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Poésie

Posts Tagged ‘fourrure’

Pierres et corps (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019


pierre

 

Des pierres de toujours
ou précieuses ou de foudre
des plus aiguës qui tombent
sur le champ du voisin
de celles du bord des mers
les corps vivants s’inquiètent
dans leurs fourrures
et peaux
portant leurs réserves de sang
leurs yeux fragiles
et leurs membres qui cherchent.

(Jean Follain)

Illustration

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Animal (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Pascal Renoux
    
Animal

Madame un jour je caressais quelque pelage
D’égaré ou de fantasque au soleil poudreux
C’était un chat soyeux, tigre ou chat des chartreux
Qu’importe si ce chat était tendre ou sauvage

Ou si le nombre des félins par moi flattés
Dépasse le millier par toutes les années
Où j’ai choyé leur patience illimitée
Dans tellement de fourrures et de fumets

Que je les confonds tous, parfum fort et souplesse
Dans le même creuset où leur ardeur se coule
Mais ce jour-là c’est la toison de toi,
Maîtresse

Qui s’est creusée à mes doigts souples sur la fente
Où l’animal cède à la rondeur de la pente
Sûre de sa ferveur et d’humidité soûle

(Jacques Chessex)

 

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C’est toi sur la photographie (Jacques Sojcher)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




    
C’est toi sur la photographie
avec ce petit manteau
de fourrure.
C’est toi dans la classe
d’école,
en culotte courte,
avec ton air d’enfant
sage.

(Jacques Sojcher)

 

Recueil: L’idée du manque
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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La vraie tendresse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



La vraie tendresse, on ne la confond
Avec rien, elle se tait.
En vain tu t’évertues
À m’emmitoufler de fourrures les épaules et la gorge.
Vaines, tes phrases soumises
Sur le premier amour.
Comme je les connais, ces regards
Pressants, inassouvis !

(Anna Akhmatova)

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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Le chat (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé pour l’avoir
Caressé une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire;
Peut-être est-il fée, est-il Dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

(Charles Baudelaire)

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Le parfum (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Le parfum

Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d’encens qui remplit une église,
Ou d’un sachet le musc invétéré ?

Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré !
Ainsi l’amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille la fleur exquise.

De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l’alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,

Et des habits, mousseline ou velours,
Tout imprégnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.

(Charles Baudelaire)

 

 

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LENTO (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018


 


 

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Lento

Je veux ensevelir au linceul de la rime
Ce souvenir, malaise immense qui m’opprime.

Quand j’aurai fait ces vers, quand tous les auront lus
Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus.

Car ce mal est trop grand pour que seul je le garde
Aussi, j’ouvre mon âme à la foule criarde.

Assiégez le réduit de mes rêves défunts,
Et dispersez ce qu’il y reste de parfums.

Piétinez le doux nid de soie et de fourrures;
Fondez l’or, arrachez les pierres des parures.

Faussez les instruments. Encrassez les lambris;
Et vendez à l’encan ce que vous aurez pris.

Pour que, si quelque soir l’obsession trop forte
M’y ramène, plus rien n’y parle de la morte.

Que pas un coin ne reste intime, indéfloré.
Peut-être, seulement alors je guérirai.

(Avec des rhythmes lents, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Un jour, j’ai mis mon coeur dans sa petite main
Et, tous en fleur, mes chers espoirs du lendemain.

L’amour paye si bien des trésors qu’on lui donne!
Et l’amoureuse était si frêle, si mignonne!

Si mignonne, qu’on l’eût prise pour une enfant
Trop tôt belle et que son innocence défend.

Mais, elle m’a livré sa poitrine de femme,
Dont les soulèvements semblaient trahir une âme.

Elle a baigné mes yeux des lueurs de ses yeux,
Et mes lèvres de ses baisers délicieux.

(Avec des rhythmes doux, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

Mais, il ne faut pas croire à l’âme des contours,
A la pensée enclose en deux yeux de velours.

Car un matin, j’ai vu que ma chère amoureuse
Cachait un grand désastre en sa poitrine creuse.

J’ai vu que sa jeunesse était un faux dehors,
Que l’âme était usée et les doux rêves morts.

J’ai senti la stupeur d’un possesseur avide
Qui trouve, en s’éveillant, sa maison nue et vide.

J’ai cherché mes trésors. Tous volés ou brisés!
Tous, jusqu’au souvenir de nos premiers baisers!

Au jardin de l’espoir, l’âpre dévastatrice
N’a rien laissé, voulant que rien n’y refleurisse.

J’ai ramassé mon coeur, mi-rongé dans un coin,
Et je m’en suis allé je ne sais où, bien loin.

(Avec des rhythmes sourds, j’endors ma rêverie
Comme une mère fait de son enfant qui crie.)

C’est fièrement, d’abord, que je m’en suis allé
Pensant qu’aux premiers froids, je serais consolé.

Simulant l’insouci, je marchais par les rues.
Toutes, nous les avions ensemble parcourues!

je n’ai pas même osé fuir le mal dans les bois.
Nous nous y sommes tant embrassés autrefois!

Fermer les yeux? Rêver? Je n’avais pas dans l’âme
Un coin qui n’eût gardé l’odeur de cette femme.

J’ai donc voulu, sentant s’effondrer ma raison,
La revoir, sans souci de sa défloraison.
Mais, je n’ai plus trouvé personne dans sa forme.
Alors le désespoir m’a pris, lourd, terne, énorme.

Et j’ai subi cela des mois, de bien longs mois,
Si fort, qu’en trop parler me fait trembler la voix.

Maintenant c’est fini. Souvenir qui m’opprimes,
Tu resteras, glacé, sous ton linceul de rimes.

(Charles Cros)

Illustration: Alex Alemany

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Nous marchons sur le pelage du monde (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



Nous marchons sur
le pelage du monde:
feuilles de cuir,
peaux mélangées,
fourrures des écorces…
Le bel animal foudroyé
d’une seule saison:
l’automne.

(Katell Antoine)

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Je rappelle (Halina Poswiatowska)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Akitaka Ito -medium

Je rappelle
si tu meurs
je ne mettrai pas une robe lilas
je n’achèterai pas de couronnes multicolores
avec le vent qui chuchote dans les rubans
rien de cela
rien
le corbillard arrivera – il arrivera
le corbillard repartira – il repartira
je me tiendrai à la fenêtre – je regarderai
je ferai signe de la main
j’agiterai un foulard
je ferai mes adieux
toute seule à cette fenêtre
et l’été
quand mai sera en folie
je m’étendrai sur l’herbe
sur l’herbe chaude
et de mes mains toucherai tes cheveux
et de mes lèvres toucherai la fourrure de l’abeille
mordante et belle
comme ton sourire
comme le crépuscule
et puis ce sera
argent – or
peut-être or et seulement rouge
car ce crépuscule
ce vent qui souffle instamment aux herbes
amour – amour
ne me laissera pas me lever
et m’en aller
comme d’ordinaire
à la maison maudite vide

(Halina Poswiatowska)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Akitaka Ito

 

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Pierres et corps (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018


Des pierres de toujours
ou précieuses ou de foudre
des plus aiguës qui tombent
sur le champ du voisin
de celles au bord des mers
les corps vivants s’inquiètent
dans leurs fourrures
et peaux
portant leurs réserves de sang
leurs yeux fragiles
et leurs membres qui cherchent.

(Jean Follain)

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