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Posts Tagged ‘frêne’

L’ENVERS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



 

Illustration
    
L’ENVERS

À l’envers de l’ombre il y a un chant
d’oiseau au bord d’un étang le grand soleil d’été
L’ombre est celle d’un frêne il frémit imperceptiblement
Le chant la voix d’une mésange quatre notes flûtées
L’ombre c’est moi encore peut-être qu’elle ombrage
Ce fut moi qui écoutais l’oiseau Le ciel pâle
en moi se mire dans l’eau de l’étang
Les feuilles du frêne éparpillent leur chuchotement
et l’herbe vive crépite de sautereaux verts

Je voudrais toucher une à une chaque note du chant
de la mésange avec mes doigts pour être sûr
que ce qu’elle chante c’est pour de vrai
chaque note une anémone blanche très petite
dans l’épaisseur du sous-bois Chaque son pur
qui se lève et dit C’est moi le sol mineur
à haute enfantine irrécusable voix

Les années autrefois étaient plus immobiles
les frênes les mésanges l’herbe les étangs
plus certains Tout était pour de vrai
Ce qui existe a l’air d’exister moins
d’être moins sûr de son droit ou bien
est-ce moi ?

À l’envers du temps la mésange s’arrête de
chanter l’arbre de frissonner Je reviens sur mes pas
Je te parle tu me réponds toi ma vie à
l’endroit de l’ombre et du temps
ma pour de vrai

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Le large Dniepr rugit (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020




Illustration: Alexandr Kusenko
    
Le large Dniepr rugit

Le large Dniepr rugit,
Sous des hurlements du vent infinis,
Qui ploie des saules immenses les cimes,
Soulevant des montagnes de vagues sublimes.

*

Et, là, joue la lune blême
Avec les nuages que le ciel parsème,
Comme un bateau dans la mer bleue profonde,
Se dresse et s’effondre.

*

Dans l’attente du troisième chant du coq,
Personne ne bouge en bloc,
Seules les chouettes conversent,
Seul transperce le frêne qui se berce.

***

Реве та стогне Дніпр широкий

Реве та стогне Дніпр широкий,
Сердитий вітер завива,
Додолу верби гне високі,
Горами хвилю підійма.

*

І блідий місяць на ту пору
Із хмари де-де виглядав,
Неначе човен в синім морі,
То виринав, то потопав.

*

Ще треті півні не співали,
Ніхто ніде не гомонів,
Сичі в гаю перекликались,
Та ясен раз у раз скрипів.

***

O largo Dnieper rugiu

O largo Dnieper rugiu,
Sob o vento infinito uiva,
Quem dobra os topos dos salgueiros enormes
Levantando montanhas de ondas sublimes.

*

E aí, joga a lua pálida
Com as nuvens que o céu polvilha
Como um barco no mar azul profundo,
Levanta-se e desmorona.

*

Esperando pela música do terceiro galo,
Ninguém se move em um bloco,
Apenas corujas conversam,
Apenas o freixo pode ser ouvido.

(Taras Chevtchenko)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Ukrainien / Portugais Jacky Lavauzelle
Editions:
***
Chanson folklorique Ukrainienne
 Українська народна пісня
Canção popular ucraniana
Слова – Paroles – Palavras :
Тарас Шевченко – Taras Chevtchenko
Музика – Musique – Música :
Данило Крижанівський

Danylo Yakovych Kryzhanivsky
1856-1894

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Les étoiles mortelles (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Les étoiles mortelles

Un soir d’été, dans l’air harmonieux et doux,
Dorait les épaisses ramures ;
Et vous alliez, les doigts rougis du sang des mûres,
Le long des frênes et des houx.

O rêveurs innocents, fiers de vos premiers songes,
Coeurs d’or rendant le même son,
Vous écoutiez en vous la divine chanson
Que la vie emplit de mensonges.

Ravis, la joue en fleur, l’oeil brillant, les pieds nus,
Parmi les bruyères mouillées
Vous alliez, sous l’arôme attiédi des feuillées,
Vers les paradis inconnus.

Et de riches lueurs, comme des bandelettes,
Palpitaient sur le brouillard bleu,
Et le souffle du soir berçait leurs bouts en feu
Dans l’arbre aux masses violettes.

Puis, en un vol muet, sous les bois recueillis,
Insensiblement la nuit douce
Enveloppa, vêtus de leur gaine de mousse,
Les chênes au fond des taillis.

Hormis cette rumeur confuse et familière
Qui monte de l’herbe et de l’eau,
Tout s’endormit, le vent, le feuillage, l’oiseau,
Le ciel, le vallon, la clairière.

Dans le calme des bois, comme un collier divin
Qui se rompt, les étoiles blanches,
Du faîte de l’azur, entre les lourdes branches,
Glissaient, fluides et sans fin.

Un étang solitaire, en sa nappe profonde
Et noire, amoncelait sans bruit
Ce trésor ruisselant des perles de la nuit
Qui se posaient, claires, sous l’onde.

Mais un souffle furtif, troublant ces feux épars
Dans leur ondulation lente,
Fit pétiller comme une averse étincelante
Autour des sombres nénuphars.

Chaque jet s’épandit en courbes radieuses,
Dont les orbes multipliés
Allumaient dans les joncs d’un cercle d’or liés
Des prunelles mystérieuses.

Le désir vous plongea dans l’abîme enchanté
Vers ces yeux pleins de douces flammes ;
Et le bois entendit les ailes de vos âmes
Frémir au ciel des nuits d’été !

(Leconte de Lisle)

 

 

 

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CRÉPUSCULE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

François Malespine  cm [1280x768]

CRÉPUSCULE

C’est un jour dont le soir a la beauté d’un songe,
Tant l’air que l’on respire est pur en ces beaux lieux;
Et, sous le doigt levé du Temps silencieux,
La lumière s’attarde et l’heure se prolonge…
Gardes-en longuement la mémoire en tes yeux.

Si la source a la voix de sa Nymphe limpide,
Le frêne sous l’écorce étire son Sylvain:
Un lent souffle palpite au feuillage incertain;
Le ruisseau qui s’esquive est comme un pas rapide,
Et, nocturne, le bois va s’éveiller divin!

Mais nous, nous n’avons pas en cette nuit mortelle
Qui déjà nous entoure et qui rampe à nos pieds
De fontaine éloquente et de dieux forestiers;
Nous avons peur de l’ombre, et nous redoutons d’elle
L’impassible sommeil qui nous prend tout entiers.

(Henri De Régnier)

Illustration: François Malespine

 

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Menuisier du roi (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



Olivier Stanislas Perrin  atelier-de-menuisier

Menuisier du roi

-Je stipule
dit le roi
que les grelots de ma mule
seront des grelots de bois.

-Je stipule dit la reine
que les grelots de ma mule
seront des grelots de frêne.

-Je stipule
dit le dauphin
que les grelots de ma mule
seront en coeur de sapin.

-Je stipule
dit l’infante
élégante
que les grelots de ma mule
seront faits de palissandre.

-Je stipule dit le fou
que les grelots de ma mule
seront des grelots de houx.

Mais quand on appela le menuisier
Il n’avait que du merisier.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Olivier Stanislas Perrin

 

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HYMNE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



HYMNE

Une âme nouvelle m’entraîne
Dans les antres sacrés, dans l’épaisseur des bois;
Et les monts entendront ma voix,
Les vents l’emporteront vers l’étoile prochaine.

Évan ! ta prêtresse au réveil
Imprime ses pieds nus dans la neige éternelle.
Évan ! j’aime les monts comme elle,
Et les halliers divins ignorés du soleil.

Dieu des Naïades, des Bacchantes,
Qui brises en riant les frênes élevés,
Loin de moi les chants énervés!
Les coeurs forts sont à toi, Dieu couronné d’acanthes!

Évohé I noirs soucis, adieu!
Que votre écume d’or, bons vins, neuf fois ruisselle!
Et le monde enivré chancelle,
Et je grandis, sentant que je deviens un Dieu !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Paul Emile Chabas

 

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FLEURS DE CARÊME (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
FLEURS DE CARÊME

Primerose, anémone, mousse et campanule
Poussent au royaume de la croix

Et le bourgeon pourpre du frêne
Dresse l’épée qui verse Son sang.

Les épines qui percent Son front,
De tendres pétales les entourent

Car dans chaque fleur réside le secret
De l’arbre qui crucifie.

Jardin près de l’eau claire
Tous ceux qui entrent ici doivent mourir !

***

LENTEN FLOWERS

Primrose, anemone, bluebell, moss
Grow in the kingdom of the cross

And the ash-tree’s purple bud
Dresses the spear that sheds his blood.

With the thorns that Pierce his brow
Soft encircling pelais grow

For in each flower the secret lies
Of the tree that crucifies.

Garden by the water clear
All must die that enter here !

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Encore un dimanche à rêver (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




Encore
Un dimanche à rêver
Sur les collines

Encore
Au jardin
L’ombre du frêne

Et la longue lecture
Des riches heures
De l’été

Quand le monde à notre porte
Nous verse en milliers d’éclats

Sa beauté.

(Hélène Cadou)

Illustration: Geneviève Peyrade

 

 

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Le vent (Renée-Lise Jonin)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Le vent

Le vent m’a apporté
Des milliers de poèmes
Il avait pris sur un étang
Les reflets de la lune
Etait passé entre le plumes
De douze cygnes blancs

Dans les mâts de misaine
Et les feuilles de chêne
Et les feuilles de frêne
Et dans les chevelures
De tous les gens que j’aime

Le vent m’a apporté
Tant et tant de poèmes
Que je les écris en marchant
Je les écris même en parlant
J’en mets sous les fleurs en passant
Je les retrouverai demain
Quand je reprendrai ce chemin

(Renée-Lise Jonin)

Illustration

 

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LE BLEU VENT D’OUTRE-MONTS (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



LE BLEU VENT D’OUTRE-MONTS

Le bleu vent d’outre-monts fait palpiter les frênes;
Il chante au loin du bois un carillon d’été;
Aux prés l’hermine et l’or des marguerites reines,
Et par l’azur sans fin, comme au chant des sirènes
Des récifs répété,
De grands nuages lents vont s’enflant en carènes…

Il sourd du pâturage un murmure sans trêve:
Juin chante au bois nouveau qui redit sa gaîté;
Des barques de foin gris attendent vers la grève,
La mort des fleurs qu’on fauche enivre l’air de sève
Et ma lèvre eût quêté
De la tienne le miel aprilin de ton rêve…

L’heure passe légère et court au crépuscule;
Le soleil près de choir s’est, d’orgueil, arrêté,
Là-bas, royal encore; et la fumée ondule
Du bûcher d’Occident jusqu’au zénith qui brûle…
Mon regard a guetté
Ton âme dans tes yeux où l’avenir recule…

L’heure était telle, et tout est même et se ressemble:
Le fleuve roule encore en lueurs de Léthé,
L’horizon, aussi, tel encore — que t’en semble? —
Est-il un rêve encore où nous rêvions ensemble?
N’as-tu rien regretté?
La nuit, ivre d’encens, est amoureuse et tremble…

Mais! sommes-nous ceux-là que nous avons été?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Cyn McCurry

 

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