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Poésie

Posts Tagged ‘froid’

Je suis sans être (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
Je suis sans être

Je suis sans être — ailleurs quand je suis là,
partout perdu, dans la marche immobile,
dans le sommeil voyageant, voyageant.

Je me recherche et ne sais si je brûle
ou si le froid se cache sous ma cendre,
le vieux désir enfermé dans mon âtre.

M’avez-vous vu ? Je cherche, je me cherche.
Connaissez-vous ce malfaiteur ? Il vole
son propre corps à sa personne même.

Je suis dans l’être — et l’être n’est pas là.
L’identité qu’on me donne est aux autres.
Ne m’appartient qu’un reste de frayeur.

Ce que je cherche ici, c’est ma recherche,
mon petit poids d’invisible, de doute,
qui construit mon moi sans être moi.

Sois cet oiseau qui chantait la naissance
en élevant ses ailes sur le feu,
sois du néant le seul ordonnateur
et sois l’aède effaré du Pourquoi.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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La main chaude (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
La main chaude

N’enterrez pas le monde
Car il resurgirait
Dans les sèves futures.

Ma langue est une olive
Que je presse pour toi.
Une huile écrite en coule.

Si tu cueilles la soif,
J’inventerai le fruit
Pour éveiller la source.

Si je suis page vide,
Écris-moi sur ton corps.
Tu seras mon poème.

Nous voguerons sur l’aube
Et je serai ta barque,
Ta voilure et le vent.

Tu gardes le pouvoir
De me faire silence.
Berceuse de l’amour,
Je suis ton instrument.

Si le poète meurt,
L’Univers aura froid.

(Robert Sabatier)

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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J’ai froid au cœur (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



J’ai froid au cœur je tremble
du fond de la douleur je t’appelle
avec un cri inhumain
comme si j’accouchais

tu m’étrangles comme la mort
je sais cela misérablement
je ne te trouve qu’agonisant
tu es belle comme la mort

tous les mots m’étranglent

(Georges Bataille)

Illustration: Fernand Khnopff

 

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Un lierre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017




    
Un lierre va d’arbre en arbre
sans craindre le froid de l’hiver
Il connaît tous les coins de ciel
où le printemps se prépare

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Tout dire (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



 

Martin Jarrie méduse3copie73

Tout dire

Le tout est de tout dire, et je manque de mots
Et je manque de temps, et je manque d’audace
Je rêve et je dévide au hasard mes images
J’ai mal vécu, et mal appris à parler clair.

Tout dire les roches, la route et les pavés
Les rues et leurs passants les champs et les bergers
Le duvet du printemps la rouille de l’hiver
Le froid et la chaleur composant un seul fruit

Je veux montrer la foule et chaque homme en détail
Avec ce qui l’anime et qui le désespère
Et sous ses saisons d’homme tout ce qui l’éclaire
Son espoir et son sang son histoire et sa peine

Je veux montrer la foule immense divisée
La foule cloisonnée comme un cimetière
Et la foule plus forte que son ombre impure
Ayant rompu ses murs ayant vaincu ses maîtres

La famille des mains, la famille des feuilles
Et l’animal errant sans personnalité
Le fleuve et la rosée fécondants et fertiles
La justice debout le pouvoir bien planté

(Paul Eluard)

Illustration: Martin Jarrie

 

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La noce de misère (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



La noce de misère

La fille du moujik apprête sa couronne
(Une couronne à quatre fleurs).
Elle fait son bouquet au matin qui frissonne.
Et le bouquet a quatre fleurs,
Quatre fleurs aux faibles couleurs.

Celles de la couronne ont pour noms la Misère,
La Maladie et le Chagrin,
Et la Fatalité; ses autres, peine amère,
Le Travail, la Douleur, la Faim.
Elle tient son bouquet en main.

Mais la Fatalité s’irradie en aurore,
Le froid l’a prise sur le seuil;
Il la glace pendant que la chanson sonore
En riant la donne au cercueil.
La vie eût été plus grand deuil.

La fille du moujik avec sa robe blanche
Et la couronne aux quatre fleurs
Dort en paix dans la fosse où le tilleul se penche,
Le tilleul aux rameaux rêveurs
Qui sur elle s’effeuille en pleurs.

(Louise Michel)


Illustration

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Me dire à moi (Coplas Poèmes Andalous)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2017



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Me dire à moi de t’oublier
c’est prêcher dans le désert,
c’est marteler un fer froid,
et causer avec les morts.

(Coplas Poèmes Andalous)

 

Recueil: Coplas Poèmes de l’amour andalou
Traduction: Guy Lévis Mano
Editions: Allia

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Des chats errants (Atsuo Nasu)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



chats -4

Des chats errants
courent comme des fous —
Fin des grands froids

(Atsuo Nasu)

 

 

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La faim (Jean l’Anselme)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



La faim

On a beau se dire
que Demain sera beau
et l’Avenir meilleur
si on est boulonneur.
Quand maigre comme un clou
et que le froid vous pince
à vous en faire faire « Aïe ! »
y a de quoi devenir marteau
quand la faim vous tenaille.

(Jean l’Anselme)

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Blonde au froid coloris (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Alexey Steele
    
Blonde au froid coloris

Blonde au froid coloris, perverse et virginale,
Toi qui, dans la moiteur des nuits de bacchanale,
Mêles des lys meurtris à tes cheveux défaits,
Tu n’aimes que les lits de paresse et de paix,

La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Et j’ignore pourquoi, dans un silence amer,
Tu me livres l’ennui languissant de ta chair.

Compagne au front distrait de ma lugubre couche,
Tu me livres l’ennui languissant de ta bouche,
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés…

La neige qui fleurit les monts immaculés
Est moins froide à frôler que ta pâle luxure.
Oh ! Le charme et l’horreur de ta blancheur impure !

(Renée Vivien)

 

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