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Posts Tagged ‘frénésie’

Un poète est un enfant qui ne meurt pas (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



Au départ de tout destin poétique,
il y a le songe.
Je doute si aucun enfant a transposé la vie
plus que je ne l’ai fait.
C’est d’ailleurs commun à cet âge.

Mais ai-je jamais interrompu cette transposition?
Un poète est un enfant qui ne meurt pas,
un enfant qui survit,
privé des anges tutélaires de l’enfance,
un enfant sans garde-fou,
en proie à toutes les passions d’un coeur d’homme,
d’une chair d’homme,
à toute l’obscure frénésie du sang.

(François Mauriac)

Illustration: Mélusine Thiry

 

 

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Dans la petite frénésie (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




    
dans la petite frénésie de toute bougie
ancrée dans tes yeux
que le vent que la mer que la nuit

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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De vous qui entendez (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



Pétrarque    
    
De vous qui entendez, en mes rimes éparses,
Tous ces gémissements dont j’abreuvais mon coeur
Dans les égarements de ma prime jeunesse,
Quand j’étais autre qu’à présent, au moins un peu.

Pour ces écrits, plaintes, ressassements
Ballottés entre vains espoirs, vaine douleur,
J’espère compassion si ce n’est excuse :
N’avez-vous pas souffert l’épreuve de l’amour?

Mais maintenant je vois bien que je fus
De tous la longue fable, et souvent j’ai honte
De moi, quand je médite sur moi-même:

Et de ma frénésie c’est le fruit, cette honte,
Avec le repentir, et savoir, clairement,
Qu’ici-bas ce qui plaît, c’est bref, ce n’est qu’un songe.

***

Voi ch’ascoltate in rime sparse il suono
di quei sospiri ond’io nudriva ‘l core
in sul mio primo giovenile errore
quand’era in parte altr’uom da quel ch’i’ sono,

del vario stile in ch’io piango et ragiono
fra le vane speranze e ‘l van dolore,
ove sia chi per prova intenda amore,
spero trovar pietà, non che perdono.

Ma ben veggio or si corne al popol tutto
favola fui gran tempo, onde sovente
di me medesmo meco mi vergogno;

et del mio vaneggiar vergogna è ‘l frutto,
e ‘l pentersi, e ‘l conoscer chiaramente
che quanto piace al mondo è breve sogno.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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MÉLODIES (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Stefan Blöndal
    
MÉLODIES

Au clavier des jardins je joue des symphonies,
Où le chant du rossignol grisé par la pluie,
A la couleur de ces lointaines et pures folies,
Qui tourbillonnent en grappes et ont le goût des fruits.

Au clavier de la vie j’invente des mélodies,
Où le ciel dévoile son lamento aux aurores,
Aux vagues du silencieux, au marbre de la nuit,
Qui, tel un velours sombre cache aux yeux mille trésors.

Au clavier des étangs je pleure assez souvent,
Quand mes mains engourdies brassant des gerbes folles,
Jouent encore et toujours le leitmotiv du vent,
Et que jaillit de l’aube un rire creux et frivole.

Au clavier de l’amour, passion et frénésie,
Cristal et jade purs d’un merveilleux tableau,
Je m’envole avec toi vers un bleu paradis,
Et j’en oublie mes doigts torturant le piano.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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CONCERTO POUR UN ETE (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
CONCERTO POUR UN ETE

Si poignant au coeur,
Concerto pour un été.
Lamento, c’est en pleurs
Que je t’écoute me briser.

Si ardent en cris,
Concerto pour un été.
Trompette et frénésie
Ma vie vibre, désolée.

Si sublime en vagues,
Concerto pour un été.
L’éclat d’une bague
L’écho de la marée.

Si poignant au coeur,
Concerto pour un été.
C’est pour moi un bonheur
De sans cesse t’écouter.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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SAISONS (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




    
SAISONS

Aux souffles de l’hiver
Nos souvenirs se tissent,
Tout un voile de lumière,
Aux blanches couleurs de lys.

Après les neiges folles,
Enfin quelques bourgeons,
Papillons en farandole,
A nous la belle saison.

L’été tout en folie,
Fait éclater sa joie;
Ciel bleu et frénésie,
Rires par dessus les toits.

Puis le vent se réveille,
En ronde, rousses feuilles,
Enfui le beau soleil.
L’automne frappe à notre seuil.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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Un amour au-delà de l’amour (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018




    
Un amour au-delà de l’amour,
plus haut que le rite du lien,
au-delà du jeu sinistre
de la solitude et de la compagnie.

Un amour qui n’ait pas à revenir,
mais non plus à s’en aller.
Un amour non soumis
aux frénésies d’aller et venir,
d’être éveillés ou endormis,
d’appeler ou de se taire.

Un amour pour être ensemble
ou pour ne l’être pas,
mais aussi pour tous les états intermédiaires.

Un amour qui serait comme ouvrir les yeux.
Et peut-être aussi comme les fermer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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De ma persienne (Auguste Bonel)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2017



De ma persienne
hublot du cri séculaire
je regarde la rue foisonner d’odeurs
de mouvements où sautille l’abîme
en frénésie de revenant
douloureuse fraternité
que de se regarder
dans le mouvement des passants
comme une sensation extraite
de son propre corps

(Auguste Bonel)

 

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Je n’appartiens tout simplement pas à ce monde (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Illustration
    
Je n’appartiens tout simplement pas à ce monde.
J’habite la Lune avec frénésie.

Je n’ai pas peur de mourir,
j’ai peur de cette terre étrangère, agressive.

Je n’arrive pas à penser aux choses concrètes,
elles ne m’intéressent pas.

Je ne sais pas parler comme tout le monde.
Mes mots sont bizarres et viennent de loin,
d’un endroit où personne ne se rencontre.

Que ferai-je une fois plongée dans mes mondes fantastiques
et incapable de remonter à la surface?

Parce que c’est bien ce qui risque de m’arriver.
Je partirai et ne saurai pas revenir.

Je ne saurai d’ailleurs pas qu’il existe un « savoir revenir ».
Et je n’en aurai peut être tout simplement pas envie.

(Alejandra Pizarnik)

 

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L’Inspiration (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Michael Putz-Richard 
    
L’Inspiration

Ah ! lorsque débordait ainsi la poésie,
Torrent impétueux, brûlante frénésie,
Dans mon âme vibraient d’indicibles accords ;
Comme sous l’ouragan bat la vague marine,
Sous la muse mon cœur battait dans ma poitrine,
Mais ma lyre jamais n’égalait mes transports !…
Par l’inspiration je restais oppressée,
Comme la Druidesse au sommet du Dolmen ;
J’implorais, pour donner un corps à ma pensée
Ton langage éthéré, musique, écho d’Eden !

Il est des sentiments, mystérieux, intimes.
Qu’aucun mot ne peut rendre, et que toi seule exprimes ;
Ces rêves, incompris du monde où nous passons,
Ces extases d’amour, d’un cœur qui vient de naître,
Alors, j’aurais voulu, pour les foire connaître,
Moduler sous mes doigts de séraphiques sons !

J’aurais voulu, penchée à la harpe sonore,
Répandre autour de moi l’âme qui me dévore,
Dans des flots d’harmonie aux anges dérobés !
Oui, j’aurais voulu voir, quand mon âme est émue,
Tous les cœurs palpitants, d’une foule inconnue,
Sous mes accents divins demeurer absorbés !

Vains désirs ! jeune aiglon, on a coupé mes ailes,
On a ravi mon vol aux sphères éternelles,
Pour me faire marcher ici-bas en rampant !
Si la Muse, parfois, vient visiter ma route,
Mon chant meurt sans écho, personne ne l’écoute ;
Et l’hymne inachevée en larmes se répand !

(Louise Colet)

 

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