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Posts Tagged ‘(François de Cornière)’

Le moment bleu (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



 

Illustration: Stéfane Gautier
    
Le moment bleu

Quand un martin-pêcheur
à ras de l’eau était passé
on s’appelait on se criait :
« Tu l’as vu ?
Il vient juste de passer. »

Mais très souvent l’un d’entre nous
n’avait rien vu
et c’était l’un – ou alors l’autre –
qui gardait seul
le moment bleu.

Ce moment bleu du grand courant
(on remontait jusqu’à la nuit
on se perdait on s’attendait)
tu l’as sur toi.

Dans tes papiers
contre ta carte d’identité
la petite plume
tu l’as glissée.

Elle est pour toi
comme mon poème :
éclair reflet présence absence
doigt sur la bouche.

Nos moments bleus
ils ont filé.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Attraper ce qui fuit (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Illustration
    
Attraper ce qui fuit

Ombre et soleil
soleil et ombre
ombre et soleil
un vrai défilé de nuages blancs
depuis ce matin.

J’ai noté ça pour un poème
et le grand chêne d’à côté
les lignes droites des avions
les hirondelles en vol plané.

Et j’ai pensé que j’étais là
allongé sur l’herbe très verte
après le déjeuner
toujours vivant
toujours vivant.

J’ai eu envie de je ne sais quoi
sauf fermer les yeux
me rappeler cette phrase
autrefois de passage entre nous :
«Attraper ce qui fuit ».

Je me souviens nous regardions
le va-et-vient des mésanges bleues
qui chaque année
comme aujourd’hui
dans leur petit nichoir
– toujours intact si tu savais -—
recommencent tout
recommencent tout.

(François de Cornière)

 

Recueil: Anthologie Pour avoir vu un soir la beauté passer
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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On s’y noierait (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



quand on voit les algues
faire des rides sur la mer
et des remous
si près du bord de soi
qu’on s’y noierait
à grands coups de silences.

(François de Cornière)


Illustration

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A l’instant de tes bras (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018


main

et dire comment
attendre
la fermeture du cercle
à l’instant de tes bras

(François de Cornière)

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Déjà (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018


maison_d_enfance

 

des bruits qu’on redécouvre
le soir de l’arrivée
une grille qui grince
le chien d’une ferme qui aboie
cette odeur de passé
– de vacances à la mer –
qu’on reçoit de plein fouet
la porte à peine poussée
(un journal étalé sur la table de la cuisine
du lait en train de bouillir
un tricot en arrêt)
et l’enfance à sa place
en haut de l’escalier
si on lève la tête

(François de Cornière)

Illustration

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Quand une ampoule grille (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Quand une ampoule grille
il se passe un moment de gravité.

L’objet est encore chaud.
On le secoue près de l’oreille
et on entend le bruit
du petit fil qu’on voit.
Qui a lâché.

Alors on cherche dans un tiroir
et on monte sur une chaise
jusqu’à la lampe
au-dessus de la table.

Dans le silence des yeux levés
c’est la lumière qu’on cherche maintenant
« à rétablir ».

Mais autre chose nous a claqué
entre les doigts pendant ce temps.
Il reste à savoir quoi.

(François de Cornière)

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LE VERSANT D’EN FACE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration
    
LE VERSANT D’EN FACE

Arrivés tard dans la nuit
et le matin encore couchés
tous les bruits du dehors
(la montagne les arbres les oiseaux
peut-être même le ciel)
nous les écoutions sans bouger.

Nous n’avions rien encore revu
dans les phares du chemin
mais maintenant tout se mettait en place
derrière les volets par-dessus les tuiles
à partir du vieux lit :

un geai était parti sur le versant d’en face
la vigne caressait le mur
le silence passait entre deux vagues de vent
et cette tourterelle — nous ne la connaissions pas —
où pouvait-elle être ?

Nous restions allongés dans la chambre du fond
avec seulement la minuscule fente de lumière
qui tenait tout l’ensemble
en tremblant légèrement derrière le rideau.

Mais qui de nous irait ouvrir ?
Et pourquoi tant attendre ?

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LE CLOU QUE J’ENFONCE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Jane Palmer 
    
LE CLOU QUE J’ENFONCE

Ce ne sont pas de grands poèmes
mes petits vers.
Tout au plus des impressions
que j’ai du fond de moi
laissées venir sur du papier
— et quand je le pouvais.

Aujourd’hui
je scie des planches
(vous êtes dans la petite chambre)
je rafistole des chaises
(et je vous entends rire)
je débroussaille je fais des tas
(le mistral fait tout voler).

Je note cela sur un coin de la table
et quand le marteau tape
toute la montagne résonne
sur le clou que j’enfonce
au coeur de cette matinée bleue.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LES PETITS RIENS (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
LES PETITS RIENS

Et si c’était cela
en écoutant Mozart
ce qui filait derrière la fenêtre
devant la mer
entre le soleil et les nuages
et les vagues et les voiles
« les petits riens » ?

Au fond d’une poche
au creux d’un rocher
au bord du ciel
dans l’air de ce jour-là
tout au bout de juillet
et si c’était cela
« les petits riens » ?

Rangés dans un placard
galets morceaux de bois
ossements coquillages
plumes de mouettes
pinces de crabes

Et si c’était cela
en écoutant Mozart
derrière la fenêtre
à partir de ma vie
que je voyais passer

— senza indicazione di tempo —

« les petits riens » ?

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

  

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SUR LE RIDEAU DE DOUCHE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
SUR LE RIDEAU DE DOUCHE

Je pense souvent à vous
sur le rideau de douche
qui représente le monde
les mers les continents.

Les gouttes y font des routes
s’arrêtent sur des villes
des pays où vous êtes
pendant que je suis moi
un peu ailleurs qu’ici.

Je pense alors au temps
aux mers aux continents
qui viennent sous les gouttes d’eau
dessiner un visage
dont j’efface le regard
en ouvrant le rideau.

Ce rideau de la douche
qui écrit doucement
le poème d’un monde
où les distances du monde
se lisent sur des gouttes
dont je garde le goût.

— Mais vous
le savez-vous ?

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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