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Poésie

Posts Tagged ‘froid’

Dura Lex, Sed Lex (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Dura Lex, Sed Lex

L’Univers m’apparaît comme un songe mauvais…
Qui me dira sur quel chemin obscur je vais ?

Qui me dira pourquoi mon coeur trop lourd se brise
Devant la froide horreur de la Chose Incomprise ?

Je n’ai plus dans les yeux l’arc-en-ciel de l’Espoir.
Qui me dira pourquoi je tremble vers le soir ?

En écoutant gémir la terre infortunée
Je sens trop, vers le soir, cette horreur d’être née.

Je le sais… Dure loi peut-être. C’est la loi.
Mais Toi, dans tout ce rêve abominable ? Et Moi ?

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Soudain, elle voit (Jean Aron)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



lourdesDans son cachot
elle prie comme elle peut
puis repense à sa journée:
elle espère qu’on la réveille,
elle erre
au milieu des brebis,
elle marche au bord de l’innocence,
son regard est vers là-bas;
elle cueille du bois mort
qu’elle met dans son panier,
elle enlève ses sabots,
l’eau glacée
comme un étau l’étreint.
Soudain,
elle voit la voix des branches
dégouliner le long des tiges
parmi les partitions endormies
de la prairie des gaves,
une gloire enluminée d’opale
flotte autour d’elle,
elle vit son extase
au gré tremblant du froid.

(Jean Aron)

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PAYS DE NEIGE ET DE GLACE (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Nicholas Roerich 02 big

PAYS DE NEIGE ET DE GLACE

« Ce lieu… cette région antérieure que
nous ne pouvons désigner que sous le voile
du  » non « , comme néant, mais néant qui
serait aussi le voile de l’être… »
(Blanchot)

Parvenu en ce lieu
où la blancheur est évidente
ici dans les montagnes
où le froid mon élément
me ceint d’éternité

parvenu en ce lieu
haut faîte du néant
où « je » n’a pas de sens
où le moi extatique
est seul avec sa solitude

se brûler la cervelle ?

*

MOUNTAIN AND GLACIER WORLD

« That place… that furthermost region we
can designate only in negative terms as a
nothingness, but a nothingness which is also
the veil of being. »
(Blanchot)

Arrived at this point
where the whiteness is manifest
here in the mountains
where the coldness my element
surrounds me with eternity

arrived at this point
the high crest of nothingness
where the « I » has no meaning
and the self is ecstatically
alone with its aloneness

shall I blow out my brains?

(Kenneth White)

Illustration: Nicholas Roerich

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Sur la corde à linge (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017



 

neige fil

sur la corde à linge
on a étendu de la neige
par ce froid
la neige
ne sèchera pas de si tôt

(Abbas Kiarostami)

Illustration

 

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LA CHANSON DES BAISERS (A. Gallais)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
LA CHANSON DES BAISERS

Quelle est cette pure caresse :
Caresse qui berce le cœur
Et fait éclore la jeunesse
Au paradis d’Amour vainqueur ?
Quelle est cette pure caresse
Dont chacun garde souvenir
Et que nulle douleur ne blesse.

Que rien ne fait s’évanouir ?
C’est le baiser de l’enfant à la mère.
C’est le baiser de la mère à l’enfant
Dont la douceur est fraîche et printanière :
Baiser chaste et divin du Bonheur triomphant !

Quel est ce frisson qui transporte
Et verse à l’être mille émois
Quand l’Amour naissant nous apporte
A vingt ans ses troublants abois ?
Quel est ce frisson dont notre âme
Est soudain joyeuse en ce jour,
Et dont la merveilleuse flamme
Fait de nous des dieux sans retour ?

C’est le baiser de l’amant à l’amante,
C’est le baiser de l’amante à l’amant
Dont la chaleur intime et pénétrante
Des paradis charnels anime le roman !

Quelle est donc cette étreinte chère,
Qui se donne auprès d’un berceau,
Cependant que, la mine fière,
D’orgueil on ressent un tressant?
Quelle est donc cette étreinte amie
Qui témoigne de l’union
Sans calcul, par l’Amour bénie
De deux âmes à l’unisson?

C’est le baiser de l’époux à l’épouse,
C’est le baiser de l’épouse à l’époux,
En contemplant, de tendresse jalouse,
L’enfant de leur désir riant à ses joujoux !

Quel est donc ce froid qui nous glace
A l’approche du froid hiver.
Alors que mainte ride trace
Sur nos fronts son sillon de fer ?
Quel est donc ce froid qui traverse
Nos regards recherchant le ciel ?
Quel est donc ce glas qui nous berce
De son calme rythme éternel ?

C’est le baiser de la Mort à la Vie,
C’est le baiser de la Vie à la Mort :
Baiser qui tue et la haine et l’envie,
Baiser juste où chacun, riche ou pauvre, s’endort !

(A. Gallais)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Il me faut mettre les petits galets froids de la source sur ma langue (Derek Walcott)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Il me faut mettre les petits galets froids de la source
sur ma langue pour apprendre son langage,
parler en tremble ou en bouleau, avec assurance.
Je frapperai à la porte veuve
de l’un de ces villages
où elle m’accueillera comme une large prairie,
un espace bleu entre les montagnes,
et tenant ses bras par les coudes rompus
je relèverai ses cheveux moites sur un front
aussi chaud que du pain ou un retour au pays.

***

I must put the cold small pebbles from the spring
upon my tongue to learn her language,
to talk like birch or aspen confidently.
I will knock at the widowed door
of one of these villages
where she will admit me like a broad meadow,
like a blue space between mountains,
and holding her arms at the broken elbows
brush the dank hair from a forehead
as warm as bread or as a homecoming.

(Derek Walcott)

 

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Le vert est devenu jaune (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



 

le vert
est devenu jaune
l’air
froid
moi
j’ai pensé à la mort

(Abbas Kiarostami)

Illustration

 

 

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Le froid (Philistin Panger)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le froid

Et le vent? violent, glacial, dans le sang.
Ressens-tu aussi, ce froid saisissant?
Fuir, courir, agir pour lutter,
il est bien trop tard, il t’a rattrapé !

Et la pluie? violente, glaciale, sur la peau.
là, tu ressens sur toi couler cette eau
glissante, pénétrante, et infinie,
ton corps tout entier se flétrit.

Et la peur? violente, glaciale dans le ventre,
tu la ressens parfois lorsqu’elle entre.
Protéger, abriter, cacher pour oublier,
la peur est là, bien enfermée.

Et la peine? violente, glaciale dans le cœur.
Tu saignes, tu gémis, quelle douleur,
hurlante, déchirante, et jamais ne finie.
Ton âme cherche toujours une autre vie.

Et les larmes? violentes, brûlantes dans les yeux.
je ne me souviens plus de ce que je veux.
Effondré, écroulé, enterré, je me meurs,
Les paupières lourdes comme des heures.

(Philistin Panger)


Illustration

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Ce qu’il me faut (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017




    
Ce qu’il me faut

Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques,
Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux
Des paroles du cœur, vantez la puissance,
Et la virginité des robes d’innocence,
Et les premiers aveux !

Ce qu’il me faut à moi, c’est un amour qui brûle,
Et comme un dard de feu dans mes veines circule,
Tout rempli d’alcool ;
C’est une courtisane enivrée et folâtre,
Dansant autour d’un punch à la flamme bleuâtre,
Et buvant à plein bol !

Ce qu’il me faut à moi, c’est la brutale orgie,
La brune courtisane à la lèvre rougie
Qui se pâme et se tord ;
Qui s’enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse,
Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse,
Vous étreint et vous mord !

C’est une femme ardente autant qu’une espagnole,
Dont les transports d’amour rendent la tête folle
Et font craquer le lit ;
C’est une passion forte comme la fièvre,
Une lèvre de feu qui s’attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !

C’est une cuisse blanche à la mienne enlacée,
Une lèvre de feu d’où jaillit la pensée ;
Ce sont surtout deux seins,
Fruits d’amour arrondis par une main divine,
Qui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine,
Qu’on prend à pleines mains.

Eh bien ! venez encor me vanter vos pucelles,
Avec leurs regards froids, avec leurs tailles frêles,
Frêles comme un roseau ;
Qui n’osent d’un seul doigt vous toucher,- ni rien dire,
Qui n’osent regarder et craignent de sourire,
Ne boivent que de l’eau.

Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille,
Au teint frais et si pur caché sous la mantille,
Et dans le blanc satin,
Non, dames de grand ton, en tout, tant que vous êtes,
Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes,
Un amour de catin !

(Alfred de Musset)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Alphabet (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Alphabet

Tandis que j’étais dans le froid des approches de la mort,
je regardai comme pour la dernière fois les êtres, profondément.
Au contact mortel de ce regard de glace,
tout ce qui n’était pas essentiel disparut.
Cependant je les fouaillais, voulant retenir d’eux quelque chose
que même le Mort ne pût desserrer.
Il s’amenuisèrent et se trouvèrent enfin réduits à une sorte d’alphabet,
mais à un alphabet qui eût pu servir dans l’autre monde, dans n’importe quel monde.
Par là, je me soulageai de la peur qu’on ne m’arrachât tout entier l’univers où j’avais vécu.
Raffermi par cette prise, je le contemplais invaincu,
quand le sang avec la satisfaction, revenant dans mes artérioles et mes veines,
lentement je regrimpai le versant ouvert de la vie.

(Henri Michaux)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Gao Xingjian

 

 

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