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Posts Tagged ‘(François Mauriac)’

ATYS A CYBÈLE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Helena Paroucheva Cybele 0

ATYS A CYBÈLE

La chair encore endormie,
Je pars au petit jour sombre,
Sans pouvoir sortir de l’ombre
Que ton corps fait sur ma vie.

Je m’étends, quand midi luit,
Au feu de ta chair perdue.
Il n’est pas jusqu’à la nuit
Que ton corps n’ait épandue.

Sous l’herbe, l’argile est dure.
Ta rosée ou ma sueur
Donnent au soir son odeur
De terre et de chair obscure.

(François Mauriac)

Illustration: Helena Paroucheva

 

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L’OMBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



L’OMBRE

Aux jours où la chaleur arrêtait toute vie,
Quand le soleil, sur les labours exténués,
Pressait contre son coeur le vignoble muet,
A l’heure où des faucheurs l’armée anéantie
Écrasait l’herbe sous des corps crucifiés, —
Seul debout, en ces jours de feu et de poussière,
En face du sommeil accablé de la terre,
Assourdi par le cri des cigales sans nombre,
Je cherchais votre coeur, comme je cherchais l’ombre.

(François Mauriac)

Illustration: Catherine Thiam-Vernanchet

 

 

 

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LE CORPS FAIT ARBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



LE CORPS FAIT ARBRE

Le parfum de ta robe attire les abeilles,
Plus que les fruits mangés que ta sandale broie.
Accueillons cet élan de végétale joie,
Ce silence de la campagne où Pan sommeille.

Rêve que désormais immobile, sans âge,
Les pieds enracinés et les mains étendues,
Tu laisses s’agiter aux orageuses nues
Une chevelure odorante de feuillage.

Les guêpes voleront sur toi sans que s’émeuve
L’écorce de ta chair où la cigale chante,
Et ton sang éternel sera, comme les fleuves,
La circulation de la terre vivante.

(François Mauriac)

Illustration: Raipun

 

 

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CHANSON (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



CHANSON

Tes pas se perdent. Le silence
Est doux après ton aigre voix.
O volupté de ton absence!

J’aime bien mieux que tes tristesses
Le souvenir que tu me laisses
Quand je ne suis plus près de toi.

C’est un peu de vent sous la porte…
Sur la route, un pas attardé…
Ah! comme je t’aimerais morte!

Tu fais fuir avec ton sourire
Ce que mon rêve t’a prêté,

Avec ton sourire fardé
Et les mots qu’il ne faut pas dire!

(François Mauriac)

Illustration: Elizaveta Porodina

 

 

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PETIT CHIEN SOMBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



Salvador Dali  [800x600]

PETIT CHIEN SOMBRE

Tu sais mes secrètes décombres,
Cette eau vaseuse et ces remous,
Mais tu t’endors sur mes genoux
Comme un petit chien sombre.

Ciel un peu trouble entre les feuilles,
Sous tes boucles ton front est blanc.
Mon oreille avide recueille
Le bruit que fait ton sang.

J’écoute ce battement grave
Du petit chien sombre endormi,
L’invisible courant du gave
Qui dans ton corps frémit.

Mais notre pensive alliance
N’est faite de sang ni de chair.
Tu ne crains pas les brefs éclairs
Brûlant dans mon silence.

Tu n’entends rien en moi qui gronde,
Ce vieux coeur hurlant à la mort.
Je suis ta douceur en ce monde,
Le havre où tu t’endors.

Du fond des songes où tu fus,
Se lèvent tes prunelles pures
Sur ma misérable figure
Où le masque n’est plus.

(François Mauriac)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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ASSASSIN (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



ASSASSIN

0 mon enfant, morte inconnue,
Quand s’apaisait notre folie,
Ta chair était glacée et nue
Comme pour être ensevelie.

Sainte taillée en pierre dure,
Que j’eusse aimé, mon innocente,
Croiser tes mains obéissantes,
Jeter le drap sur ta figure!…

(François Mauriac)

 Illustration: Pascal Renoux

 

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FAUNE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



FAUNE

Plus sournois qu’un regard, mon silence t’outrage.
L’odeur te fait mourir de mon désir tapi.
Ton corps est violé dans mon coeur, sans répit.
Prométhée envieux du feu de ton visage,
Je le vole à toute heure et rien ne me trahit.

(François Mauriac)

Illustration: Edmond Grandjean

 

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PÉCHÉ MORTEL (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



PÉCHÉ MORTEL

Cette après-midi lourde épouse mon attente,
Sa rumeur est le bruit d’un amour contenu,
Mais la marche du temps, désespérément lente,
Se précipitera lorsque nous serons nus.

Un siècle, j’attendrais la seconde où nos corps
Insulteront le ciel de leurs soifs confondues.
Si j’épuise une vie à guetter ta venue,
L’espace d’un baiser me donnera la mort.

(François Mauriac)

 

 

 

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MON AMI, TON COEUR… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



anneau rouillé

Mon ami, ton coeur est le vieux port déserté
Dont les vaisseaux ne viennent plus troubler le songe.
Les lourds anneaux de fer que l’humidité ronge
N’ont plus à retenir tous ceux qui l’ont quitté.
Ils sont partis, tous les vaisseaux… toutes les joies.
Et depuis, le soleil en vain brûle les quais,
En vain, le ciel des nuits, plein de rêves, s’éploie,
Tu songes à ceux-là qui se ,sont embarqués
Te laissant seul au bord de l’eau que le vent ride…

Pensent-ils quelquefois au port silencieux,
Que, délaissé par eux, il est demeuré vide,
Et que tu vis encor de leur dernier adieu… ?

(François Mauriac)

 

 

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SOIR COMPLICE… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



Soir complice, soir triste où rôde le péché
— Ta fumée immobile au ras des toits penchés
Est là, comme un désir fiévreux que rien n’apaise.
Je suis l’enfant que trouble une pensée mauvaise
Dans l’éparse douceur d’énervants crépuscules
— Celui que j’ai connu, déchiré de scrupules,
Et qui fermait les yeux et secouait la tête…
Mais il sent mieux hélas! Que ta douceur persiste,
O chaud baiser du soir sur mon âme inquiète!
Et rêvant d’un amour qui le laisserait triste,
Et goûtant la langueur morte du paysage
— Il attend de brûlantes mains sur son visage…

(François Mauriac)

 

 

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