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N’est-il une chose au monde, Chère, à la face du ciel (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

Nicholas Roerich . Song of Shambhala

« N’est-il une chose au monde,
Chère, à la face du ciel
– un rire, un rêve, une ronde,
Un rayon d’aurore ou de miel

N’est-il une chose sacrée
– un livre, une larme, une lèvre,
Une grève, une gorge nacrée,
Un cri de fierté ou de fièvre

N’est-il une chose haute,
Subtile et pudique et suprême
– Une gloire, qu’importe! une faute,
Auréole ou diadème

Qui soit comme une âme en notre âme,
Comme un geste guetté que l’on suive,
Et qui réclame, et qui proclame,
Et qui vaille qu’on vive?… »

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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On part à sa guise et l’on chante (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Rockwell Ken 1_500

On part à sa guise et l’on chante
– Quel écho dira le refrain?
Ce sont nos vieux airs qui me hantent,
Et comme une angoisse m’étreint

On part à son heure et sans hâte
– Et le pas s’est précipité
On a choisi la route plate
– Nous allons gravir le sentier;

On part pour se prouver libre,
A son heure, sur la route qui plut
– Déjà on est las de la suivre:
N’est plus libre quiconque a voulu.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Rockwell Ken

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La vague roule et s’effondre (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

La vague roule et s’effondre,
Se reploie et remonte et s’éploie:
– Son culte étreint le monde
D’un océan de joies.

La vague se dresse et s’écroule,
S’assemble et brandit sa clarté:
– Elle donne une âme à la foule
Et la pare de sa beauté.

La vague surgit et nous porte,
Nous qui chantions sous nos treilles,
Assis devant notre porte
A compter nos jours pareils;

Nous qui chantions en poètes,
L’un pour l’autre, nos mêmes soucis,
Savons-nous si nos âmes sont prêtes
Pour les lendemains que voici?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: William Bouguereau

 

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On part… (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Michael Page 1979 - American Pop Surrealism painter -   (31) [1280x768]

On part… et l’automne morose
Que l’on croise au tournant du chemin
Flétrit d’un souffle les roses
Qu’on emportait dans la main ;

On part, et la pluie, éployée
Comme une aile, vous frôle la joue :
La pluie banale a noyé
Tes larmes et les mêle à la boue.

On part vers l’aventure neuve ;
Hier est là en sa jeune beauté
Qui sourit sous son voile de veuve ;
On part — et l’on pourrait rester…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Michael Page

 

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LE BLEU VENT D’OUTRE-MONTS (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



LE BLEU VENT D’OUTRE-MONTS

Le bleu vent d’outre-monts fait palpiter les frênes;
Il chante au loin du bois un carillon d’été;
Aux prés l’hermine et l’or des marguerites reines,
Et par l’azur sans fin, comme au chant des sirènes
Des récifs répété,
De grands nuages lents vont s’enflant en carènes…

Il sourd du pâturage un murmure sans trêve:
Juin chante au bois nouveau qui redit sa gaîté;
Des barques de foin gris attendent vers la grève,
La mort des fleurs qu’on fauche enivre l’air de sève
Et ma lèvre eût quêté
De la tienne le miel aprilin de ton rêve…

L’heure passe légère et court au crépuscule;
Le soleil près de choir s’est, d’orgueil, arrêté,
Là-bas, royal encore; et la fumée ondule
Du bûcher d’Occident jusqu’au zénith qui brûle…
Mon regard a guetté
Ton âme dans tes yeux où l’avenir recule…

L’heure était telle, et tout est même et se ressemble:
Le fleuve roule encore en lueurs de Léthé,
L’horizon, aussi, tel encore — que t’en semble? —
Est-il un rêve encore où nous rêvions ensemble?
N’as-tu rien regretté?
La nuit, ivre d’encens, est amoureuse et tremble…

Mais! sommes-nous ceux-là que nous avons été?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Cyn McCurry

 

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PAR LA ROSERAIE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



PAR LA ROSERAIE

Par la roseraie éclose,
Par la saulaie apâlie,
Au bord des viviers, sous l’aurore rose,
Au long des étangs où le roseau plie,
Au son d’une chanson trillée,
Jusqu’à la plaine ensoleillée!

Au cours de la rivière lente
Des herbes traînent vertes ou rousses,
Oscillantes sans secousses,
Au cours de la rivière lente
Des herbes traînent au long des mousses.

Nul bruit qu’un roulement lointain de chariot,
Nulle crainte que d’un rêve interrompu;
Et nul regret de ce que l’on n’a pu
— Un roulement lointain de chariot —
L’azur jusque là-bas où sont les peupliers
Rigides et légers au long du vieux canal
— Ah! que ce paysage a d’êtres familiers;
Que tout y est doux et banal.

L’herbe est plus haute, ainsi, pour ma tête penchée,
Que les collines bleuissantes de là-bas;
Et tout, par la vie, est de même, est-ce pas,
Folle âme à ton ombre attachée,
O toi qui te suis pas à pas,
Sur toi-même penchée,
La vie est telle, n’est-ce pas?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration

 

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Dormir et rire d’aise (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

Rockwell Kent 14

Dormir et rire d’aise, un sommeil : je divague ;
Dormons : le mal d’aimer, ô cœur, t’a ravagé ;
Et je me sens, ce soir, si follement âgé
Que je me crois le survivant d’un monde vague.

La nuit est formidable et triste à tout jamais,
Un souvenir qui hante emplit l’ombre déserte ;
Mon regret est futile et mon désir inerte
N’appelle plus l’espoir des rêves abîmés ;

Dormons: il n’est plus rien sous le crêpe d’azur
Où s’est drapée à tout jamais la vieille joie ;
Tes ailes, que le saint désir ouvre et déploie,

Retombent, ton espoir d’aimer est presque impur…
Je divague au retour des vaines lassitudes,
N’avions-nous pas rêvé d’autres béatitudes ?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Rockwell Kent

 

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RONDE D’AVRIL (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



RONDE D’AVRIL

Les oiseaux et le clair soleil;
Les fleurs aux charrettes, en jonchées;
La feuille pointe au bourgeon vermeil;
Toutes les âmes endimanchées;
La brise souffle du vieux Corcyre
Et d’Amathonte en bruits de rames,
Et le monde est jeune encore à ravir
De chansons claires et de clairs rires
Et de blondes femmes:

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtez pas, Mesdames,
Ça fait souffrir…

Les roses, les joues; les rayons et les tresses;
Ta marotte, Amour, est un pavot qu’égraine
Aux champs de la joie tout geste d’ivresse:
Et c’est le sommeil et l’oubli que tu sèmes;
N’as-tu pas pour ta lèvre de chanson pire?
N’as-tu pas de meilleure chanson à nous dire,
Grave Amour, au futile épithalame?
Quel petit chant pour ta grande lyre,
Le vieil intermède et le pauvre drame!

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtes pas, Mesdames,
Ça fait dormir….

Il tournoie un air de danse aux feuillées,
Un bruit de baisers en des ritournelles;
L’Idée, recluse des longues veillées,
S’étire aux rayons qui convergent en elle;
Sous les charmes en hâte de reverdir,
L’Endormeuse de tous sourires
S’est assise aux carrefours des âmes;
Et l’Amour, devant elle, s’agenouille et se mire
En ses grands yeux fous où le désir est flamme!

Voici la marchande de plaisirs,
Mesdames!
Ah! goûtez-y, Mesdames,
Ça fait mourir…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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Dormir et rire d’aise (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

Kathryn Jacobi   (10)

Dormir et rire d’aise, un sommeil : je divague ;
Dormons : le mal d’aimer, ô cœur, t’a ravagé ;
Et je me sens, ce soir, si follement âgé
Que je me crois le survivant d’un monde vague.

La nuit est formidable et triste à tout jamais,
Un souvenir qui hante emplit l’ombre déserte ;
Mon regret est futile et mon désir inerte
N’appelle plus l’espoir des rêves abîmés ;

Dormons: il n’est plus rien sous le crêpe d’azur
Où s’est drapée à tout jamais la vieille joie ;
Tes ailes, que le saint désir ouvre et déploie,

Retombent, ton espoir d’aimer est presque impur…
Je divague au retour des vaines lassitudes,
N’avions-nous pas rêvé d’autres béatitudes ?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

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JE suis venu vers toi (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



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JE suis venu vers toi, Mer, comme vont tes fleuves
Impétueux et forts, rongeant le frein des rives,
Tes fleuves triomphants dans leurs courses déclives,
Les fleuves souriants et doux où tu t’abreuves;

Je suis venu noyer mon coeur en tes flots gris,
Mon coeur et ma pensée altière d’insurgé;
Moi dont le rêve aventureux a voyagé
Confiant vers la gloire acerbe du mépris;

Ó Mer, je suis venu vers toi, l’Insatiable,
Vers le gouffre oublieux et vers l’immense tombe,
Engloutir mon orgueil en l’abîme où retombe
La buée éphémère au mirage implacable;

Mer, prends mon coeur, avec ses rêves chers et vains,
Et mon amour futile et son ambition,
Mer, dans l’oubli passif de toute vision,
Je veux errer parmi le deuil de tes grands pins;

Car, par la plaine ensoleillée et dans l’ivresse,
J’ai marché, radieux de gloire anticipée;
Mer d’oubli, sois le but de ma folle équipée :
Voici que sombre au large un soleil en détresse…

(Francis Vielé-Griffin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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