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Posts Tagged ‘fossoyeur’

Inventaire (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



inventaire-prevert

Inventaire

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs

un raton laveur

une douzaine d’huîtres un citron un pain
un rayon de soleil
une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d’honneur

un autre raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu’on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables
un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon
sang une mouche tsé-tsé
un homard à l’américaine un jardin à la française
deux pommes à l’anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d’acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d’inattention
et …
cinq ou six ratons laveurs

un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
un petit garçon qui sort de l’école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d’Austerlitz
un siphon d’eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux soeurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits
trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts
de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison
dont quinze de cellule cinq minutes d’entr’acte

et …

plusieurs ratons laveurs.

(Jacques Prévert)

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L’ENTERREMENT (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2018



L’ENTERREMENT

Il y a six hommes pour porter la bière ;
un mort, c’est plus lourd qu’un vivant ;
le cortège va lentement
sur le chemin du cimetière.

Lorsque le pasteur a eu fini la prière,
le mort était sorti, les femmes étaient sorties aussi,
les femmes s’étaient mises à pleurer.
On avait voulu les consoler,
mais elles n’en pleuraient que plus fort,
à cause du mort,
dans les escaliers.

Il y a six hommes pour porter la bière ;
un mort, c’est plus lourd qu’un vivant
le cortège va lentement
sur le chemin du cimetière.

C’est un vieux. N’est-ce pas ? les vieux
qui passent leur temps au coin de leur feu,
ça doit s’attendre à s’en aller,
mais c’est dur quand même, et c’est dur pour eux
et puis pour la femme.

A présent il pleut, il fait de la boue,
on est arrivé, le trou est creusé,
le fossoyeur est à côté,
les gens se sont découverts,
on met le cercueil sur la fosse,
le cercueil descend, les cordes grincent,
la terre en tombant sonne creux,

et les gens s’en vont se mouchant
avec leur mouchoir sur les yeux,
parce que, de voir ça, ça remue.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Illustration: Pablo Picasso

 

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RENOUVEAU (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Matthew Denman
    
RENOUVEAU

Ben oui, notre amour était mort
Sous les faux des moissons dernières,
(la javelle fut son suaire…)
Ben oui, notre amour était mort,
Mais voici que je t’aime encor !

Pan pan ! pan pan ! à grands coups sourds
Comme lorsqu’on cloue une bière,
J’ai battu les gerbes sur l’aire ;
Pan pan ! pan pan ! à grands coups sourds
Sur le cercueil de notre amour

Et pan pan ! les fléaux rageurs
Ont écrasé, dessous leur danse,
Le bluet gris des souvenances
(Et pan pan ! les fléaux rageurs !)
Avec le ponceau qu’est mon cœur !

Dedans la tombe des sillons
Quand ce fut le temps des emblaves,
Comme un fossoyeur lent et grave,
Dedans la tombe des sillons
J’ai mis l’amour et la moisson

Des sillons noirs un bluet sort
Tandis qu’une autre moisson bouge ;
Avec un beau ponceau tout rouge,
Des sillons noirs un bluet sort,
Et voici que je t’aime encor !

(Gaston Couté)

 

 

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TOUS LES POÈMES QUI… (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018




    
TOUS LES POÈMES QUI…

Tous les poèmes qui ne sont jamais
nés, qui ont juste montré le bout de
l’oreille, se sont brouillés, dissous, perdus,
bus par la terre obscure où les larves
des limbes, les menus fossoyeurs, ont vite
dévoré leur chair à peine chair, rendu
les yeux encore aveugles à la nuit.

Tous les poèmes de l’impasse et du naufrage :
brusque désir, souffle d’un mot, appel
dans la forêt pour que les songes se
rameutent, aube d’un chant comme d’oiseau
à la lisière, qui s’enfle, qui s’efforce
et puis soudain trébuche dans le gris.
La brume tombe, il pleut des feuilles et des cendres.

La main faiblit, le coeur s’est détourné
comme celui qui apportait le pain et la parole,
sur un caprice ou sur un ordre obscur,
change de route, et l’on entend son pas
qui peu à peu s’éloigne sur les pierres,
s’efface, nous laissant aux bassesses du jour.

Tous les poèmes qui ne sont jamais nés,
dont la poussière rôde dans le revers du monde :
paroles d’ombre pour les ombres…

Nous devinons parfois dans le sommeil
leur frôlement et la double rumeur,
comme s’ils imploraient de nous une terre d’asile,
une autre chance d’exister.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Comment s’y rendre (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Fossoyeur! Mon Maître dort ici.
De grâce mène-moi à son lit!
Je suis venue bâtir le Nid,
Et semer la graine Tendre –

Car une fois la neige en allée
De sa porte de chambre –
Les Marguerites – et le Troubadour –
Diront comment s’y rendre.

(Emily Dickinson)

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SOIR D’AUTOMNE (Robert Campion)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



SOIR D’AUTOMNE

Comme la nuit, ce soir, descend perfidement !
Et comme, à son approche, une terreur soudaine
A saisi toute chose en un même moment,
Des voix de la forêt aux rumeurs de la plaine !

Un crépuscule étrange empourpre l’horizon,
Et jette en se mourant des lueurs incertaines.
Est-ce l’effroi du ciel qui glisse le frisson
Sous l’écorce rugueuse et suintante des chênes ?

La peur rôde alentour des échos soucieux ;
Le sol, vieux fossoyeur, lui-même se recueille,
Et des pleurs sont tombés on ne sait de quels yeux
Sur l’humide tombeau de la dernière feuille.

Dans la forêt meurtrie aucun souffle, aucun bruit ;
Mais au travers du bois la lune qui regarde…
Qu’est-ce donc que le ciel complote avec la nuit
Sous l’œil faux et hagard de la lune blafarde ?

(Robert Campion)

 

 

 

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Ils ne reviendront plus (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Ils ne reviendront plus

Quand reviendront les fossoyeurs devant la tombe d’Ophélie ?
Ophélie n’est pas encore dans son immortelle tombe ;
ce sont les fossoyeurs qu’on y mettra si le cheval blanc le veut.
Et le cheval blanc ? il vient chaque jour brouter les cailloux.
C’est le cheval blanc de l’auberge du Cheval-Blanc devant la tombe.
Il a trente six côtes. La tombe est une fenêtre ouverte sur le mystère.

(Max Jacob)

Découvert chez Lara ici

Illustration: John Everett Millais

 

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PALAIS SOUTERRAIN (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018


 



    
PALAIS SOUTERRAIN

Au-dessus d’un palais ancien
enfoui sous la plaine
marche une serve
des insectes armés
sous ses pieds meurent
sauf quelques-uns blessés
qui survivront jusqu’au soleil bas
dans l’heure qu’un homme
avide de civet sombre
emporte à son épaule
la bêche du fossoyeur.
Il faudra encore des ans
avant que le monument
ne soit exhumé
du sol rouge ravagé
par pluies et vents.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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FOSSOYEUR D’AUBES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018



Illustration
    
FOSSOYEUR D’AUBES

Aucune gerbe ne relie
L’homme à ses fondements
Aucune colonne n’étaye
La vie qui décline

Fossoyeur d’aubes et d’horizons
Nous pataugeons dans l’éphémère
Des feux de paille nous aveuglent
L’existence nous a égarés

L’alouette pourtant
Entonne son hymne

Au centre des fourrés
Survient l’amour.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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NOTRE CHANSON DES NUITS DE MAI (Toyoichirô Miyoshi)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016


 


 

NOTRE CHANSON DES NUITS DE MAI
WARERA NO GOGATSU NO YORU NO UTA

Ce qui soutient la terre mille mains mille douleurs
Ce qui saisit la terre dix mille mains dix mille angoisses
Ce qui enferme la terre cent millions de mains cent millions de peur
Ce sur quoi flotte la terre c’est la lutte entre la pauvreté la stérilité la destruction

Nos oreilles dorment dans la boue
Nos yeux s’éveillent dans la nuit
Nos cheveux s’emmêlent dans le vent
Et le vent souffle sur les pierres où nous dormons
Eldorado des pierres
Oliviers des ruines
Ongles jaunes des fossoyeurs –
Et elle, dans le miroir,
Dans les feuilles mortes éternelles, amas au fond de l’eau, elle dort
Le désir est un poisson inquiet qui nage dans l’espace de rêves prisonniers

Les arbres poussent leurs sanglots
Elle m’appelle au loin
Je lui réponds de près
Et le vent hurle en emportant nos voix
Elle cache en son sein une petite salière
J’ai dans une grande coupe un alcool amer
Dans sa salière j’en verse une goutte

Cristal de l’extase bracelet de l’amour
Qui devient fleur mignonne et répand son riche parfum dans lanuit noire
Enlacés nous dormons dans le sexe gris et creux de la terre
Quand l’horizon de l’été brûle son rouge écarlate
C’est la saison de la faim de la soif de l’ennui de la pourriture
Où revenir?
Ici, c’est l’Orient des sacrifices, on y cherche l’ombre dans la mer du désert
Armures usées Et deux amants
Pour un ami perdu
Joyeux oiseaux de la montagne poursuivis au-dessus d’un gouffre sans pitié
Cous pâles avancés vers l’avenir et qu’ajouter?
Croix immortelle où sont tatouées les rayures d’un destin aveugle
Si quelque chose a pu être oublié
C’est la foi en la destruction
C’est la croyance en la résurrection

Nos gorges cherchent une source pure
Nos mains caressent le ciel nocturne et frais du mois de mai
Et nous dormons en serrant dans nos bras chacun de nos deux mondes
Nos deux avenirs pleins de promesses
Le vent balaie nos rêves
Balaie l’arc-en-ciel de souffrances suspendu dans le vide
Ailes lourdes des oiseaux du soir qui dominent la terre qui dominent le soleil qui dominent nos espoirs
La mort est plus grande que nos chimères
Le silence est plus profond que la mer…

(Toyoichirô Miyoshi)

 

 

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