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Poésie

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Je la connais (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



 


    
Je la connais

Le tintement de l’heure au sommet des églises
scande un pas solitaire et mon ombre perdue
se débat sur les murs en sursauts de pendu
la nuit vient maquiller la maigre fiancée grise

si je dors elle arrive et tempête chez moi
si je dis le vin bon elle brise mon verre
si je gagne au bonheur elle envoie d’un revers
rouler le jeu je ne sais plus ce que je crois

si je serre une main elle crache dessus
si je montre le blanc elle exhibe le noir
elle brille et s’aiguise à la meule du soir
elle rit elle danse et je suis son bossu

ma sans-sommeil ô ma grinçante
ma questionneuse ma rusée
ma radoteuse ma butée
mon frein brûlé ma folle pente

je suis ta chose et tu me hantes
toi le marteau qui sans fin plantes
dans mon étau les treize coins
des questions de ta question.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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SONNET (Charles-Adolphe Cantacuzène)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



SONNET

Malgré les sifflements stridents et les bagarres,
Et les cris grimaçants des freins et des essieux,
Et cette vapeur qui pénètre dans les yeux, —
Il te plaît, ô mon cœur, d’aller parmi les gares.

C’est là, mon pauvre cœur, c’est là que tu t’égares
Et que tu surprends les troubles de tant d’adieux
Que l’on veut comprimer et qui montent aux cieux
Dans l’encens fumeux des convois et des cigares.

Il te plaît d’assister au départ d’inconnus
Que tu vois aujourd’hui, que tu ne verras plus,
Et dont plus d’un a l’air farouche et magnanime.

Et puis ces femmes dans leurs tristes manteaux gris,
— Beautés chez qui tu sens des cœurs qui sont amis
Et de qui tu retiens le parfum anonyme.

(Charles-Adolphe Cantacuzène)

Illustration: Claude Monet

 

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Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

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Monsieur le chef de gare… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Monsieur le chef de gare…
Biguine

1
Monsieur le chef de gare
Siffle comme un oiseau
L’oiseau s’envole en haut
Le train part dare-dare.

2
Quand un train sur sa voie
Rencontre un autre train
Il serre un peu les freins
Et siffle plein de joie.

3
Et moi, quand Joséphine
Trottine devant moi,
Rempli d’un doux émoi
Je siffle la coquine.

4
Quand je danse avec elle
Mille sifflets soudain
Roulent dans le lointain
Comme des hirondelles.

5
Et depuis, à chaque heure,
J’évoque son reflet
Qui coupe mon sifflet
Comme un fil dans du beurre.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Chef chef et derechef (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Chef chef et derechef
1
Mon père était chef de cuisine
Du sel par-ci du sel par-là
Mon père était chef de cuisine
Du sel par-ci du sel par-là
Vive un poulet cuit à la broche
Le boeuf bouilli, l’huître de roche
Vive le sel vive le pain
Surtout vive le vin.
Mon père était chef de cuisine
Il m’apprit l’art de bien manger
Le pain est fait avec de la farine
Le vin est fait avec de bons raisins
Il m’apprit l’art de bien manger
Et de vivre en buvant du vin.

2
Mon mari est un chef de gare
Signal par-ci signal par-là
Mon mari est un chef de gare
Signal par-ci signal par-là
Vive un express à cent à l’heure
Vive la gare qui demeure
Vive le rail et le charbon
Et puis vive les ponts.
Mon mari est un chef de gare
Il m’apprit l’art de bien aimer
Aux cris des trains qui filent dare-dare
L’amour s’enfuit aussi vite qu’un train
Il m’apprit l’art de bien aimer
D’aimer toujours, d’aimer sans frein.

3
Mon amant est un chef d’orchestre
Du si par-ci, du mi par-là
Mon amant est un chef d’orchestre
Du si par-ci, du mi par-là
Vive un piano noir et sonore
Vivent les dents dont il s’honore
Vive sa queue évidemment
Et tous les instruments.
Mon amant est un chef d’orchestre
Il m’apprit l’art de mesurer
Le doux plaisir des voluptés terrestres
Ah! qu’il est doux de bien jouer dans le ton
Ré mi fa sol la si do ré
Vive mon chef et son bâton.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Plus de ces sens bornés… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Alexandre Cabanel
    
Plus de ces sens bornés…

Plus de ces sens bornés, étroite solitude,
Vérité ou raison, plus de frein qui jugule,
Je suis la chose enfin, je vis bien au delà
De mon corps méprisable, étriqué, ridicule;
Je suis parmi l’éther la lune qui circule,
Le ruisseau, ciel errant, que la nuit constella.

Mon âme se répand comme une onde élargie
Et ma prison s’écroule à la tendre élégie
Des ramiers amoureux perdus au bord du ciel.
O Nature, que j’ai souffert dans cette geôle,
Mon coeur, il me fallait l’espace où l’on s’envole,
La terre qui m’accueille au limon maternel.

Il me fallait l’oubli vaste que tu prodigues,
Calme fleuve étendu sans berges et sans digues;
Il me fallait pour lit la douceur des lotus
Et pour chevet l’odeur féconde et primitive
De la vase et des joncs pourrissant sur la rive
Où mes tourments muets à jamais se sont tus.

(Marie Dauguet)

 

 

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Mille diamants s’éparpillaient sur la rivière (Nicolas Diéterlé)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Mille diamants
s’éparpillaient sur la rivière,
en une profusion joyeuse

Et moi qui me baignais,
j’étais l’un d’eux,
je n’étais pas plus grand
et pas moins éclatant
qu’un diamant

L’eau venait vers moi
avec cette vivacité heureuse
qui la caractérise,
elle, la toujours-jeune,
la vierge éblouissante,

puis elle m’entourait
de ses bras légers
pour que je brille
avec plus d’éclat encore

N’étais-je pas son enfant
qui voulait grandir sans frein,
parmi l’étincellement de ses frères,

et ne m’aidait-elle pas à croître,
grâce à l’huile du consentement
dont elle imprégnait mon âme
autrefois déchirée
par les cailloux du remords
et maintenant pacifiée,

baignant dans une lumière
sans lacunes ?

(Nicolas Diéterlé)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration: Paul Sérusier

 

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SONATE A S. (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2016



SONATE A S.

(ALLEGRO)
Midi dans cet aplomb du sang
L’ardeur qui monte aux lèvres
L’azur que j’improvise
Et la vie si légère
quand elle ne faiblit pas

(LARGO)
L’ascension et la grâce
L’impératif avec ses inconnues
Un coup plus haut que tout
Et une aile partagée
qui subjugue la terre

(ALLEGRO VIVACE)
D’un mouvement le ciel
Sa joie sans autre frein
Ses anges libertins
Et les mots aimantés
qui vont perdre le nord

(André Velter)

 Illustration: Pascal Renoux

 

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Avec ce coeur de soufre et cette chair d’étoupe (Michel-Ange)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2016



michel-Ange

Avec ce coeur de soufre et cette chair d’étoupe,
avec ces os qui sont pareils à du bois sec,
avec une âme qui dédaigne freins et rênes,
avec un désir prompt à trop d’ardeur,
avec une raison aveugle, débile et boiteuse
et les gluaux, les pièges dont le monde est plein,
ce n’est pas grand merveille si, en un éclair,
je flambe au premier feu qu’on rencontre en chemin.

(Michel-Ange)

 Illustration: Michel-Ange

 

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Toutes deux (Jean-Louis Rambour)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2015



Toutes deux.
L’une plus âgée.
La conversation a changé.
Quelques murs plus loin, on a posé
un livre
Tout en tremblant encore du bruit
d’une voiture.
Ses yeux ne se résignaient pas encore
à en parler.
Que de freins lâchent pour la main
d’un vitrier.

(Jean-Louis Rambour)

 

 

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