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Posts Tagged ‘froideur’

Dans la froideur du matin (Sôseki)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2019



Dans la froideur du matin
Mes os sont vivants
Je reste immobile

(Sôseki)

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Regarde (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Regarde, des anges diffusent à travers l’espace
leurs sentiments qui ne cessent jamais.
Notre incandescence leur serait froideur.
Regarde, des anges rougeoient à travers l’espace.

Cependant qu’à nous, qui n’en savons rien d’autre,
tantôt une chose se refuse, tantôt une autre échoit en vain,
eux marchent, enthousiasmés par ce qu’ils ont à accomplir,
à travers leur domaine pleinement achevé.

***

Siehe. Engel fühlen durch den Raum
ihre unaufhörlichen Gefühle.
Unsre Weißglut wäre ihre Kühle.
Siehe, Engel glühen durch den Raum.

Während uns, die wirs nicht anders wissen,
eins sich wehrt und eins umsonst geschieht,
schreiten sie, von Zielen hingerissen,
durch ihr ausgebildetes Gebiet.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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C’était tiède – au début – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


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C’était tiède – au début – comme Nous –
Puis peu à peu s’y déposa
Une Froideur – de givre sur la Vitre –
La scène entière – s’effaça –

Le Front imita la Pierre –
Les Doigts s’engourdirent –
Et comme un Ruisseau sous les Glissades –
Les yeux alertes – se figèrent –

Il se raidit – et ce fut tout –
Entassa Froide sur Froid –
Multiplia l’indifférence –
Fort de son seul Orgueil –

Et même lorsqu’avec des Cordes –
On le descendit, tel un Poids –
Sans un Signe, sans hésitation,
Comme un Roc il s’abîma.

(Emily Dickinson)

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Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne,
Ô vase de tristesse, ô grande taciturne,
Et t’aime d’autant plus, belle, que tu me fuis,
Et que tu me parais, ornement de mes nuits,
Plus ironiquement accumuler les lieues
Qui séparent mes bras des immensités bleues.

Je m’avance à l’attaque, et je grimpe aux assauts,
Comme après un cadavre un chœur de vermisseaux,
Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !
Jusqu’à cette froideur par où tu m’es plus belle !

Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne.

(Charles Baudelaire)

 Illustration: Christian Schloe 

 

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Toi qui m’as tout repris… (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Carrie Vielle (9) [1280x768]

Toi qui m’as tout repris…

Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
C’est là que sans fierté je me révèle encore.
Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !

Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
Une part de toi-même aura fui l’univers.
Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.

Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
Pour t’oublier, viens voir ! … qu’ai-je dit ? Vaine étude,
Où la nature apprend à surmonter ses cris,
Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
Et la fatigue endort jusqu’au malheur.

Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

 

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Franchises vénéneuses (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Franchises vénéneuses
salutaires mensonges
subtilités sauvages
agressives patiences
pardons impitoyables
dévorants aliments
nourrissantes morsures
baisers qui font saigner
aveux qui font mystère

Si rugueuses tendresses
si donnantes conquêtes
si riantes rigueurs
si douces cruautés
si ferventes froideurs
et si fraîches brûlures
qu’on ne sait pas
entre ombre et jour
entre supplice et volupté
où naît et meurt l’amour

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma vivante statue (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration
    
Ma vivante statue
plus vivante que moi

parce qu’un peu de vous
a trouvé dans la pierre
son refuge
mes mains se plaisent
à la caresse

et je m’éprends de votre froideur

jusqu’à entendre de vos lèvres
le chant de celle qui s’abandonne.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Invitation au voyage (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Invitation au voyage

Sur les rythmes discrets
Des ondes ancestrales,
Que ne puis-je, fillette, emporter tous tes traits!
Tes beautés idéales!
De loin s’en vient la vague au murmure assourdi
Qu’on entend jusqu’ici.

Cernant ton ombre douce
Au contour éthéré,
Le clapotis imprime une faible secousse

A mon bateau paré.
Et le port virginal de la beauté lointaine
M’ouvre grand son domaine.

Viens, montre-moi ton art.
Ta grâce et ton jeune âge
Puissent-ils embellir pour une large part
Son céleste rivage!
Son rempart, fléchis-le de ton regard câlin.
Fais qu’il soit moins hautain.

Viens. Vois, sur notre route,
Le phare incandescent
De mon rêve irisé, superbe… que j’écoute…
Quand, mon désir naissant,
Son éclat argenté tâche de te rejoindre…
Le soir. Viens. Sans rien craindre.

Pourquoi donc rester là?
Tu viens ou je t’enlève.
Pourquoi donc différer? Décide-toi. Suis-moi.
Ma volonté, sans trêve,
Se jouera de l’écueil de ta sotte pudeur,
Dissoudra ta froideur.

(Attila Jozsef)


Illustration: Antoine Watteau

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CE CORPS DE MORT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




CE CORPS DE MORT

Pardonné, purifié, de tout ce
Moi, que peut-il demeurer ?
De cet être formé
Pour et par le péché ?
Comment ces mains pourraient-elles être miennes,
Façonnées par tout le mal que j’ai fait,
La vie prise à des créatures,
Les coups donnés, les choses délicates brisées,
Frappées avec violence, les tissus végétaux déchirés,
Un autre être vivant touché avec rudesse —
Façonnées par la cruauté sans trêve de toute vie,
Pardonnées, ces mains devront mourir.

Pardonné, comment ce visage
Que la peur et la froideur,
L’aveuglement sans amour, la fatigue inquiète
Ont marqué, ont ridé,
Ces traits formés et composés
Par la futile indifférence,
La mesquinerie changeante et la violence cachée,
Comment ce visage pourrait-il être béni,
Qui porte témoignage d’une vie mal vécue ?

Chaque créature est la signature de ses actes.
La mouette pique de haut, façonnée par le vent et la faim,
Les yeux, le bec fouailleur et les fortes ailes blanches
Avivés, affilés, rendus beaux et puissants par le vent et par l’eau,
Les cris et les battements d’ailes murmurent la vérité
sacrée de son être.
L’homme agit mal : seul pur le chant
Issu des lèvres de l’amour, et le cri muet
Quand la douleur raille l’humain qui est en nous.

***

THIS BODY OF DEATH

Forgiven and made pure, what of all this
Self could remain?
This person formed
For sin, by sin?
How could these hands be mine,
Shaped as they are by all the ill I have done,
Life of creatures taken,
Blows given, delicate things broken,
Struck violently, green textures torn,
Another living being touched ungently-
Shaped as they are by all life’s restless cruelty,
Forgiven, these hands must die.

Forgiven, how could this face
That fear and coldness,
Unloving blindness, anxious weariness
Have marked and lined,
These features formed and framed
By trivial indifference,
Unstable pettiness and latent violence,
How could this face be blessed,
Bearing its record of a life lived amiss?

Each creature is the signature of its action.
The gull swoops, shaped by wind and hunger,
Eyes and scavenging beak, and strong white wings
Turned to a fine edge of beauty and power by wind and
water.
Scream and wing-beat utter the holy truth of its being.
Man acts amiss: pure only the song
That breaks from the lips of love, or the wordless cry
When grief or pain makes mock of all that is human in us.

(Kathleen Raine)

 

 

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C’était tiède – au début – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



C’était tiède – au début – comme Nous —
Puis peu à peu s’y déposa
Une Froideur – de givre sur la Vitre –
La scène entière – s’effaça.

Le Front imita la pierre –
Les Doigts s’engourdirent –
Et comme un Ruisseau sous les Glissades –
Les yeux alertes – se figèrent –

Il se raidit – et ce fut tout –
Entassa Froid sur Froid –
Multiplia l’indifférence –
Fort de son seul Orgueil –

Et même lorsque avec des Cordes –
On le descendit, tel un Poids –
Sans un Signe, sans une hésitation,
Comme un Roc il s’abîma.

***

‘Twas warm – at first – like Us –
Until there crept opon
A Chill – like frost opon a Glass –
Till all the scene – be gone.

The Forehead copied stone –
The Fingers grew too cold
To ache – and like a Skater’s Brook –
The busy eyes – congealed –

It straightened – that was all –
It crowded Cold to Cold –
It multiplied indifference –
As Pride were all it could –

And even when with Cords –
‘Twas lowered, like a Weight –
It made no Signal, nor demurred,
But dropped like Adamant.

(Emily Dickinson)


Illustration: Egon Schiele

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