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Le hamsin de nissan (Léa Goldberg)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



 

Illustration: Jean Goujon
    
Le hamsin de nissan

Je sais bien, ce jour rien n’a changé
Rien n’a eu lieu. Rien ne s’est passé.
Rien qui distingue d’autres jours, d’autres heures,
Signe ou marque, du pire ou du meilleur.

Pourtant le soleil a l’odeur du jasmin,
Pourtant la pierre frémit comme coeur battant,
Pourtant le couchant est couleur de l’orange,
Et le sable avance des lèvres caressantes.

Comment m’en souviendrai-je, anonyme, banal,
Comment conserverai-je sa grâce surgie soudain
Comment croirai-je qu’un de ces jours survint
Où je ne fis plus qu’un avec les éléments.

Où chaque arbre était une voile frissonnante
Où le silence avait le regard d’une enfant,
Où les larmes sentaient bon la nature en fleurs,
Où le nom de la ville ressemblait au nom de mon amour.

(Léa Goldberg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: F. Kaufmann
Editions: Gallimard

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La divine folie (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Alfons Mucha
    
La divine folie

Je veux être celui qui sur sa chevelure
Attache un brin d’ortie avec la grappe mûre,
Qui danse titubant, bestial et divin
Et porte la nature entière dans son sein;
Celui qui sent frémir et couler dans ses moëlles
L’âme errante du vent, des mers et des étoiles,
Accroche à sa ceinture en un même bouquet
La ronce, le chardon, la cigüe et l’oeillet;
Qui, ne distinguant plus son regard de l’aurore,
Sent parmi les couchants sa chair qui s’évapore.
Je veux être celui qui rit dans le soleil
Et savoure le jour ainsi qu’un fruit vermeil;
Le berger ou l’outlaw dormant sur la javelle
Comme un enfant bercé aux genoux de Cybèle.
Je marcherai rêveur, épris de l’inconnu,
Aux sentiers ignorés, froissant de mon pied nu
L’herbe, le laurier rose et l’ingrate bruyère.
Debout sur les sommets, libre dans la lumière,
Mendiant triomphant, je tendrai vers l’éclair
Le geste avide de mes bras à travers l’air.

Je serai le glaneur idéal qui recueille
La rosée au matin,le rayon, le reflet
Du fleuve et s’en nourrit: le gueux dans la forêt
Elevant son palais frissonnant sous les feuilles.
Possesseur des trésors qu’on dédaigne, j’irai
Boire aux lèvres du vent quelque nectar sacré;
Frôler à l’eau qui fuit par les mousses humides
Le torse transparent des pâles néréides;
Et jouissant des odeurs, des sons, voluptueux,
Avec les sens aigus d’un sauvage et d’un dieu,
Je glisserai subtil à l’herbe où le vent joue
Et je serai le bond du dix-cors qui s’ébroue.

Etoiles qui brillez au bord du ciel serein,
Tendresse de la nuit qui monte et qui m’étreint,
Mystérieux baisers, soupirs sur le rivage
Du flot diamanté où se mire un nuage,
Fantômes devinés de blanches déités,
Accordez à mes voeux votre complicité,
Accordez à mon coeur la grâce qu’il implore,
La divine folie! Et toi, morne ellébore,
Que ton rameau flétri se dessèche infécond
Qui guérit de l’ivresse et nous rend la raison.

(Marie Dauguet)

 

 

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APRÈS LA PLUIE (Boris Pasternak)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017




APRÈS LA PLUIE

Cohue aux fenêtres : les feuilles sont là!
Le ciel, ce chablis, jonche encor le gazon.
Le calme revient. Mais vous auriez vu ça
D’abord ! A présent, c’est une autre chanson.

D’abord on l’a vu qui se rue, trublion,
Franchit les enclos et décoiffe les branches,
Piétine le parc, et de pluie en grêlons,
Et puis de hangar en terrasse de planches !

Goûtez à présent l’air épais et corsé !
Et le peuplier, si ses veines éclatent,
C’est l’air du jardin que, sodé, fait mousser
L’amer peuplier, tel du bicarbonate.

La vitre transpire et ruisselle, évoquant
La hanche et le dos frissonnants d’une ondine.
Le coin des fraisiers est glacé et brillant,
La grêle — égaillée en gros sel de cuisine.

D’un fil d’araignée tombe un rai de soleil
Qui semble un moment se tapir dans l’ortie,
Mais proche est l’instant qui verra l’escarbille
Flamber dans la haie et souffler l’arc-en-ciel.

(Boris Pasternak)

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SOIR ÉTERNEL (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2017



 

Hamish Blakely innamorata

SOIR ÉTERNEL

Dans le parc, les oiseaux se querellent entre eux.
Après la promenade en de sombres allées,
On rentre; on mange ensemble, et tant de voix mêlées
N’empêchent pas les doux regards, furtifs, heureux.

Et la chambre drapée en tulle vaporeux
Rose de la lueur des veilleuses voilées.
Où ne sonnent jamais les heures désolées!…
Parfums persuadeurs qui montent du lit creux!…

Elle vient, et se livre à mes bras, toute fraîche
D’avoir senti passer l’air solennel du soir
Sur son corps opulent, sous les plis du peignoir.

A bas peignoir!
Le lit embaume. Ô fleur de pêche
Des épaules, des seins frissonnants et peureux!…
Dans le parc les oiseaux se font l’amour entre eux.

(Charles Cros)

Illustration: Hamish Blakely

 

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Comme une joie unique (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



Comme une joie unique
tu es dorénavant donné au coeur —
Inlassablement, tombe,
fontaine mystérieuse.

En hautes gerbes
Elance-toi et retombe —
Et de toutes tes voix
Soudain, d’un coup, tais-toi.

Mais habille-moi toute l’âme
Par la chasuble d’une pensée grave,
Comme du mélèze humide
L’abri frissonnant.

***

Единственной отрадой
Отныне сердцу дан —
Неутомимо падай,
Таинственный фонтан.

Высокими снопами
Взлетай и упадай
И всеми голосами
Вдруг — сразу умолкай.

Но ризой думы важной
Всю душу мне одень,
Как лиственницы влажно-
Трепещущая сень.

***

A sole delight
for the heart, from this time on
– mysterious fountain,
fall, and fall, and go on

Fly up like tall sheaves,
blow up, drop down
and let all your voices
stop — suddenly — at once.

But dress my whole soul
in a cloak of grand thought,
flickering like the damp
larch-tree’s canopy.

(Ossip Mandelstam)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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NOCTURNE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



 

NOCTURNE
A Arsène Houssaye.

Mots frissonnants, ciel étoilé,
Mon bien-aimé s’en est allé,
Emportant mon coeur désolé !

Vents, que vos plaintives rumeurs,
Que vos chants, rossignols charmeurs,
Aillent lui dire que je meurs !

Le premier soir qu’il vint ici
Mon âme fut à sa merci.
De fierté je n’eus plus souci.

Mes regards étaient pleins d’aveux.
Il me prit dans ses bras nerveux
Et me baisa près des cheveux.

J’en eus un grand frémissement ;
Et puis, je ne sais plus comment
Il est devenu mon amant.

Et, bien qu’il me fût inconnu,
Je l’ai pressé sur mon sein nu
Quand dans ma chambre il est venu.

Je lui disais : « Tu m’aimeras
Aussi longtemps que tu pourras ! »
Je ne dormais bien qu’en ses bras.

Mais lui, sentant son coeur éteint,
S’en est allé, l’autre matin,
Sans moi, dans un pays lointain.

Puisque je n’ai plus mon ami,
Je mourrai dans l’étang, parmi
Les fleurs, sous le flot endormi.

Au bruit du feuillage et des eaux,
Je dirai ma peine aux oiseaux
Et j’écarterai les roseaux.

Sur le bord arrêtée, au vent
Je dirai son nom, en rêvant
Que là je l’attendis souvent.

Et comme en un linceul doré,
Dans mes cheveux défaits, au gré
Du flot je m’abandonnerai.

Les bonheurs passés verseront
Leur douce lueur sur mon front ;
Et les joncs verts m’enlaceront.

Et mon sein croira, frémissant
Sous l’enlacement caressant,
Subir l’étreinte de l’absent.

Que mon dernier souffle, emporté
Dans les parfums du vent d’été,
Soit un soupir de volupté !

Qu’il vole, papillon charmé
Par l’attrait des roses de mai,
Sur les lèvres du bien-aimé !

(Charles Cros)

Illustration: John Everett Millais

 

 

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Encore frissonnant (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015




Encore frissonnant

Sous la peau des ténèbres,
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

(Jules Supervielle)

Illustration: Henry Cousinou

 

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Je viens de mal parler de toi (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2015



Je viens de mal parler de toi

Je viens de mal parler de toi, rose superbe !
Si ton éclat est vif, rose, tu sais pourtant,
Seule dans le cristal, au milieu de la gerbe,
Aussi bien que les yeux rendre le coeur content.

Un jour, contre le mur d’une porte gothique
(j’errais en ce temps-là dans les pays du nord)
Rose, tu m’apparus très pâle et fantastique
Et frissonnante au vent plein de pluie et de mort.

(Jean Moréas)

 

 

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