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Poésie

Posts Tagged ‘fugace’

Lors votre main éprouvait le clavier (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Lors votre main éprouvait le clavier,
sur le feuillet vos yeux lisaient
les impossibles signes; et brisé en était
chacun des accords, voix de deuil.

Je compris qu’autour tout s’attendrissait
vous voir entravée, désarmée, ignorante
du plus vôtre langage; et la clarté des eaux
par-delà les fenêtres mi-closes en bruissait.

Dans le carré d’azur une fugace danse
de papillons passa; au soleil s’agita un feuillage.
Des choses toutes proches, aucune ne trouvait ses paroles,
et mienne, et nôtre était votre douce ignorance.

***

Tentava la vostra mano la tastiera,
i vostri occhi leggevano sul foglio
gl’impossibili segni; e franco era
ogni accordo come una voce di cordoglio.

Compresi che tutto, intorno, s’inteneriva
in vedervi inceppata inerme ignora
del linguaggio piû vostro : ne bruiva
oltre i vetri socchiusi la marina chiara.

Passò nel riquadro azzurro una fugace danza
di farfalle; unafronda si scrollò nel sole.
Nessuna cosa prossima trovava le sue parole
ed era mia, era nostra, la vostra dolce ignoranza.

(Eugenio Montale)


Illustration

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ECCE HOMO (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020




    

ECCE HOMO

Tout ce qu’on voit est le jeu des reflets
De la grande, incertaine vérité,
Voilée, dévoilée, celle qu’on arrache
A l’infiniment fugace infini.

Mais chacun prend l’attitude qu’il peut,
Volant, couché, se dressant, accoudé
Sur le rocher, orgueilleux ou petit,
Pour contempler ou l’azur ou l’abîme.

Au loin les éperviers tournent et guettent
Et dans l’eau veillent les requins agiles,
Pendant qu’impassible un soleil éclaire
Le monde tordu par tant de tempêtes.

Mais tu es l’homme Et, là-haut, tu dois rompre,
Parmi les loups, un rameau d’olivier
Chargé de fleurs qui appellent la paix.
A toi de décider ce que tu fais.

(Mihai Beniuc)

 

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Je me rappelle — instant de grâce (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2020




    
Je me rappelle — instant de grâce :
Quand tu parus à mes côtés,
Je fus saisis, — vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Dans la langueur désespérante,
Dans le fracas des vanités,
Longtemps vibra ta voix pressante,
Longtemps, tes traits m’ont habité.

Les ans passèrent. Dans l’orage
Mes rêves furent emportés,
Et j’ai perdu ta douce image,
Ta voix pressante m’a quitté.

Claustrés au fond d’un lourd silence,
Paisiblement passaient mes jours,
Sans poésie, sans transcendance,
Sans vie, sans larmes, sans amour.

Mais l’âme a retrouvé la grâce,
Tu reparais à mes côtés,
Divinité, vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Et, de nouveau, la renaissance,
Et la lumière est de retour —
La poésie, la transcendance,
La vie, les larmes et l’amour.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Je crie (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Illustration: France Mondello
    
Je crie
J’écris

Mes mots n’y sont pour personne

Envolés
Bouquet fugace

Durs et affilés
Jetés comme des pierres
Dans les jardins stériles

Ils s’accrochent
Les uns derrière les autres
Wagons dépareillés

Ni en train
Ni en phrase

Comment écrire les cris

(Josée Tripodi)

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LES NUAGES PASSENT (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



LES NUAGES PASSENT

Je n’écrirai plus rien aujourd’hui…
Un peu de vin, une cigarette…
Et passent les heures de midi
Telles de fugaces silhouettes…

Ce qui est important, c’est ceci,
Que toujours, par toute la planète,
S’écoulent les heures de midi
Telles de fugaces silhouettes…

(George Bacovia)

 

 

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Couleur (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

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Couleur, qu’un instant la fumée
prend au soleil qui la traverse :
ô ma vie, ô ma vie,
fugace et colorée !

***

¡Color que, un momento, el humo
toma del sol que lo pasa;
vida mía, vida mía,
fugaz y coloreada!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration

 

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La mésange (Frédéric Kiesel)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Venue manger dans ma paume une noix
La fugace mésange
Pèse si peu sur mes doigts:
Une craintive seconde, le poids
De l’âme libre ou d’un ange.

(Frédéric Kiesel)

Illustration

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L’AUTRE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



 

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L’AUTRE

Mon autre
Mon semblable
En cette chair
Qui nous compose
En ce coeur
Qui se démène
En ce sang
Qui cavalcade
En ce complot
Du temps
En cette mort
Qui nous guette
En cette fraternité
De nos fugaces vies
Mon semblable
Mon autre
Là où tu es
Je suis.

(Andrée Chedid)

Illustration: Ai Xuan

 

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Communiquons (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018




    
Communiquons, par la lumière, avec le fugace.
Organisons la fugacité.
Recherchons l’acquiescement qui nous lie
à la béance du Beau primitif.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il est des créatures (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Il est des créatures dont le regard
Est si altier qu’il soutient le soleil.
D’autres, que fait souffrir trop de lumière,
Ne sortent de leur antre que vers le soir.

Et d’autres, les insensées, qui ont désir
De jouir de la flamme, puisqu’elle brille.
Celles-là, c’est son autre vertu qui les consume.

Hélas, je suis de cet essaim fugace.
Car je ne puis affronter la lumière
De cette dame, et non plus ne sais faire
Un écran des lieux sombres, des crépuscules.

En dépit de mes yeux meurtris et pleins de larmes,
Je n’ai de vie qu’à chercher à la voir,
Et je sais que je cours à ce qui me brûle.

***

Son animali al mondo de si altera
vista che ‘ncontra ‘l sol pur si difende;
altri, perb che ‘l gran lume gli offende,
non escon fuor se non verso la sera;

et altri, col desio folle che spera
gioir forse nel foco, perché splende,
provan l’altra verni, quella che ‘ncende:
lasso, e ‘l mio loco è ‘n questa ultima schera.

Ch’i’ non son forte ad aspectar la luce
di questa donna, et non so fare schermi
di luoghi tenebrosi, o d’ore tarde:

perb con gli occhi lagrimosi e ‘nfermi
mio destino a vederla mi conduce;
et so ben ch’i’ vo dietro a quel che m’arde.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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