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Poésie

Posts Tagged ‘froid’

Lecture (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2022



La vie passe au-dehors
et sa vitesse est celle de la lumière.
Les deux mains sur un globe de papier transparent,
contemplant les flocons d’encre noire
qui tombent à l’intérieur,
il épouse la vitesse plus considérable encore de la lenteur.
Il regarde impassible les blocs de temps pur,
venus d’un ciel sans profondeur :
Eloge de l’immobile.
Supplique du muet.

Les noms possibles du lecteur :
Méditant par grand froid.
Mâche-le-vent.
Creuse-l’azur.
Songe-blanc.
Passeur.
Hirondelle du ras de la page.

(Christian Bobin)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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Icebergs (Louis MacNeice)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2022




    

Icebergs

Si sous les eaux les icebergs étaient capables de chaleur
Nul ne grimacerait à leurs sommets dentés,
S’élevant et plongeant sur la houle
Ils pourraient signaler que tout est pour le mieux.

Mais dans les eaux obscures les icebergs sont froids,
Aussi froids à la base que blanchis à la crête,
Et ceux qui plongent pour en avoir la preuve
Peuvent ne trouver aucun indice qui change leur opinion.

Il n’y a pas de mots sous l’eau,
Pas davantage de locutions,
De phrases, excepté celle
Qui vous informe que votre vie est terminée

Et que ce dont vous avez joui
N’était que la neuvième ou la dixième partie;
Le reste, simple claque à ceux qui osèrent supposer
Les icebergs sous l’eau capables de chaleur.

***

Icebergs

If icebergs were warm below the water
One would not wince at their jagged tops,
Lifting and dipping on the swell
They still might signal all was well.

But icebergs are cold in the dark water,
Cold their base as white their crest,
And those who dive to check the fact
Can find no signal to retract.

There are no words below the water,
Let alone phrases, let alone
Sentences – except the one
Sentence that tells you life is done

And what you had of it was a mere
Ninth or tenth; the rest is sheer
Snub to those who dared suppose
Icebergs warm below the water.

(Louis MacNeice)

Traduction de Marie Etienne

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Vieux mineur (Johannes Kühn)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2022




    
Vieux mineur

Es-tu allé dans la nuit —
je connais
la nuit, c’est de la roche.
De mes mains j’ai frappé,
des battoirs mes mains à force.
Il sont partis en fumée
les charbons que j’ai abattus,
et dans les airs
se sont dissipées les fumées,
et dans les poêles des blancs hivers
elle est morte
la chaleur.

À la place des mains des battoirs.

Mais ils ne sont pas morts
les gens dans le froid
des blancs hivers.
À l’usine, qui fumait de toutes ses cheminées,
ce que j’ai abattu
est devenu fer
il sert pour les voitures
et étayent les maisons

Habite ! vis ! tout va bien,
mes mains sont des battoirs :
pas pour rien.

***

Alter Bergmann

Bist du in der Nacht gegangen —
ich kenn
die Nacht, die Gestein ist.
Ich schlug mir die Hände zu Brettern.
Es sind verraucht
die Kohlen, die ich gebrochen,
es sind die Rauchschwaden
vergangen in Luft,
es ist in Öfen
der weißen Winter
die Wärme
gestorben.

Mir sind die Hände zu Brettern geworden.

Gestorben sind nicht die Menschen
in Kälte
der weiBen Winter.
In Fabriken, wo durch Schornsteine rauchte,
was ich gebrochen,
ist Eisen geworden,
das dient an Wagen,
als Träger in Häusern.

Wohnt! Lebt! Wie gut,
mir sind die Hände zu Brettern geworden
nicht umsonst.

(Johannes Kühn)
Traduction de Claude Vercey

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Fête achevée (Pierre Reboul)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2022



 


    
fête achevée
lampions éteints
la vacillante et froide lumière d’une luciole

(Pierre Reboul)

Recueil: Un désir de haïku
Traduction:
Editions: Le Prunier Sully

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Besoin d’être tenu (Cyril Dion)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2022




    
Besoin d’être tenu
contenu,
que d’autres peaux, d’autres mains
soulagent le lointain
la béance
besoin que les bras
les claquements de langue
les gorges déployées
repoussent le froid,
le gris,
le raide.

Besoin d’une caresse.

(Cyril Dion)

Recueil: À l’orée du danger
Traduction:
Editions: Acte Sud

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C’est un bruissement à peine (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2022




    
C’est un bruissement à peine.
Une sorte de vibration fixe
venue de là-haut ou d’en bas,
on ne sait pas.

Avec un ciel de craie
et des visages noirs à contre-jour.
Et des cris soudain, des rires.

Et des phrases qui s’en vont,
qu’on n’a pas su comprendre.
Ou qu’on a mal entendues.
Qu’on a oubliées, déjà.

Seul est resté le silence
et, très loin,
comme au bord,
ce qui ne se tait pas.

***

Et puis, oui, on est au bord.
On ne voit rien, mais on y est.
Le passé vient par bouffées.
Comme poussé par un vent violent.
Tenir, dit-il, que faire d’autre ?
La main touche la main.
Elle y sent battre le coeur.

***

On poursuit comme on peut.
Le jour est froid, le futur une brume immobile.
Rien qui en sorte, sauf peut-être une ombre venue des yeux
et qui se déplace sans jamais prendre forme.
Quant au présent,
il tient comme en équilibre sur la pointe d’un pied.

***

En attendant, lève-toi.
Ouvre les mains.
Laisse tomber ce que tu portes.
Ne garde que ta vie.
Une brassée d’air.
Et rien.

(Jacques Ancet)

Recueil: L’âge du fragment
Traduction:
Editions: AENCRAGES

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Regrets de la fin du printemps (Hyesim)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2022




    
Regrets de la fin du printemps

Papillon petit enfant tu pars butinant, les lèvres rouges de fleurs,
Loriot ami tu arrives, accueilli par les chatons du saule reverdi.
Herbes fleurs parfumées, tendresse, chaleur — événements de la maison du printemps,
Jeunes pousses de bambou comme pins et bambous — impassibles et froides.

***

(Hyesim)

 

Recueil: Ivresse de brumes, griserie de nuages
Traduction: Ok-sung / Anne Baron / Jean-François Baron
Editions: Gallimard

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Tous les jours, je rends visite (Rosa Luxembourg)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2022



Illustration
    
Tous les jours,
je rends visite
à une toute petite coccinelle
que je maintiens en vie
depuis une semaine sur une branche,
dans un chaud bandage de coton
malgré le vent et le froid ;

je regarde les nuages,
toujours nouveaux
et chaque fois plus beaux.
Et au fond, je ne me sens pas plus importante
que cette petite coccinelle.
Et dans le sentiment de cette infinie petitesse,
je me sens indiciblement heureuse.

(Rosa Luxembourg)

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Si j’étais simplement un sapin de la forêt (Nils Collett Vogt)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Si j’étais simplement un sapin de la forêt

C’est maintenant tard en automne,
l’air ne vibre plus,
l’air reste silencieux et voit
de son regard froid, bleu glacé,
les jeunes bouleaux droits,
aubes jaunes brillant
dans l’église de la forêt.

Quand vient la tempête hivernale,
toute la forêt tremble,
les cierges jaunes de l’autel
s’éteignent au premier frisson,
les feuilles s’envolent, flammèches,
l’air pâlit, et la neige tombe,-
alors les grands sapins,
comme de noirs drapeaux, murmurent
dans les salles de la forêt.

Et alors je vais en forêt,
j’écoute le murmure du vent
glisser dans les cimes vieillies,
gémir sur la montagne sombre,
si ténébreuse, là-haut.
Et je pense en moi-même :
tu n’es pas lumière terrestre
qu’éteint le premier coup de vent.

Si j’étais seulement un sapin de la forêt,
quand vient la tempête hivernale,
l’air pâlit, et la neige tombe,
les salles des forêts murmurent
comme un drapeau oscillant, loin,
guettant l’été pour reverdir !

(Nils Collett Vogt)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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Saisons brouillées (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



 

Max Gasparini - (23)

Saisons brouillées

Quand naissent les fleurs au chant des oiseaux
Ton étrange voix gravement résonne,
Et comme aux échos des forêts d’automne
Un pressentiment court jusqu’en mes os.

Quand l’or des moissons mûrit sous la flamme,
Ton lointain sourire à peine tracé
Me pénètre ainsi qu’un brouillard glacé.
L’hiver boréal envahit mon âme.

Quand saignent au soir les bois dépouillés,
L’odeur de ta main laisse dans la mienne
L’odeur des printemps d’une étoile ancienne,
Et je sombre au fond d’espoirs oubliés.

Es-tu donc un monde au rebours du nôtre
Changeant et mortel, où je vis aussi ?
Soumis à lui seul, insensible ici,
Si je meurs dans l’un, survivrai-je en l’autre ?

Je regarderai dans tes yeux ouverts
Quand viendront le froid, la neige et la pluie.
La perdrai-je encor, mon âme éblouie,
Dans tes yeux brûlants comme les déserts ?

(Léon Dierx)

Illustration: Max Gasparini

 

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