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Poésie

Posts Tagged ‘frange’

Personne à qui le dire (Joseph Brodsky)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

Personne à qui le dire

Dans un millier d’années,
on extraira de sous les rideaux un mollusque
laissant filtrer par la frange
l’empreinte d’une « bonne nuit » sur des lèvres
qui n’avaient personne à qui le dire.

(Joseph Brodsky)

 

 

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MIROIR (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

https://arbrealettres.files.wordpress.com/2010/06/blake_ancient_of_days.jpg

MIROIR

Mis à nu
par ton oeil féroce, obsidien,
par la colère
blême et aboyant
contre le miroir — chien qui te fixait
d’un regard aveuglant:

le dieu de Spinoza,
échappé des franges du discours, géométrique,
circulant dans la courbe
de l’exil,
hasarde un autre monde.

(Paul Auster)

Illustration: William Blake

 

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Marée basse à Landrellec (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



    


    
marée basse à Landrellec

1.
mer pleine encore

mouettes immaculées
sur les hauts promontoires

calme océanique.

2.
Lente, très lente
la mer quitte les rochers

laissant une frange
d’algues archaïques

qu’un corbeau avide
fourrage avec fièvre.

3.
Les sables à présent dénudés
tantôt lisses, tantôt cannelés

la mer un scintillement bleu au loin
long après-midi de silence

brisé seulement par le cri des goélands

4.
Plus bas entre les rochers
étrange vie marine

baroque beauté

cette éruption de rugueuses balanes

berniques
fermées comme des Chinois

Là-bas
bleue et noire
une épaisse plaque de moules

l’herbe ondulante des posidontes

5.
Dans cette flaque tranquille
parmi les éponges jaune vert
les hydraires roses
et le bleu des mousses irlandaises

des crabes tâtonnent
de leurs pattes maladroites

6.
Dans cette autre
gelées lunaires
Les vertes couronnes de chair
des anémones

une étoile hyperboréenne

7.
Un crabe (de Jonas ?)
calé dans une crevasse

remuant ses antennes
attend

8.
murmure de la marée
qui remonte à présent

brissements blancs çà et là
le long de la baie

Soleil déclinant
or froid

(Kenneth White)

 

 

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Et l’illumination ? (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



Illustration: Fra Angelico

    

Et l’illumination ? L’un des sens de ce mot
Outre le sens commun d’éclairement,
D’enluminure, et autres, est celui-ci :

Instant extraordinaire où l’esprit flamboie
Dans une pure joie, avant la mort —
Le bon larron en nous écoutant la promesse !

Voyez-le donc à la droite du Christ, du promontoire
Scrutant l’espace vide, le corps si disloqué qu’il semble
Qu’on ne pourra le translater dans la béatitude

Qu’appellent, à la frange lunaire de son front,
Sur la face obscure de son cerveau les cratères des clous :
Ce soir tu seras avec moi à la droite du Père.

***

And lightening? One meaning of that
Beyond the usual sense of alleviation,
Illumination, and so on, is this:

A phenomenal instant when the spirit flares
With pure exhilaration before death —
The good thief in us harking to the promise!

So paint him on Christ’s right hand, on a promontory
Scanning empty space, so body-racked he seems
Untranslatable into the bliss

Ached for at the moon-rim of his forehead,
By nail-craters on the dark side of his brain:
This day thou shalt be with Me in Paradise.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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Dans un millier d’années (Joseph Brodsky)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018


 


 

Dans un millier d’années,
on extraira de sous les rideaux un mollusque
laissant filtrer par la frange
l’empreinte d’une « bonne nuit » sur des lèvres
qui n’avaient personne à qui le dire.

(Joseph Brodsky)

 

 

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MADRIGAL (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Caytano De Arquer-Buigas (51)

MADRIGAL

Mes vers, sur les lames d’ivoire
De votre carnet, font semblant
D’imiter la floraison noire
Des cheveux sur votre cou blanc.

Il faudrait d’immortelles strophes
A votre charme triomphal,
Quand dans un tourbillon d’étoffes
Vous entrez follement au bal.

Le sein palpite sous la gaze
Et, fermés à demi, les yeux
Voilent leurs éclairs de topaze
Sous la frange des cils soyeux.

Willis parisienne, empreinte
D’un charme inquiétant, mais doux,
J’attends, voluptueuse crainte,
La mort, si je valse avec vous.

(Charles Cros)

Illustration: Caytano De Arquer-Buigas

 

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Autorisée la peine… (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
autorisée la peine éparpille ses franges,
s’enroule sur elle-même, se perd à se répandre

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Traité du vertige
Traduction:
Editions: La Différence

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Le poème (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Gustave Moreau
    
Un poème sommeille en moi
Qui exprimera mon âme entière.
Je le sens aussi vague que le son et le vent
Non modelé dans sa forme accomplie.

Il n’a ni stance, ni vers, ni mot.
Il n’est même pas tel que je le rêve.
Rien qu’un sentiment confus de lui,
Rien qu’une brume heureuse entourant la pensée.

Jour et nuit dans mon mystère intime
Je le rêve, je le lis, je l’épelle,
Et sa vague perfection toujours
Gravite en moi à la frange des mots.

Jamais, je le sais, il ne sera écrit.
Je sais et j’ignore à la fois ce qu’il est.
Mais je jouis de le rêver,
Car le bonheur, même faux, reste le bonheur.

***

The poem

There sleeps a poem in my mind
That shall my entire soul express.
I feel it vague as sound and wind
Yet sculptured in full definiteness.

It has no stanza, verse or word.
Ev’n as l dream it, it is not.
‘Tis a mere feeling of it, blurred,
And but a happy mist round thought.

Day and night in my mystery
I dream and read and spell it over,
And ever round words’ brink in me
Its vague completeness seems to hover.

I know it never shall be writ.
I know I know not what it is.
But I am happy dreaming it,
And false bliss, although false, is bliss.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poèmes anglais
Traduction: Georges Thinès
Editions: Points

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Murmuré pendant l’après-midi (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Murmuré pendant l’après-midi

Soleil d’automne timide et mince,
Et les fruits tombent des arbres.
Le calme habite des pièces bleues
Un long après-midi.

Sons de mort du métal ;
Et une bête blanche s’effondre.
Les chants âpres des filles brunes
Se sont dissipés dans la chute des feuilles.

Le front rêve les couleurs de Dieu,
Sent les ailes douces de la folie.
Des ombres sur la colline,
Frangées de pourriture noire.

Crépuscule plein de calme et de vin ;
Ruissellement de guitares tristes.
Et vers la douce lampe à l’intérieur
Tu t’en retournes comme en rêve.

(Georg Trakl)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

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VISAGE D’AVRIL (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



VISAGE D’AVRIL

J’aime entrouvert
le velours vert
de ton col de collines
pour y poser
un nid de baisers,
une aile d’églantine

J’aime fondant
entre mes dents
sucer ce lobe
de sucre vermeil
où boucle d’or,
boucle d’oreille,
tu pinces le soleil

Caresser ta joue,
ronde et lisse ombelle,
visage d’avril,
et d’un doigt subtil
suivre le tracé
de ton sourcil en
vol d’hirondelle

Monter en ballon
dans le bleu de tes yeux,
sous l’ombre des cils
léger dans les cieux,
monter si haut
que dans la nacelle
pris de vertige
mon coeur chancelle

Et suspendu ainsi jusqu’au soir
à trembler de peur
et d’espoir,
j’attends , avec mes oiseaux-rêves
qui dans ton ciel
tournent en rond ,
à la frange fleurie
des branches sur ton front…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Dina Shubin

 

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