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Posts Tagged ‘(Franz Hellens)’

Les mots ont fui ma forêt solitaire (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019


 


Sarolta Bán   j-07 [1280x768]

Les mots ont fui ma forêt solitaire
Perdus d’espace, privés d’eau,
Les arbres ont encor toutes leurs feuilles
Mais sur les branches plus un oiseau.

Leur chant rythmait un silence sans fond
Et l’immobilité des jours où le vent tombe.
Le vent peut agiter les feuilles, le silence
De mort n’en est que plus profond.

L’obscurité bougeait au bruissement des ailes
Et chaque feuille était le mirage d’un mot
Aujourd’hui plus une aile pour réveiller l’écho
De ma sombre forêt solitaire.

*

Les eaux de la mémoire ont délaissé mes plages,
Le temps de marée haute est bien fini,
Je suis de sable sec où de blancs coquillages
Rappellent le passé dans le sol endormi.

Des pas dans mon désert marquent seuls le passage
D’une vie qui m’échappe, et de qui, de quels dieux
Inconnus, de quel temps, de quels âges ?
J’avance avec ces mêmes pas, mais d’autres yeux

*

Le silence est si dur qu’on marcherait dessus,
Le sol est un pain sec tout rond, tout noir, mon âme
Si de ce corps tout sec aussi, durci, fourbu,
Tu trouves la sortie va-t’en à coups de rames
Sur le grand fleuve roux de soleil qui voisine
Et dans ce fond d’eau claire et de fraîcheur chemine
Jusqu’au retour de pluie on terre et ciel fondus
Dans une même chair au printemps revenus
Comme deux amoureux que le soleil marie
Voient la croûte changée en nourrissante mie.

Le silence est si blanc qu’on écrirait dessus.
La page luit comme un morceau de glace lisse.
Ma plume retiens-toi de glisser, n’écris plus,
C’est un piège tendu par la froide malice
Qui du plaisir d’aller plus vite fait un don.
Ne sais-tu pas que la vitesse est sans pardon
Quand l’âme ne suit plus, quand l’esprit se dérobe,
Arrête-toi, retiens ta chute, enfonce-toi
Par la pointe en ce papier glissant qui nous daube,
L’heure viendra de rompre un silence si froid.

Le silence est si lourd qu’on se pendrait à l’arbre.
Pas une feuille, un fruit, ne bouge, on les dirait
Comme le tronc qui les porte construits en marbre
Et l’absence du bruit damne à mort la forêt.

La vie dans ce trépas ne trouve plus d’issue,
Plus d’oiseaux pour l’ouïe et le bonheur des yeux,
Plus un bourdonnement d’insecte, tout est vieux,
Sourd et muet dans l’écorce, le bois, la nue
D’où ne tombera plus une goutte de pluie,
Et dans ma chair aussi l’âme ne chante plus.

*

Je n’ai pas moins de force en mon hiver
Que la pomme de jus après l’automne,
Je marcherai jusqu’au bord de la mer
Comme le fleuve au versant s’abandonne.
Nul au monde parmi ceux qui voient clair
Ne trouvera l’endroit de ma présence,
Je serai, mort, comme le vent de mer
Qui semble finir là et plus loin recommence.

(Franz Hellens)

Illustration: Sarolta Bán

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L’idée de l’infini (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019


 


Alexander Maranov   2

Deux choses, dans mon enfance,
m’ont introduit à l’idée de l’infini :
l’odeur de l’encens à l’église
et la chaleur du lit maternel.

(Franz Hellens)

Illustration: Alexander Maranov

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Mon Dieu je sais que vous n’entendrez pas cette prière (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

Mon Dieu je sais que vous n’entendrez pas
Cette prière,
Votre monde n’est qu’un seul corps
Une seule âme.

Comment cette voix faible qu’est la mienne
Une poussière à peine
Monterait-elle jusqu’à vous
Qui là-haut dans les siècles des siècles

Les sphères des sphères sans horizons
Écoutez la rumeur unanime
De la matière et de l’esprit
Mêlée à tous les autres sons?

Pourtant elle monte ma voix
Et comme un cercle s’élargit
Couvrant toute la mer
Où bat le grand coeur unanime.

Comme la vague sur le bord
Dépose un tas de coquillages
Ma prière fait de l’or
De tout ce qu’elle touche au fond des âges.

(Franz Hellens)

Illustration: William Blake

 

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Mon Dieu (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



 

Mon Dieu, mais à quel Dieu parlé-je au plus profond
De ce coeur, agité comme une vieille terre
Qu’un fer de jardinier, secondé par le soc
De l’orage, laboure pour quelles saisons ?

[…]

Mais si vague, lointain, invisible, impensable,
Quel autre nom trouver pour atteindre si haut
Que ce grand D, qui ne connaît aucun écho,
Sans la rumeur d’un son ni l’ombre d’un visage?

(Franz Hellens)

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Je lègue à mon chien (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



 

Je lègue à mon chien mon habit d’arlequin
Au pied de la montagne mon bâton
Aux rayons de l’esprit la flaque d’eau
Au vent de la mémoire le nuage
Aux astres morts la cendre de mes rêves
Au temps qui vient l’étang et la maison
A d’autres l’objet de ma passion
Aux ignorants la page blanche
Au vol du Sphinx le ciel de mes yeux blancs
Aux psychologues ma tête et mes dix doigts
A la postérité ma mort qui vient de naître
A ce nouveau visage pas encore né
Tout ce que je n’ai pas été
Et que j’aurais pu être.

(Franz Hellens)

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Invisible mouette me voici (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2017



 

Invisible mouette me voici
Est-ce la mer aussi
Qui me rappelle

Sa voix n’a pas changé
C’est tout ce que j’ai
Retenu d’elle

[…]

Me voici montre-toi, Mer,
Poésie, mêmes yeux froids, pervers
Et cette tendresse infinie
Qui fait oublier l’hiver.

(Franz Hellens)


 

 

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De temps à autre (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2015



 

Aurélien Lepage 2   [1280x768]

De temps à autre je me laisse aller, pour moi-même,
à de petites professions de foi, de menus credos, tel que celui-ci :
« Je crois à une joie collective éternelle et totale, dans l’espace de l’éternité. »

… La matière de l’instrument sera réduite avec toutes les autres à ses éléments,
magnifique et sublime accord de tous les sons dans une seule note, comme dans le finale d’un choeur.

Il n’y aura plus place pour un souvenir,
mais toute place sera faite à l’harmonie composée d’une seule mémoire,
nommons-la divine.

(Franz Hellens)

Illustration: Aurélien Lepage

 

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EN HYDRAVION (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2015



Hydravion

EN HYDRAVION

Le rêve n’est pas plus haut que le ciel
Où je monte

Les mots se sont envolés avec moi
Ou les ai-je laissés en arrière

lls ne reviendront plus tels que je les connus
Vieillis ou tout nouveaux

Y en a-t-il jamais eu
Des mots

(Franz Hellens)

 

 

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Quelle doit être l’aurore (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2015



 

trembles

Quelle doit être l’aurore des trembles du Paradis,
si ceux de la terre, ce matin, tremblent si divinement?

(Franz Hellens)

Illustration

 

 

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NE CROYEZ PAS (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2015



 

Edson Campos  (33)

NE CROYEZ PAS

Ne croyez pas que la colère
Est laide lorsque vos yeux bleus
Comme la mer soudain s’altèrent
Ou scintillent de mille feux.

J’aime en vous ce qui chante ou gronde,
J’aime vos yeux bouleversés,
Et j’aime la douceur profonde
De votre âme aux flots apaisés.

Tout ce qui fait votre nature,
Tourmente, langueur, volupté,
C’est la quotidienne pâture
Dont se nourrit ma pauvreté.

(Franz Hellens)

Illustration: Edson Campos

 

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