
vivant; le cortège va lentement
sur le chemin du cimetière.

Lorsque le pasteur a eu fini la prière,
le mort était sorti, les femmes étaient sorties aussi,
les femmes s’étaient mises à pleurer.
On avait voulu les consoler,
mais elles n’en pleuraient que plus fort,
à cause du mort,
dans les escaliers.

Il y a six hommes pour porter la bière;
un mort, c’est plus lourd qu’un vivant;
le cortège va lentement
sur le chemin du cimetière.

C’est un vieux. N’est-ce pas ? les vieux
qui passent leur temps au coin de leur feu,
ça doit s’attendre à s’en aller,
mais c’est dur quand même, et c’est dur pour eux,
et c’est dur aussi pour la femme.

A présent il pleut, il fait de la boue,
on est arrivé, le trou est creusé,
le fossoyeur est à côté,
les gens se sont découverts,
on met le cercueil sur la fosse,
le cercueil descend, les cordes grincent,
la terre en tombant sonne creux,

et les gens s’en vont se mouchant,
avec leurs mouchoirs sur les yeux,
parce que, de voir ça, çа remue.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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En revenant (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2021



En revenant

Voici pour vous aimer je n’ai que des rivières
Et les ponts et les sentiers et puis d’autres sentiers
Voici les routes qui mènent
Où il ferait bon peut-être aller

Voici la brume de la vallée
Voici la mousse de ce jour
Où il fit bon dormir dans le fossé
Voici l’oiseau que vous vouliez

Voici la branche qui fut cueillie
Voici la branche qui fut cassée
Ce soir où il fit si bon longtemps marcher
Voici cette baguette il n’y a plus de fées

Voici le lait le pain la table
Et le banc poli et la lampe sage
Etait-ce bien cela que vous vouliez
Voici le chien qui ne vous connaît pas

Voici les nuits depuis longtemps passées
Voici l’oubli et nos mains fatiguées
Voici les étoiles que vous vouliez
Voici ce feu qui vint mourir chez moi.

(Robert Momeux)

Illustration: Francine Van Hove

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Tu étais droite et heureuse (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2021



 

Dina Shubin  (6) [1280x768]

Tu étais droite et heureuse
Devant la porte que le vent
Venait d’ouvrir sur la campagne.
Pétrie de lumière
Tu te tenais immobile dans le jour,
Au temps des guêpes d’or,
Lorsque dans le sureau
Se font douces les moelles.
Alors on allait déchaussés
Par les fossés, on mesurait l’ardeur
Du soleil d’après les empreintes
Laissées sur les rochers.

***

Erí dritta e felice
Sulla porta che il vento
Apriva alla campagna.
Intrisa di luce
Stavi ferma nel giorno,
Al tempo delle vespe d’oro
Quando al sambuco
Si fanno dolci le midolla.
Allora s’andava scalzi
Per i fossi, si misurava l’ardore
Del sole dalle impronte
Lasciate sui sassi.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: Dina Shubin

 

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Sur l’arbre rouge (Marguerite Burnat-Provins)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



Illustration: Chaude Diy
    
Sur l’arbre rouge

Sur l’arbre rouge, as-tu vu
Le corbeau noir ?
L’as-tu entendu ?
En claquant du bec, il a dit
Que tout est fini ;
Les fossés sont froids,
La terre est mouillée.
Nous n’irons plus rire et nous cacher,
Dans la bonne chaleur du blé.
Le corbeau noir a dit cela,
En passant,
Dans l’arbre rouge couleur de sang.

(Marguerite Burnat-Provins)

 

Recueil: Chansons rustiques
Traduction:
Editions: Säuberlin et Pfeiffer

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RESSURECTION (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2020



Illustration: Jeanne Balas
    
RESSURECTION

Les uns s’enivrent de sons,
D’autres s’enveloppent dans des couleurs;
Les uns s’entourent de courtisans,
D’autres s’enferment dans le silence;
Les uns se couvrent des pelisses du mensonge,
D’autres s’exposent dans l’aquarium de la vérité;
Les uns se font faire des palais,
D’autres restent tout nus;
Mais, en vérité, tout est transparent
Et chacun, chacun tout seul se décompose
Dans une tombe particulière
Ou dans la fosse commune.
Et à sa place
En ressuscite un autre.

(Mihai Beniuc)

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Passez devant (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2020




    
Passez devant

Allez messieurs si vous êtes pressés
Passez devant, passez devant

Un peu plus loin vous attend le fossé
Passez devant, passez devant

En trois morceaux vous vous retrouverez
Passez devant, passez devant

Quatre pompiers viendront vous ramasser
Passez devant, passez devant

A l’hôpital vous serez transportés
Passez devant, passez devant

Tant bien que mal vous serez recollés
Passez devant, passez devant

Toute la vie resterez estropiés
Passez devant, passez devant

(Suzanne François)

 

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Le poème est un coin de table (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2020



Le poème
est un coin de table
d’où tout peut basculer

La pierre
est la fosse d’opéra
des étoiles

(Werner Lambersy)

 

 

 

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DIFFÉRENTS LIEUX (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020



DIFFÉRENTS LIEUX

Sur la route quelqu’un passe
De la maison que cerne le fossé
On entend le pas qui sonne
Un chien aurait pu aboyer
Ou près du porche une volaille s’effrayer
Mais rien que ce pas qui décroît
Sur la route qui va tout droit
Jusqu’au bois plus loin lové dans sa torpeur
Rien que la solitude
Et la chaleur du jour d’été
Jusqu’aux confins où sont des villes
Bruissantes et fiévreuses
Sous le même ciel indifférent
Que certains disent vide
Et que d’autres voient empli de signes de présages

(Robert Momeux)

Illustration

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MARÉES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



MARÉES III

Tout est marée
Vertige des cavernes
Ascension des collines

Tout est flux et reflux
L’ombre carnassière
Talonne chaque clarté

Tout est chemin
Le fossé qui nous creuse
Comme le feu qui survient

***

MARÉES VI

Faisant fleuve de toutes larmes
Océan de toute sueur
Cavernes de toute parole
Blessures de tout regard

Nous créons parfois nos spectacles
L’âpreté de nos fièvres
Le silence de nos trappes

(Andrée Chedid)

Illustration

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MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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