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Poésie

Posts Tagged ‘fugitif’

RENCONTRES (Herri Gwilherm Kèrourédan)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2021



RENCONTRES

I

dites-nous si les fleurs extasiées
furtives douces sous la lune
veillent ou somnolent dans vos doigts

jeunes filles sur vos lèvres peintes
retenez l’appel de nos ombres
fugitives au milieu des fleurs

II

l’océan — une barque dans le soleil du soir
quelques dessins légers sur les sables
des mains prises dans un galet creux
viennent les houles le ciel nu et l’ombre des bras

III

voici que se brise le jour
sur les rives de nos rencontres

ouvrez votre paume à l’oiseau
sans un repos son vol se meurt

effleurez à peine la terre
d’un geste de danseuse vague

enfant étroite de la nuit
dans les plis froids de nos baisers

(Herri Gwilherm Kèrourédan)

Illustration: Myrtille Henrion Picco

 

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LA GRÂCE DE L’INSTANT (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2021



LA GRÂCE DE L’INSTANT

Quand le jour s’immobilise
Quand muet le soleil pose ses ombres bleues
A peine l’herbe encore un peu bouge frémit
Et le vent retient son souffle
Une femme apparaît alors dans le sentier
Grande grave elle emplit toute l’étendue
Elle se tait elle a les yeux ouverts
Ou bien c’est un oiseau qui vient de loin
Il ne fait que passer
Et l’on ne sait les distinguer dans la lumière
On ne sait pas lequel est le plus vrai
Femme ou oiseau c’est même image dans le songe
Un glissement dans l’air un mouvement sans bruit
Comme un geste d’appel
Comme un serment enfin tenu
Dans le temps fugitif qui voudrait bien s’asseoir
Enfin un peu dans le prodige de l’instant

(Robert Momeux)


Illustration

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Quand rapidement elle passa près de moi (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2021




    
Quand rapidement elle passa près de moi, le bout de sa robe me frôla.
Comme d’une île inconnue vint de son coeur une soudaine et chaude brise de printemps.
Un souffle fugitif me caressa, et s’évanouit, tel s’envole au vent le pétale arraché à la fleur.
Il tomba sur mon coeur comme un soupir de son corps et un murmure de son âme.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil:Le jardinier d’amour La jeune Lune
Traduction: Mme Sturge Moore
Editions: Gallimard

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LE CHANSONNIER (extrait) (Lorenzo De Medici)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2021



Illustration: Anders Zorn
    
LE CHANSONNIER (extrait)

Cherche qui veut les grands honneurs, les pompes,
Les hauts monuments, les places, les temples,
Les plaisirs, les trésors, accompagnés
De cent dures pensées, de cent douleurs.

Un petit pré vert, plein de belles fleurs,
Un ruisselet, qui arrose l’herbette,
Un oiselet, que fait Amour se plaindre,
Peuvent bien mieux apaiser mes ardeurs,

Et les bois ombreux, les rocs, les hauts monts,
Les antres noirs, les bêtes fugitives,
Avec quelque jolie nymphe craintive.

Là-bas je vois en mes pensées errantes
Les beaux yeux tels que s’ils étaient vivants;
Ici m’en prive une chose ou une autre.

***

CANZONIERE

Cerchi chi vuol le pompe e gli alti onori,
Le piazze, i templi e gli edifizi magni,
Le delizie e il tesor, quale accompagni
Mille duri pensier, mille dolori.

Un verde praticel piem di be’ fiori,
Un rivo che l’erbetta intorno bagni,
Un augelletto che d’amor si lagni,
Acqueta molto meglio i nostri ardori;

L’ombrose selve, i sassi e gli alti monti,
Gli antri oscuri e le fère fuggitive,
Qualche leggiadra ninfa paurosa:

Quivi vegg’io con pensier vaghi e pronti
Le belle luci corne fussin vive,
Qui me le toglie or una or altra cosa.

(Lorenzo De Medici)

Recueil: Petite anthologie Poésie européenne
Traduction:
Editions: Singulières

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Il existe en nous un bon et un mauvais silence. (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021



Illustration: Marie Waltz
    
Il existe en nous un bon et un mauvais silence.

Le bon silence, c’est celui de l’écoute,
celui de l’ouverture de l’âme à l’art, à la lumière et à la nuit,
à la parole initale
dont toutes les autres ont pu sortir dans la durée d’une vie.

Le roi David, dans un psaume, remercie Dieu
de lui avoir profondément « creusé l’oreille ».
Retrait en nous, caché derrière le voile des formes,
des images, des événements fugitifs,
s’abrite le lieu de toute confiance
et de plénitude dans le repos

-parfois je l’appelle le lac de la rosée-,
d’où jaillit, hors du silence,
la possibilité de la perception des choses,
et de la parole en même temps.

(Claude Vigée)

 

Recueil: Dans le silence de l’Aleph
Traduction:
Editions:Albin Michel

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Voilà de la pervenche en fleurs (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2021




    
De même que Rousseau jadis fondait en pleurs
À ces seuls mots : « Voilà de la pervenche en fleurs, »
Je sais tout le plaisir qu’un souvenir peut faire.
Un rien, l’heure qu’il est, l’état de l’atmosphère,
Un battement de cœur, un parfum retrouvé,
Me rendent un bonheur autrefois éprouvé.
C’est fugitif, pourtant la minute est exquise.
Et c’est pourquoi je suis très heureux à ma guise
Lorsque, dans le quartier que je sais, je puis voir
Un calme ciel d’octobre, à cinq heures du soir.

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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L’éphémère et la silhouette (Mariem Mint Derwich)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2020




    
L’éphémère et la silhouette

Je te danserai l’éphémère sur la dune endormie
L’imperceptible de la trace
Le vent qui efface, caresse chuchotée,
Les notes envolées, fugitives des histoires d’antan

Je te danserai la lumière de la lune
la lumière tremblotante
au feu assoupie,
ce que murmure l’homme quand il rêve

Je te danserai les palmiers au ciel découpés
le nuage dans le regard des bergers,
les gestes esquissés et qui s’en sont allés,
la paume au sol posée, disparue

Je te danserai l’entre souffle,
les crépuscules, l’instant parfait,
la plénitude d’ici
quand d’autres parlent de demain

Je te danserai l’ailleurs, l’horizon en renaissance,
le lieu secret de l’homme qui s’expire,
il y aura cet à peine visible,
silence

Je te danserai les pistes et les déserts,
un mot balbutié sur la paupière de la nuit,
que tout s’enfuit, que tout reste,
qu’il n’est de battement que celui que l’on porte

Je te danserai la flamboyance de la mer,
la goutte d’eau puisée,
la vague qui fait les mondes,
l’empreinte de ton pied sur le sable mouillé

Je te danserai les brumes qui rendent aux yeux la fulgurance,
les silences des choses, les chants des mondes,
les animaux de l’aube et les premiers frissons,
la beauté de ce qui est et la silhouette tremblée de toi homme

Je te danserai les couleurs à peine rencontrées,
les livres qu’on n’écrira jamais,
la poésie enfermée dans la main,
les mots et les oiseaux, la trace et le rien

Et, au milieu de la nuit du monde,
l’heure bleue, celle des hommes en prières,
l’immensité de ce qui s’écoute,

Je te danserai l’éphémère et la silhouette…

(Mariem Mint Derwich)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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JE VEUX ÊTRE TOUT EN AMOUR (Claribel Alegría)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020




    
JE VEUX ÊTRE TOUT EN AMOUR

Je veux être tout en amour
l’amant
la maîtresse
le vertige
la brise
l’eau qui reflète
et ce nuage blanc
fugitif
hésitant
qui nous recouvre un instant.

FRONTIÈRES

J’étais le nuage
et la pluie
et la mer
et je veux être le crépuscule
et le rempart
et toi.

***

Quiero ser todo en el amor…

Quiero ser todo en el amor
el amante
la amada
el vértigo
la brisa
el agua que refleja
y esa nube blanca
vaporosa
indecisa
que nos cubre
un instante.

Fronteras

Fui la nube
y la lluvia
y el mar
y quiero ser la tarde
y la muralla
y tú.

***

QUERO SER TUDO NO AMOR

Quero ser tudo no amor
o amante
a amada
a vertigem
a brisa
a água que reflete
e essa nuvem branca
vaporosa
indecisa
que nos cobre num instante.

FRONTEIRA

Fui nuvem
e chuva
e mar
quero ser a tarde
e a muralha
e tu.

***

VOGLIO OGNI COSA INNAMORATA

Voglio ogni cosa innamorata
l’amante
l’amato
stordimento
la brezza
lo specchio dell’acqua
e quella nuvola bianca
vaporosa
indecisa
che per un istante ci copre.

FRONTIERE

Ero la nuvola
e la pioggia
e il mare
e voglio essere la sera
e il muro
e te.

***

VREAU SĂ FIU TOTUL ÎN IUBIRE

Vreau să fiu totul în iubire
amantul
iubita
vertijul
briza
apa în care se reflectă
norul acela alb,
vaporos,
nehotărât,
care ne-acoperă
o clipă.

FRONTIERE

Am fost norul
și ploaia
și marea
și vreau să fiu înserarea
și peretele
și tu.

***

ΘΕΛΩ ΝΑ `ΜΑΙ Η ΑΓΑΠΗ ΣΕ ΟΛΑ

Θέλω να `μαι η αγάπη σε όλα
στον εραστή
η λατρευτή
ζάλη
η αύρα
ο καθρέφτης του νερού
κι εκείνο τ’ άσπρο σύνεφο
ατμός
αναποφάσιστος
που στιγμιαία σε καλύπτει

ΣΥΝΟΡΑ

Ήμουν το σύνεφο
κι η βροχή
κι η θάλασσα
και θέλω να γίνω το φεγγάρι
κι ο τοίχος
κι εσύ

***

IK WIL ALLES ZIJN IN DE LIEFDE

Ik wil alles zijn in de liefde
de minnaar
de minnares
de duizeling
de bries
het water dat weerspiegelt
en deze vluchtige
weifelende
witte wolk
die ons een ogenblik toedekt.

GRENZEN

Ik was de wolk
en de regen
en de zee
en ik wil de avond zijn
en de muur
en jou.

***

Пусть все любовью будет во мне

Пусть все любовью будет во мне,
и возлюбленная
и любовник
головокружение
и ветер с моря
зеркало моря
и это белое облако
такое тонкое
нерешительное
укрывшее нас на единый миг

Границы

Я была облаком
и была дождем
и была морем
и хочу быть закатом
и стеной
и хочу быть тобой

***

I WANT TO BE EVERYTHING IN LOVE

I want to be everything in love
the lover
the beloved
dizziness
the breeze
the reflecting water
and that white cloud
vaporous
indecisive
that covers us for an instant.

BORDERS

I was the cloud
and the rain
and the sea
and I want to be the noon
and the wall
and you.

***

ICH MÖCHTE ALLES IN DER LIEBE SEIN

Ich möchte alles in der Liebe sein
der Liebhaber
die Geliebte
der Taumel
die Brise
das glitzernde Wasser
und die weiße Wolke,
dampfend,
unentschlossen,
die uns einen Augenblick bedeckt.

GRENZEN

Ich war die Wolke
und der Regen
und das Meer
und ich möchte der Abend sein
und die Mauer
und du.

***

我想成为爱的万物

我想成为爱的万物
爱人者
被爱者
晕眩
微风
反光的水
和那朵朵白云
蒸汽缭绕的
那瞬间
覆盖我们的犹豫

边 界

我过去是云朵
与雨水
和海洋
而我想成为正午
与墙
和你。

***

Ez dixwazim di evînê de her tişt bim

Ez dixwazim di evînê de her tişt bim
evîndar
evînder
sergêj
şine
ava çirusî
û ewrê sipîye,
yê hulmayî,
bê biryar
yê bîhnekê dinyayê dinixumîne.

Sînor

Ez ew ewra bûm
ew barana
û zeryaya
lê ez dixwazim bibim êvar
û dîwar
û tu.

(Claribel Alegría)

 

Recueil: ITHACA 520
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol (Nicaragua) / Portugais José Eduardo Degrazia / Italien Luca Benassi / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Grec Manolis Aligizakis / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Anglais Stanley H. Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Chinois Zhou Dao Mo / Kurde Husên Hebeş
Editions: POINT

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Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles! (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles!
Pauvre coeur inquiet qu’aucun bonheur n’emplit,
Missel enluminé qui s’attriste d’un pli,
Forêt d’où sort la plainte éternelle des trembles !

Je t’aime, ô ma beauté, puisque ton sort est tel
Que tu rêves d’amour en sachant que je t’aime,
Toi qui, pareille à moi, te tourmentes toi-même
En sentant fugitif ce qu’on rêve immortel.

Toi pour qui le présent est une source en fuite
Où, parmi l’eau qui souffre, on se mire un moment,
Tu comprends que je pleure, inconsolablement,
Le passé triste et cher comme un pays qu’on quitte.

Je t’aime, ô mon amour ! ô mon ombre ! ô ma soeur !
Il semble – tant notre âme a la même chimère —
Que nous avons jadis aimé la même mère
Et du même baiser partagé la douceur !

Je t’aime, ô mon amour, parce que l’un et l’autre
L’infini nous sépare ainsi qu’un noir témoin,
Puisque, même enlacés, nous nous sentons si loin
Sans jamais pouvoir faire un seul coeur qui soit nôtre !

Car nous sommes pareils à des miroirs jumeaux
Où tout se mire et luit d’identique manière,
Mais l’ombre de la nuit absorbe la lumière
Et nous nous sentons loin dans l’exil des trumeaux.

O coeur semblable au mien — coeur profond qui m’évoques
Un ciel d’automne, un ciel maladif et changeant
Où fleurit, parmi les nuages voyageant,
Toute une floraison d’étoiles équivoques !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Lauri Blank

 

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CICATRICES… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020



Illustration
    
CICATRICES…

Dans le miroir, je me suis surpris
Avec sur ma face les baisers de qui ?
Cicatrices, cicatrices !
Au fond du coeur,
Comme au fond d’un verre vidé,
Rien que la lie amère.
Aucun souvenir.
Ni d’un effluve
De ses cheveux affolés,
Ni d’une lueur fugitive
Dans ses yeux égarés,
Ni d’une étreinte
Laissant le corps convalescent,
Ni d’un abîme
Où sur le bord j’aurais posé ma tête
Pour y plonger mes yeux.
Sur mes habits
Aucun cheveu d’autrui.
Quelle sorcière vient donc dans mon sommeil,
Outrage ma face
De sa bouche de feu ?
Rompez le charme,
Toi, basilic de mon jardin,
Toi, hirondelle nichée sous l’auvent de chez moi,
Et prie pour moi,
Ange papillon,
Sur l’autel de la rose-trémière.

(Mihai Beniuc)

 

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