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Poésie

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La fille venue d’ailleurs (Friedrich Schiller)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2022



La fille venue d’ailleurs

Jadis dans une vallée, chez de pauvres bergers,
Paraissait, dès l’année nouvelle
Et les premiers babils des alouettes,
Une fille, merveilleuse et belle.

Elle n’était point de la vallée,
On ne savait d’où elle venait,
Et, dès qu’elle avait pris congé,
Bien vite on reperdait sa trace.

L’approcher rendait bienheureux
Et tous les coeurs se dilataient,
Mais une dignité, une sorte de grandeur
Empêchaient qu’on fût familier.

Elle apportait des fleurs, des fruits
Mûris dans une autre campagne,
Sous le soleil d’un autre ciel,
Dans une nature plus heureuse.

Et faisait un don à chacun,
À l’un des fruits, des fleurs à l’autre,
Jeune homme ou vieillard marchant mal,
Chacun rentrait chez lui comblé.

Tout hôte était le bienvenu,
Mais quand venaient des amoureux,
Ils avaient la meilleure offrande,
La plus belle fleur était pour eux.

***

Das madchen aus der fremde

In einem Tal bei armen Hirten
Erschien mit jedem jungen Jahr,
Sobald die ersten Lerchen schwirrten,
Ein Mädchen, schön und wunderbar.

Sie war nicht in dem Tal geboren,
Man wusste nicht, woher sie kam,
Und schnell war ihre Spur verloren,
Sobald das Mädchen Abschied nahm.

Beseligend war ihre Nähe,
Und aile Herzen wurden weit,
Doch eine Würde, eine Höhe
Entfernte die Vertraulichkeit.

Sie brachte Blumen mit und Früchte,
Gereift auf einer andern Flur,
In einem andern Sonnenlichte,
In einer glücklichern Natur.

Und teilte jedem eine gabe,
Dem Früchte, jenem Blumen aus,
Der Jüngling und der Greis am Stabe,
Ein jeder ging beschenkt nach Haus.

Willkommen waren aile Gäste,
Doch nahte sich ein liebend Paar,
Dem reichte sie der Gaben beste,
Der Blumen ailerschönste dar.

(Friedrich Schiller)


Illustration: Edvard Munch

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PLÉNITUDE (Rina Lasnier)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2021



Gaële Flao  652 [800x600]

PLÉNITUDE

Le jour est un fruit de septembre
Doré comme le pampre du maïs enflé
Qu’on suspend au clou de la grange
Et la sève se repose sur ses cendres.

L’homme rit sous un chapeau de sommeil,
La femme sait que son sein est un boisseau
Sur la paix grasse des glanures, lève
La moisson mobile des étourneaux.

(Rina Lasnier)

Illustration: Gaële Flao

 

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DANS L’IMMOBILITÉ (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2021



Illustration: Erich Heckel
    
DANS L’IMMOBILITÉ

Juste deux flancs nus et ailleurs une tête
ou un sein de pierre. Mais dans l’immobilité
le même souffle, le même corps, cet absolu
qui respire et prépare en des mains
pacifiques l’or et les fruits du feuillage.
On dirait que l’épars et le fugace
se réunissent dans ses bras lumineux.
Et il monte dans la lueur d’un songe, mais le songe
est la transpiration de la terre. Son regard
voit le soleil comme un bateau sous les arbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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DANS L’IMMOBILITÉ (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2021



Illustration: Vincent Van Gogh
    
DANS L’IMMOBILITÉ

Juste deux flancs nus et ailleurs une tête
ou un sein de pierre. Mais dans l’immobilité
le même souffle, le même corps, cet absolu
qui respire et prépare en des mains
pacifiques l’or et les fruits du feuillage.
On dirait que l’épars et le fugace
se réunissent dans ses bras lumineux.
Et il monte dans la lueur d’un songe, mais le songe
est la transpiration de la terre. Son regard
voit le soleil comme un bateau sous les arbres.

(António Ramos Rosa)

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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LA CLARTÉ (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2021




    
LA CLARTÉ

C’est la clarté qui palpe soudain le corps aveugle,
l’ouvre et le dissout. Et la langue prononce
l’écume et la danse lumineuse. Ce sont les flammes de la terre,
les gorges d’ombre, les veines vertes.
Toute la vie visible dans le silence qui respire,
et dans les allées les caresses traversées par les oiseaux.
Quel est celui qui dort parmi les fruits et les fleurs,
qui rit dans une demeure claire et scintillante
et se sent construit et dédoublé,
et rien d’autre que la volupté qui le soulève
dans la blancheur de l’espace où les éléments se joignent,
et où tout est le caprice d’un seul souffle clair ?

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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PARIS SANS TOIT, PARIS SANS TOI (Morgane Rozier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021




PARIS SANS TOIT, PARIS SANS TOI

Paris sans toit, Paris la nuit,
Vole les étoiles une à une,
Ne laissant aux cieux que la lune.
Et jusqu’au matin Paris luit,
Paris joue, s’exhale en délices :
Billards enfumés, pianos-bars,
Paris secret des boulevards,
Entrevu par ton interstice…

Paris sans toit, fin de la nuit,
Le creux de jolies cernes brunes
À un baiser a servi d’urne.
Le temps a un goût de litchi.
Le silence soudain se hisse
Face au jour tel un étendard
Murmurant qu’il n’est pas trop tard
Pour que dans tes bras je me glisse.

Paris sans toi, sans jour ni nuit,
N’est plus que relents d’amertume :
Fleur inachevée se consume,
S’étiole la saveur d’un fruit
Trop tôt cueilli. Un long supplice…
Un coeur cloué avec un dard,
Mais cette fois il est trop tard.
N’étais-je à tes yeux qu’un caprice ?

(Morgane Rozier)

Illustration

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Chant d’insomnie (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2021



Illustration: Georges Braque   
    

Chant d’insomnie :

Amour hélant, l’Amoureuse viendra,
Gloria de l’été, ô fruits !
La flèche du soleil traversera ses lèvres,
Le trèfle nu sur sa chair bouclera,
Miniature semblable à l’iris, l’orchidée,
Cadeau le plus ancien des prairies au plaisir
Que la cascade instille, que la bouche délivre.

(René Char)

 

Recueil:Lettera amorosa
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE HOUX (Herri Gwilherm Kèrourédan)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2021



LE HOUX

le houx flagelle les pluies
chute du fruit dans les bois
un frémissement de détresse

le front nu contre le tronc
lève des nuées d’insectes
et le choc d’un bec taraude

ce suaire de granit
dévidé de seuil en seuil

(Herri Gwilherm Kèrourédan)

 

 

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UN ARBRE A MOI (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2021



UN ARBRE A MOI

J’ai eu un arbre dans le temps
Branchages feuillages m’avaient élu
Ses fruits étaient plus savoureux que tout autre
Il était secourable à l’enfance
A mes maladroites inexpériences
Et tendait ses fourches ses basses branches
Avec bien des générosités
Là-haut j’ai rêvé mes premières traversées
Et pour peu qu’un brin de vent m’inventait la mâture
J’étais parti pour la gloire des navigations
Dans le roulis berceur des fins de saison
Parfois j’ai attendu que le soir tombe
Pour redescendre à ceux d’en-bas
Et même je me souviens l’avoir rejoint de nuit
Pour guetter dans les houles noires
Et m’enivrer à peu de frais
De nostalgies bâties de toutes pièces

(Robert Momeux)


Illustration

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Vivez (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021


 


Duy Huynh 1c [1280x768]

Vivez à grands coups de faucille
Vivez à grands coups de marteau
Vivez à petits coups d’aiguille
Vivez à grands coups de ciseaux
Vivez à bois à pierre à chaux

Pour la fête des moissons
Les arbres brisés seront beaux

Les branches nouvelles s’étendent
Montrant l’espace à respirer

Montrant le monde libre où vivre
Sans entraves jusqu’aux lointains

La sève élève l’avenir
A la hauteur des plus beaux rêves

Faisons des fleurs la part des tombes
Que l’autre part donne ses fruits

(Ernest Delève)

Illustration: Duy Huynh

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