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Poésie

Posts Tagged ‘frôlement’

PRESCIENCES (Camille Mauclair)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



PRESCIENCES

Il y a des sourires sur la mer,
Et sur le sable des sourires laissés…
J’entends des frôlements de lumière,
Et des présences ont passé.

Une lune au ciel de cendre
Hésite comme un arpège
Qui va soupirer et descendre
En frisson d’or sur de la neige…

Ce n’est pas encor l’aurore,
Ce n’est déjà plus la nuit,
C’est un accord presque incolore,
Un mystère éclos sans bruit.

J’attends celles qui s’en allèrent,
J’oublie ceux qui vont venir…
Je suis seul au bord de la mer,
Plein de présences et d’absences…

(Camille Mauclair)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Le silence des forêts est fait de murmures (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018




    
— Le silence des forêts est fait de murmures
de plaintes, de sanglots de larmes et de cris
des femmes convoitées qui y trouvaient refuge,
des hommes pourchassés qui défendaient leurs terres,

Le silence des forêts est fait de messages
transmis aux nouveau-nés par les sages inspirés,
qui annonçaient la bienveillance des astres,
où les assauts de forces invisibles, hostiles,

Le silence des forêts est fait de paniques,
des multiples chants des oiseaux innombrables,
de l’envol des rapaces fondant sur leur proie,
du lent écoulement des pluies sur les fougères,

Le silence des forêts est fait de l’écho,
du frôlement des branches, des cris des rongeurs,
de la chute des bogues sur les feuilles mortes,
de la fuite des biches effrayées par le vent ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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La chanson du fuseau (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

Illustration: Gustave Courbet

La chanson du fuseau

La vitre est d’or parmi la brume;
Auprès de l’âtre qui l’enfume,
Assise sur son escabeau
Et dans l’art des chansons savantes,
File la vieille servante.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

“N’avais-je pas, amant champêtre,
Gravé à l’écorce d’un hêtre
Le nom de Lise? – O noir tombeau,
A cette heure sois mon asile
Puisque d’elle le sort m’exile!”
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

La voix du passé qui radote
S’embrouille incertaine et falote,
Car la lessive est au cuveau
D’où tombent des gouttes tenaces,
Récit dolent que rien ne lasse.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Dans le brouillard rouge qui flotte,
La voix intimement chuchotte
Un fantastique fabliau,
Des landiers d’où le feu s’élance,
De l’horloge et de la crédence.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Frôlements doux d’ailes plaintives,
Des voix palpitent aux solives:
Chants d’amour, rythmes de berceau,
Sanglots près des lits mortuaires,
Baisers qui ferment des paupières.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Mais, lointaines musiciennes,
Se fanent “les voix anciennes”.
(Le temps fuit comme un passereau!)
Dans un bourdonnement de ruche
S’effondre la dernière bûche.
– Tourne encor, tourne mon fuseau! –

A côté de la cendre éteinte,
Plus vague la lessive tinte;
La lune blémit au carreau
Et près du foyer, sans lumière
Dort la spectrale filandière,
Dort en oubliant son fuseau.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le brouillard indolent de l’automne (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017




    

Le brouillard indolent de l’automne est épars…
Il flotte entre les tours comme l’encens qui rêve
Et s’attarde après la grand-messe dans les nefs ;
Et il dort comme un linge sur les remparts.

Il se déplie et se replie. Et c’est une aile
Aux mouvements imperceptibles et sans fin ;
Tout s’estompe ; tout prend un air un peu divin ;
Et, sous ces frôlements pâles, tout se nivelle.

Tout est gris, tout revêt la couleur de la brume :
Le ciel, les vieux pignons, les eaux, les peupliers,
Que la brume aisément a réconciliés
Comme tout ce qui est déjà presque posthume.

Brouillard vainqueur qui, sur le fond pâle de l’air,
A même délayé les tours accoutumées
Dont l’élancement gris s’efface et n’a plus l’air
Qu’un songe de géométrie et de fumées.

(Georges Rodenbach)

 

Recueil: Le Miroir du ciel natal

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Les allées du jardin, une à une, sortent de l’ombre (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



Les allées du jardin, une à une, sortent de l’ombre,
et le premier oiseau et la première abeille
Encore mal dégagés de la chevelure des ténèbres et des rumeurs
Dans leur vol liquide se cognent contre les étoiles et les fleurs.
Poète, à mon métier, tandis que se défait l’immense toile d’araignée céleste,
la page du cahier où je travaille et que j’oubliais sur l’écritoire
Fut un miroir à son dernier quartier où toute la nuit s’est penchée, où vinrent boire,
Écartant les souffles lascifs des roseaux, les bêtes nocturnes, la source nue
Et je n’ai, sur le calque de leurs traces, qu’à repasser à l’encre par-dessus.

J’écris avec les pattes des lièvres qui n’ont cessé de courir dans les prés,
Avec le frôlement de la sauvagine et des astres,
et tout ce qu’ils auront à me dire je ne le saurai que bien après.
J’écoute la joie de vivre et de sentir battre un cœur universel dans ma poitrine.
Et l’aube me reçoit debout, pasteur des mots,
comme un à qui l’on confia un troupeau et qui se réveille le gardien des collines.

(Jean Malrieu)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

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Chair des Choses (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Chair des Choses

JE possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix.
L’harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant.
C’est alors que je sais ce qu’elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries,
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtris
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où l’on plonge les mains,
Et l’odorant secret des belles chevelures
Où la brise du soir effeuilla des jasmins.

Semblables à ceux-là qui viennent des voyages,
Mes doigts ont parcouru d’infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m’ont prophétisé d’obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois…
Chair des choses ! j’ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts…

(Renée Vivien)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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Sur le pas de l’informe (Maurice Benhamou)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Sur le pas
de l’informe
là où n’existe
que du proche

où chaque seconde
vous entre dans le sang

le frôlement
d’adieu.

Non à ce qui s’éloigne.
A ce qui vient si près, si
près de moi
que je ne sais plus
qui l’adresse.

(Maurice Benhamou)

 

Recueil: Tréfonds du Temps
Editions: Unes

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Chaque poème espère quelqu’un (Stéphane Bouquet)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



chaque poème espère quelqu’un,
est la patiente diction de l’attente,
chaque poème émet le vœu de contenir.

Quelqu’un donc : je voudrais qu’un poète, ou même un poème seulement,
me soit une sensation aussi douce, aussi frôlement de paume,
un sentiment pareil au coiffeur très beau (algéro-vietnamien) dont je sors,
et qui me protégea les yeux d’une main pour leur éviter l’air chaud du sèche-cheveux.
Je ne dis pas qu’un tel poème n’existe pas, heureusement, de temps à autre.

(Stéphane Bouquet)

Illustration

 

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LE BAISER (P. Brunesœur)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration: Oleg Zhivetin
    
LE BAISER

I
Un baiser…, c’est bien peu de chose !
A peine un frôlement de rose,
Un souffle venant effleurer.
Pourtant quand ta bouche, en caresse.
Mit sur mes lèvres cette ivresse,
Mon cœur se prit à t’adorer.

II
Ce baiser, cependant si mièvre.
Brûle mon âme d’une fièvre
Que toi seule peux apaiser.
Ah ! prends en pitié mon martyre,
Rends-moi le bien auquel j’aspire :
De ta bouche un second baiser.

III
Fais-le doux, ô ma bien-aimée,
Que ton haleine parfumée
Me fasse vivre, refleurir.
Que ce soit ma dernière aurore,
Si je puis m’enivrer encore
De ton baiser, jusqu’à mourir.

(P. Brunesœur)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Les rêves (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



Max Szoc Leuven -P

Les rêves

Le visage de ceux qu’on n’aime pas encor
Apparaît quelquefois aux fenêtres des rêves
Et va s’illuminant sur de pâles décors
Dans un argentement de lune qui se lève.

Il flotte du divin aux grâces de leur corps
Leur regard est intense et leur bouche attentive ;
Il semble qu’ils aient vu les jardins de la mort
Et que plus rien en eux de réel ne survive.

La furtive douceur de leur avènement
Enjôle nos désirs à leurs vouloirs propices,
Nous pressentons en eux d’impérieux amants
Venus pour nous afin que le sort s’accomplisse ;

Ils ont des gestes lents, doux et silencieux,
Notre vie uniment vers leur attente afflue :
Il semble que les corps s’unissent par les yeux
Et que les âmes sont des pages qu’on a lues.

Le mystère s’exalte aux sourdines des voix,
À l’énigme des yeux, au trouble du sourire,
À la grande pitié qui nous vient quelquefois
De leur regard, qui s’imprécise et se retire…

Ce sont des frôlements dont on ne peut guérir,
Où l’on se sent le coeur trop las pour se défendre,
Où l’âme est triste ainsi qu’au moment de mourir ;
Ce sont des unions lamentables et tendres…

Et ceux-là resteront, quand le rêve aura fui,
Mystérieusement les élus du mensonge,
Ceux à qui nous aurons, dans le secret des nuits,
Offert nos lèvres d’ombre, ouvert nos bras de songe.

(Anna de Noailles)

Illustration: Max Szoc Leuven

 

 

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