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Poésie

Posts Tagged ‘frémissant’

Le lierre (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Arbreaphotos
Cimetière de Recoleta
    
Le lierre
Dans la Recoleta, Buenos Aires

Mer d’oreilles attentives, que te dit-elle la pierre ?
Tu glisses sur les tombes, tu collectionnes des noms,
tu frissonnes quand le vent de l’été te réveille

pour explorer tes mains et leur ravir les voix
que tu rassembles minutieux, masquant le temps,
veilleur des dialogues et des adieux fiévreux.

Ton rêve solitaire veille sur les tombes
ô origine des langues, ô lierre frémissant
où peu à peu la nuit des morts se réunit —

En vain les jeux de la tempête te réclament ;
les fontaines de lumières et les statues du jour
depuis longtemps t’attendent pour s’offrir dénudées

tandis que toi, reclus, tu habites les stèles.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Le galet (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Le galet

Rond, luisant et poli sous la vague marine,
Océan, je l’ai pris parmi tes flots amers,
Ce caillou blanc avec sa frange purpurine,
Comme un bijou tombé du vaste écrin des mers.

Mille ans, il a roulé sur le bord de cette onde,
Les flots jaloux, mille ans, l’ont ramené vers toi ;
Et peut-être, Océan, sous ta houle profonde,
Tu ne l’avais poli que pour qu’il vint à moi !

Je l’ai pris, ruisselant d’une écume embaumée
(Tel un avare prend un trésor), et joyeux,
Ô mer, je l’emportai loin de ta rive aimée,
Comme un gage d’ami qui nous fait ses adieux.

Et depuis, quand parfois je le contemple encore,
Frémissant, éperdu, je crois tenir soudain
Avec ses bruits, ses flots et sa trompe sonore,
Tout le grand Océan dans le fond de ma main !

(Louis Bouilhet)

 

 

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Dans le café tassé de la nuit (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
Dans le café tassé de la nuit
le lait du jour goutte
nuage de clarté

Les arbres bleus découvrent sous leurs branches
la pierre rose de la montagne
La zaouia du saint se niche au sommet

En bas, l’eau transparente de la plage d’Hamilcar
Les mâts s’y reflètent bâtons d’un alphabet
de pattes d’oiseaux stries cils frémissants

La colombe sort de la manche du magicien

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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OCTOBRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Christian Schloe
    
OCTOBRE

Pays lié aux oiseaux
A la chevelure des femmes
A l’épaule de la plus belle
Je suis debout sur tes pianos jonchés de feuilles mortes
Au milieu de ma vie jonchée aussi de feuilles mortes
Je suis entouré de complices
Je ne cherche pas à correspondre j’appréhende
Je suis parmi les arbres comme un chef de bande
Confiance donc
Quand je prépare un Octobre éternel
Une immense fumée qui monte
Un édifice impérissable
Je vous donnerai bien davantage que le soleil
Je vous compromets à jamais avec tous les chevaux
Je vous grandis d’un coup avec tous les villages
Je vous blanchis de mes mains lavandières
Je vous rends semblable à moi par mon amour
pour vous encore je dispose
Des solitudes à venir
je puis vous mettre au sommet de la pluie
Comme aux plus hautes notes d’une lyre
Confiance donc
Ou je m’installe en vous
Comme un oiseau dans la nacelle du pommier
Comme une boule de gui lumineuse
Comme un liseron frémissant
Inséparable de vous
Je serai malgré vous
La solitude.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Qui donc vous a surpris… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Luana Béatrice Lazar

    
Qui donc vous a surpris…

Qui donc vous a surpris, ô concert de parfums,
Musique résonnant comme au bord d’un abîme,
Vert chaleureux d’un pâtre en l’arc-en-ciel des cîmes,
Orage sombre pleurant sur nos bonheurs défunts.

Plus parfaits, plus moelleux qu’un contour mélodique,
Vous parlez à notre âme et ravagez nos sens,
Et vous nous caressez, tels des doigts frémissants,
Gestes enténébrés qu’aucun devin n’explique.

L’accord des buis amers et des oeillets musqués
Nous verse des liqueurs aux sûres attirances,
Je percois à travers leurs subtiles fragrances
Le piège que nous tend le désir embusqué.

Au secret éternel seul accent qui déroge,
Les parfums sont des fleurs aux vases du Léthé;
Plus clairs que le reflet des ruisseaux enchantés,
Les magiques miroirs que mon coeur interroge.

Fruits blets des bois rouillés, feuillages des sureaux,
Il suffit qu’au flacon merveilleux je m’abreuve
Pour que tout ce qui dort épars en moi s’émeuve,
Que s’agitent des morts au fond de leurs tombeaux.

Plus loin que la raison vaine et la conscience,
Jusqu’aux instincts gisants à jamais ignorés,
Dieux qu’on a détrônés, parfums, vous pénétrez:
Vous êtes l’infini distillant son essence.

(Marie Dauguet)

 

 

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A ma Mère (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
A ma Mère

Où as-tu appris à sécher tes larmes
à supporter en silence la douleur
à enfouir dans ton cœur chagrin blessures
souffrance tourment et peine ?

Ecoute le vent !
La gueule béante
il hurle par monts et par vaux

Regarde l’océan
avec fureur et colère
il fouette d’énormes falaises

la nature toute vibrante et frémissante
brise chaque barrière et chaque obstacle

D’où vient la sagesse de ton cœur ?
Où as-tu puisé cette force ?

(Hannah Senesh)

 

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La rouge chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration
    
La rouge chanson

Mes oiseaux à l’aile meurtrie,
Le coeur en sang,
Que le vent d’octobre charrie
Au hasard, sans
Egard pour vos ailes meurtries;

Mes vagues oiseaux qui sombrez
Aux berges moites
Des étangs givreux, sur les prés
Noirs où miroite
Cette eau glacée où vous sombrez;

Outardes, macreuses transies
Dans les remous
Du vent froid qui vous supplicie,
Cadavres fous
Que bercent les brumes transies;

Oiseaux, voici mon coeur en sang
Dressant son phare
Parmi l’ouragan frémissant
Qui vous égare;
Oiseaux, voici mon coeur en sang.

Il est l’étrange sanctuaire
Tout luisant d’or,
Où mieux qu’au lit des estuaires
Dorment des morts
Sous la pourpre de leurs suaires.

Brisez, brisez les vitraux d’or,
Ailes blafardes,
Qu’en moi s’éteigne votre essor,
Grèbes, outardes;
Brisez, brisez les vitraux d’or.

Dormez, désirs, l’aile meurtrie,
Mourez aussi,
Délivrés du vent qui charrie
Les vols transis;
Dormez, désirs, l’aile meurtrie.

Dormez sous les dams sanglants,
Les pourpres lourdes,
Dont le calme va s’étalant
En splendeurs gourdes,
Dormez, dormez oiseaux sanglants!

(Marie Dauguet)

 

 

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Prélude du vent d’automne (Lieou Yu-Si)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Prélude du vent d’automne

D’où vient le vent d’automne?

Frémissant, frémissant,
ll nous envoie, par groupes,
les oies sauvages.

De bon matin,
elles entrent dans les arbres de la cour.

Qui les a entendues le premier?
Le voyageur solitaire.

(Lieou Yu-Si)

 

 

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Divinité (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Lauri Blank
    
Divinité

Déesse aux yeux d’or brun, clos ta paupière rose,
Fais des songes d’amour ; que ton sommeil soit doux ;
Que le rêve lointain comme un rayon se pose
Sur ton front languissant et sur tes cheveux flous.

Je voudrais être la nuit, afin de t’étreindre,
Je voudrais te presser sur mon coeur frémissant,
Entendre ton sanglot voluptueux se plaindre
Et retenir l’amour qui sourit en passant.

(Renée Vivien)

 

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Dans ce bistrot mal famé (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Edouard Manet 
    
dans ce bistrot mal famé
les servantes apportaient sur des plateaux de lèvres les jupons usés
fanés de leurs rires d’antan

les clients tous buvaient au même verre où leurs langues cherchaient
le stigmate du baiser en vain espéré coursé traqué une vie durant

sur les écrans des yeux grands d’une fille solitaire de farouches
ombres s’embrassaient bouche à bouche ses mains d’écume
dessinaient l’espoir

d’un fol amour fou
tout son jeune être adhérait
n’était qu’une unique pensée

Elle n’entendait pas le choc que produisaient s’entrecognant les
épaves des voix éraillées des hommes attablés — ombres —

Un amas opaque de fumée enlaçait ses tentacules brumeux
à l’asphalte de leur chevelure hirsute que la main fatiguée
des ans avait décoiffée.

là dans ce bistrot mal famé je te vis TOI
que j’avais patiemment tissé de rêves
ne m’oublie pas dans
tes pleurs
pleur de la nuit sur la paupière qui
ne veut pas s’ouvrir au
jour
pleur de feu sur les doigts qui veulent
griffer
non caresser

ne m’oublie pas dans
tes pleurs
pleur de la fange dans
un amour qui s’élargit comme
manche défaite
ne peut s’extérioriser

pleur de l’encre dans un lit
que creusèrent deux ombres
érotiques
ne m’oublie pas dans
tes pleurs
pleur de la lumière dans un
tunnel où grimacent multicolores
des affiches de vie

pleur du silence
à des lèvres frémissantes
adolescentes
ne m’oublie pas dans
tes pleurs

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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