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Poésie

Posts Tagged ‘fraîcheur’

C’EST LA VIE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020




C’EST LA VIE

Dans la pièce au sol en terre
une mouche monte au long
d’une draperie usée.
En confiance chantent des femmes
elles conservent sur le tard
un rire de fraîcheur
leur corps entier qui fut beau
de sang s’irrigue et dure.
Cessant tout bruit, se regardant
c’est la vie
pensent-elles.

(Jean Follain)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Rivière de mes yeux (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2020



Rivière de mes yeux

Ô mes yeux ce matin grands comme des rivières
Ô l’onde de mes yeux prêts à tout refléter
Et cette fraîcheur sous mes paupières
Extraordinaire
Tout alentour des images que je vois

Comme un ruisseau rafraîchit l’île
Et comme l’onde fluente entoure
La baigneuse ensoleillée

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Howard Schatz

 

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UN HOMME ATTEND L’AUBE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



 

Illustration: Christophe Saccard
    
UN HOMME ATTEND L’AUBE

Le livret militaire, le diplôme de docteur
Et quelques lyriques tourmentes.
Sur la colline,
Tranquille,
Le moulin à vent.
Le miroir du lac
S’assombrit dans le soir.
Sur une maison abandonnée
La chouette chuinte.
Les étoiles sont loin.
De la fraîcheur.
Il fait bon maintenant
Etre avec les siens
Autour de la table
Sous la lampe à pétrole.
Un chien aboie
Sur l’étranger qui passe.
Seul.
Les chemins vont dans les ténèbres.
Silence.
Des diamants — les étoiles —
Ecorchent le verre bleu de la nuit.
Déserte, la plaine.
Un mur inachevé.

Ruines. Odeur de ciguë.
Ici, dans les fondations,
Le maître-maçon
N’a pas emmuré son amour.
Demain
Sur les pierres chaudes, au soleil,
Sortiront les lézards.
Demain !
Soleil !
Ici il y a du feu dans l’âtre.
Sous les cendres, la braise.
Des vieilles ramures
Jaillit la flamme.
Le passé est une souche
Sur laquelle est assis un homme,
Le visage éclairé
Par la flambée.
Le visage éclairé,
Un homme
Attend l’aube.

(Mihai Beniuc)

 

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Entre l’Etre et les Choses (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



Entre l’Etre et les Choses

Eau et amour, ohé l’amour, où est l’amour,
demandé-je au vent large, à la roche impérieuse,
et je me livre à tout, quand dans cette fraîcheur
de chose vive s’amatutine le jour.

Aux âmes, nullement, les âmes vont planant,
et, oubliant la leçon qui déjà s’esquive,
font de l’amour une humeur, et font caressant
et tendre ce qui a nature corrosive.

Dans l’eau et la pierre l’amour laisse gravés
ses hiéroglyphes et ses messages, ses
vérités les plus nues comme les plus cachées.

Même les éléments, pris par l’enchantement,
ne savent l’amour qui les point, et les poignant,
fait un brasier ardent dans le jour finissant.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Aux fleurs (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Aux fleurs

Fleurs des bois, fleurs des prés, fleurs aux formes parfaites,
Quelle peine sincère, en ce mois, vous nous faites !
Vos coupes de parfums, vos vases de couleurs,
Vos calices de miel, vos corolles de pleurs,
Vos feuillages luisants, vos tiges élancées
Harmonieusement par la brise bercées,
Rien de votre beauté frêle n’a parfumé
Ni réjoui ce triste et frileux mois de mai !
Sans doute, un peu de vous dans la grâce des femmes
A charmé nos regards et consolé nos âmes…
Vos grandes sœurs ont eu leur règne séduisant
Et c’est le tour des plus petites, à présent.
– Églantines, lilas, tulipes, violettes,
C’est le printemps ! Muguets, agitez vos clochettes !
Dans les cerisiers blancs, dans les pommiers fleuris,
Le merle vous appelle avec de petits cris ;
Et les amants qui font l’amour à lèvres closes,
Ne peuvent rien se dire en l’absence des roses…
La terre, sous son herbe avare, vous attend,
Marguerite au cœur d’or, svelte lys éclatant,
Narcisse rose et blanc, pensée au velours sombre,
Et rêve de sommeil à votre petite ombre.
Chantez-nous la chanson délicate du bleu,
Et la gamme du rose exquis au rouge feu ;
Détaillez-nous la forme ascétique ou charnue,
Épanouie en boule, étoilée ou menue,
Et la variété soyeuse du satin,
Sa nuance innombrable au soleil du matin,
Ses éblouissements de pierres précieuses,
Ses ors, ses argents mats, ses pourpres somptueuses !
Comme trempé de sang, qu’on aperçoive au loin
L’ardent coquelicot dressé dans le sainfoin,
Et que dans la forêt, dentelée et légère,
Verte au pied du tronc gris, foisonne la fougère !
Point d’abeilles sans vous et point de papillons
Qui voltigent, de miel en miel, dans les rayons.
Vous êtes la lumière éclairant toute chose,
Ou bleue ou blanche ou mauve ou violette ou rose,
Et qui s’est incarnée en votre fine chair
Et, sous le ciel de pluie ou le firmament clair,
De vos calices fait de petites veilleuses
Frissonnantes au vent, douces et merveilleuses !
Vous êtes les parfums enivrants des sentiers,
Qui s’exhalent sans s’épuiser, des jours entiers,
Et, moite, dans le bois profond au vaste dôme,
Fume et l’emplit, pareil à l’encens, votre arôme !
La jeune fille rit en s’embaumant à vous,
Et pour vous respirer baise vos cœurs si doux.
Quand elle vous caresse à sa lèvre, on peut dire
Que la lèvre a l’odeur et la fleur le sourire !
Vous embellissez tout ; l’eau devient diamant
Dès que sur vous la goutte étincelle un moment,
Et lorsqu’un papillon brun en vous s’aventure,
Vous composez un prodige de la nature !
– Fleurs des champs, fleurs des bois, riches fleurs des jardins,
Splendide floraison : velours, tulles, satins ;
Humbles fleurs qui croissez au bord des grandes routes,
Fleurs indigentes qui bientôt vous fanez toutes ;
Fleurs à qui chaque jour le jet de l’arrosoir
Prodigue la fraîcheur qu’entretiendra le soir ;
Et vous, chétives fleurs tristes et négligées,
Qui n’êtes pas souvent d’eau limpide aspergées,
Qui comptez sur le ciel seulement, et que juin
Négligemment arrose en passant – et de loin,
C’est la saison ! Ne nous laissez pas dans la peine :
Sans couleurs, sans parfums, qu’est l’existence humaine ?

(Albert Lozeau)

 

 

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CROISSANT DE LUNE (Kim So-Wôl)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020



Chun Woo
    

CROISSANT DE LUNE

Depuis quand es-tu suspendu là, croissant de lune,
flottant pâle dans la nuit ?
Le vent se lève, la nuit qui tombe apporte fraîcheur
et dans les feux du couchant scintille la berge blanche.

Sur la sombre plaine aride
monte la brume glacée.
Hélas, l’hiver est froid
et la tristesse m’accable.

Dans le cœur de celle que j’aime et qui s’en va
l’amour aussi disparaît et jeunesse devient sénilité.
Aux branches sombres du roncier sauvage
s’éclairent à la tombée du soir les feuilles de fleurs fanées.

***

A HALF MOON

Since when are you hanging there, half moon,
drifting palely in the sky?
The wind rises, the nightfall brings a chill,
and the edge of the white-water glitters in the glow of the evening.

Above the dark, grassless plain,
the cold fog rises.
The winter is far advanced,
and sorrow weighs me down.

Also in the heart of the beloved who leaves,
love and youth turned to age disappears.
At the dark branches of the wild bramble,
withered petals glimmer in the faint evening light.

***

HALVE MAAN

Sinds wanneer hang je daar, halve maan,
bleek drijvend door de nacht?
De wind steekt op, de nachtval brengt kilte
en in het avondrood glinstert de witte waterrand

Boven de donkere, grasloze vlakte
stijgt de kille nevel op.
Ach, de winter is koud
en droefheid drukt mij neer.

Ook in het hart van de beminde die weggaat
verdwijnt de liefde en jeugd verandert in ouderdom.
Op de donkere takken van de wilde doornstruik lichten
bij avondval de bladeren van verwelkte bloemen op.

***

EIN HALBER MOND

Seit wann hängst du dort, Halbmond,
blass treibend durch die Nacht?
Der Wind nimmt zu, die Nacht ist frostig
und im Abendrot glitzert der weiße Wasserrand.

Über der dunklen, graslosen Ebene
steigt der kalte Nebel auf.
Ach, der Winter ist kalt
und die Traurigkeit drückt mich nieder.

Auch im Herzen der Geliebten, die geht,
verschwindet die Liebe, und die Jugend wird zum Alter.
Auf den dunklen Zweigen des wilden Dornbusches leuchten
in der Abenddämmerung die Blätter der verwelkten Blüten.

***

ΜΙΣΟΦΕΓΓΑΡΟ

Πόσο καιρό κρέμεσαι εκεί στον ουρανό
μισοφέγγαρο νωχελικά αργοπερνώντας;
Σηκώνεται ο αγέρας κι η ψύχρα της νύχτας σε παγώνει
άκρες νερού που λάμπουν μεσα στην εσπέρα

πάνω απ’ τον ολόξερο κάμπο
η ομίχλη αιωρείται
μες την καρδιά του χειμώνα
η λύπη με παιδεύει

και στην καρδιά που φεύγει της αγαπημένης
νειότης αγάπη που περνά και χάνεται
στα σκοτεινά κλαδιά αγριολυγιάς
και λάμπουν φύλλα πέταλα μέσα στο φως εσπέρας

***

***

LUNĂ PE JUMĂTATE

De când tot stai pe cer, lună pe jumătate,
palidă arătare, plutind peste genuni?
Se întețește vântul, noaptea în ger se-mbracă
și-n tivuri albe apa clipește în amurg.

Peste întunecata câmpie pustiită
se-nalță ceața rece.
Of, iarnă înghețată,
tristețea ta m-apasă.

În inima iubitei ce pleacă e la fel,
pălesc iubiri, junețea prinde-a se ofili
din crengile ciulinului sălbatic
cad la apus petale ruginii.

***

MEZZALUNA

Da quanto sei sospesa lassù, mezzaluna,
attraversando pallida il cielo?
Si alza il vento, la notta che arriva porta freddo,
e la linea dell’acqua chiara brilla nel chiaro della sera.

Sopra l’oscurità, una pianura senza verde,
si alza una nebbia gelida.
L’inverno è ormai inoltrato,
e il dolore grava sopra di me.

Anche nel cuore di chi parte e che tu ami
scompaiono l’amore e l’età che invecchia.
Sui rami scuri di un rovo selvatico,
i petali appassiti luccicano nella luce della sera che svanisce.

***

UNA MEDIA LUNA

¿Desde cuándo estás colgada ahí, media luna,
pálida flotando a la deriva en el cielo?
El viento se levanta, con el atardecer llega el frío
y el resplandor de la noche brilla en el borde del agua.

Sobre la oscura llanura sin hierba
se eleva la fría neblina.
Ay, el invierno avanza
y me pesa la tristeza.

También en el corazón del amante que se va
desaparece el amor y la juventud troca en vejez.
Sobre las ramas oscuras del arbusto silvestre
brillan las hojas de las flores marchitas al anochecer.

***

PÓŁKSIĘŻYC

Odkąd jesteś tam zawieszony, półksiężycu,
dryfujący blado po niebie?
Wzmaga się wiatr, zmrok niesie chłód,
a skraj białej wody błyszczy w poświacie wieczoru.

Ponad ciemną doliną bez traw
unosi się zimna mgła.
Zima w pełni,
a smutek przytłacza mnie.

Także w sercu ukochanej osoby, która odchodzi,
miłość i młodość znikają wraz ze starością.
Na ciemnych gałązkach dzikich jeżyn
zwiędłe płatki jaśnieją słabym świetłem wieczoru.

***

半 月
你从何时挂在那儿,半月,
在天空中苍白地飘荡?
风起,黄昏带来寒意
白水边在夜光中闪闪发光。
在黑暗无草的平原上,
冷雾升起。
冬天已经很深,
悲伤快要压垮了我。
还在离去爱人的心中,
爱情和青春变老而消失。
在野荆棘黑暗的枝头
枯花瓣闪亮在微弱夜光中。

***

***

***

(Kim So-Wôl)

 

Recueil: ITHACA 621
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Hébreu Dorit Wiseman / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Chinois William Zhou / Indi Jyotirmaya Thakur /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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LA LANTERNE SUR LE PUITS (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



LA LANTERNE SUR LE PUITS

Cette source sur laquelle tu te penches
et qui est toi la source
de ta voix même en silence

cherche de tous côtés
tu ne trouveras pas
qui l’a créée.

Elle t’échappe quand tu deviens
son ruissellement
quand par des milliers de mains
et de regards tu la répands
tu la dispenses sans la voir.

Et sur la fraîcheur noire
ne flotte plus qu’un souvenir une buée.

(Jean Mambrino)

Illustration

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Osiris ou la fuite en Égypte (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2020




    
Osiris ou la fuite en Égypte

C’est la guerre c’est l’été
Déjà l’été encore la guerre
Et la ville isolée désolée
Sourit sourit encore
Sourit sourit quand même
De son doux regard d’été
Sourit doucement à ceux qui s’aiment
C’est la guerre c’est l’été
Un homme avec une femme
Marchent dans un musée désert
Ce musée c’est le Louvre
Cette ville c’est Paris
Et la fraîcheur du monde
Est là tout endormie
Un gardien se réveille en entendant les pas
Appuie sur un bouton et retombe dans son rêve
Cependant qu’apparaît dans sa niche de pierre
La merveille de l’Égypte debout dans sa lumière
La statue d’Osiris vivante dans le bois mort
Vivante à faire mourir une nouvelle fois de plus
Toutes les idoles mortes des églises de Paris
Et les amants s’embrassent
Osiris les marie
Et puis rentre dans l’ombre
De sa vivante nuit.

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Embrasse-moi
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’AIME CARESSER LES FEUILLES (Claribel Alegría)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Illustration: Martin Missfeldt

    
J’AIME CARESSER LES FEUILLES

Plus encore que les livres
Revues
Et journaux
Plus encore que les lèvres mobiles
Qui des livres
Des revues
Redisent les désastres
J’aime caresser les feuilles
J’aime à m’en recouvrir le visage
Pour sentir leur fraîcheur
Et voir le monde
A travers leur lumière tamisée
A travers leur couleur verte
Pour écouter mon silence
Qui mûrit
Vibre sur mes lèvres
Et se dissout sur ma langue
Ecouter la terre
Qui respire
Et la terre est mon corps
Et je suis le corps
De la terre
Claribel.

***

ME GUSTA PALPAR HOJAS

Más que libros
Revistas
Y periódicos
Más que móviles labios
Que repiten los libros,
Las revistas,
Los desastres,
Me gusta palpar hojas
Cubrirme el rostro de hojas
Y sentir su frescura
Ver el mundo
A través de su tamizada
A través de sus verdes
Y escuchar mi silencio
Que madura
Y titila en mis labios
Y se rompe en mi lengua
Y escuchar a la tierra
Que respira
Y la tierra es mi cuerpo
Y yo soy el cuerpo
De la tierra
Claribel

***

***

GOSTO DE APALPAR FOLHAS

Mais do que livros
Revistas
E jornais
Mais que móveis lábios
Que repetem os livros,
As revistas,
Os desastres,
Gosto de apalpar folhas
Cobrir o meu rosto de folhas
e sentir o seu frescor
ver o mundo
através de sua peneira
através de seus verdes
e escutar o meu silêncio
que amadurece
e estremece em meus lábios
e se corta na minha língua
e escutar a terra
que respira
e a terra é o meu corpo
e eu sou o corpo
da terra
Claribel

***

***

I LOVE TO TOUCH LEAVES

More than books
Magazines
And newspapers,
More than moving lips
Repeating the books
The magazines
The disasters,
I love to touch leaves
To cover my face with leaves
And feel their freshness
See the world
Through their screened light
Through their green,
And to listen to my silence
That matures
And vibrates on my lips
And breaks down on my tongue,
And to listen to the earth
Which breathes.
And the earth is my body
And I am the body
Of the earth.
Claribel

***

ICH LIEBE ES BLÄTTER ZU ERFÜHLEN

Mehr als Bücher
Zeitschriften
Und Zeitungen
Mehr als bewegliche Lippen
Die die Bücher,
Die Magazine,
Die Schrecknisse wiederholen,
Liebe ich es, Blätter zu erfühlen
Mein Gesicht mit Blättern zu bedecken
Und ihre Frische zu spüren
Die Welt zu sehen
Durch ihre Spreite
Durch ihr Grün
Und meine Stille anzuhören
Die reift
Und auf meinen Lippen zittert
Und auf meiner Zunge zerbricht
Und der Erde zuzuhören
Die atmet
Und die Erde ist mein Körper.
Und ich bin der Körper
Der Erde
Claribel

***

IK RAAK GRAAG BLOEMEN AAN

Méér nog dan boeken
Tijdschriften
En kranten
Méér nog dan beweeglijke lippen
Die de boeken,
Die de tijdschriften,
De rampen nazeggen,
Raak ik graag bladeren aan
Bedek ik er graag mijn gelaat mee
Om hun frisheid te voelen
En de wereld te zien
Door hun gezeefd licht
Door hun groen
En naar mijn stilte te luisteren
Die rijper wordt
En op mijn lippen trilt
En uiteenvalt op mijn tong
En naar de aarde te luisteren
Die ademt
En de aarde is mijn lichaam
En ik ben het lichaam
Van de aarde
Claribel

***

ÎMI PLACE SĂ DEZMIERD FRUNZELE

Mai mult decât cărți
Sau reviste
Și ziare
Mai mult decât buzele în mișcare
Repetând cărțile,
Revistele,
Dezastrele,
Îmi place să dezmierd frunzele
Sub ele să-mi îngrop fața
Să simt răcoarea lor pe-obraz
Lumea s-o văd
Prin sita lor cernută
Trecută prin verzi vămi
Și să-mi ascult tăcerea
Cum se coace
Licăr mijit pe buze
Spărgându-se de limbă
Pământul să-l ascult
Și să-i ghicesc suflarea
Țărâna-mi va fi trup
Voi fi al gliei corp
Și-al țarnei
Claribel

***

***

ΤΑ ΦΥΛΛΑ ΑΓΓΙΖΩ

Περισσότερο απ’ τα βιβλία
εφημερίδες, περιοδικά
χείλη που αφηγούνται
κι επαναμβάνουν για περιοδικά
και για καταστροφές
μ’ αρέσει τα φύλλα ν’ ακουμπώ
και τη φρεσκάδα τους να νιώθω
τον κόσμο να κοιτώ
μέσα απ’ το πράσινο τους χρώμα
ν’ ακούω τη σιωπή μου
που ωριμάζει και στα χείλη και δονείται
και σπάζει στη γλώσσα μου επάνω
κι ακούει την αναπνοή της γης
που το κορμί μου είναι
και το κορμι μου είναι η γη
Κλαριμπέλ.

***

***

我喜触摸树叶
仅仅是书
杂志
还有报纸

不止是
动嘴唇
重复书本
杂志
不幸,
我喜
触摸树叶
树叶遮住我的脸
感受它们的新鲜
们的遮光
们的绿色
看世界,
听我成熟的
沉默
在我的唇上
颤动
在我的舌头上破碎,
进而倾听大地
的呼吸。
地球是我的身体
我就是地球
的身体。

(Claribel Alegría)

 

Recueil: ITHACA 613
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Persan / Portugais José Eduardo Degrazia / Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Stanley Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Népalais / Grec Manolis Aligizakis / Arabe / Chinois / Chinois William Zhou /
Editions: POINT

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Dans le feu les ombres fuient (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020



Dans le feu les ombres fuient
Cherche le chemin de l’azur
Cherche la fraîcheur de la feuille
Guette le bronze de l’issue

(Robert Guiette)

 

 

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