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Posts Tagged ‘fugitif’

Est-il vrai que je suis réel (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Qu’est-ce qui fait l’âme si mélodieuse
Et qu’il y a si peu de noms chéris,
Et que le rythme fugitif n’est qu’un hasard,
Qu’un souffle inattendu de l’Aquilon ?

Il soulève la poussière en nuage,
Fait frissonner les feuilles de papier
Et ne reviendra plus jamais, ou bien
Il reviendra tout à fait différent.

Ô toi, le large vent d’Orphée,
Tu t’en iras vers les contrées marines !
Chérissant le monde incréé,
J’oubliai l’inutile « moi ».

Je m’égarai dans un bois miniature
Et découvris une grotte azurée…
Est-il vrai que je suis réel
Et que la mort réellement viendra ?

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Sabin Balasa

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Plus fugitif (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2017



Illustration: Christophe Sidamon-Pesson
    
plus fugitif même que l’écriture de nombres
dans l’eau qui court
est d’aimer quelqu’un
sans retour

(Anonyme)

 

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L’amour (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
L’amour

Il est l’errante fuite et l’èternelle attente,
Celui qu’on voit sourire éphémère dans l’eau
Ecartant un moment le fugitif rideau;
La parole des bois que la tempête évente.

C’est en vain qu’on le cherche où son ombre est présente:
Don Juan se drapant aux plis de son manteau;
Roméo soulevant la pierre d’un tombeau,
Il est le revenant dont le secret nous hante,

Et nous, le naufragé périssant sur la nef.
Nulle chair n’a frémi que d’un spasme trop bref;
Ce que vous évoquez, nul coeur ne le possède,
Parfums des ébéniers, montez dans la nuit tiède,

Vers les astres portez mon ténébreux essor:
Bien comprendre l’amour, c’est presque aimer la mort.

(Marie Dauguet)

 

 

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Sur la Mort (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017



Sur la Mort

En robe de fer, muette et chagrine,
De son froid baiser la Mort à présent,
Debout devant moi, n’excite plus tant,
Non, ma soupirante poitrine.

Un bruit sourd, un seul, et la vie est loin,
Rêve fugitif, rêve d’un autre âge.
L’ardeur de l’amour n’y fait plus barrage,
Ne la retient plus. C’est la fin.

Ma gorge en ses mains, la Mort me fait face.
Pour sauver ma vie, à qui me vouer?
Elle n’attend plus. Je dois m’en aller.
Je pleure l’éclat qui s’efface.

(Attila Jozsef)

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Femme (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017




    
Femme, vide magnifique,
miroir lumineux du néant, fugitive image,
qui souvent rassembles en toi tout le mystère
et toutes les cruelles splendeurs
de la Nature créatrice,

pourquoi t’étonner que quelques-uns pâlissent,
lorsqu’ils s’approchent de tes lèvres,
et viennent goûter entre tes bras
une mort délicieuse et profonde?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Je m’interroge : d’où vient à ma blessure (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017



Illustration
    
Je m’interroge : d’où vient à ma blessure
Cet animal couronné de soleil
Ce fugitif?
Le papillon a dit : et je dis ce qu’a dit
Le papillon, j’ai chanté :
Du feu rougeoie dans la rose de la nuit
Pareil à elle
Je me bats dans l’extase
Autour de ses pétales
Au-dessus de ses pétales
Au-dessous de ses pétales
Et prolonge le chant.

(Adonis)

 

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Il est bon de se souvenir (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



    

Illustration: Chagall

Il est bon de se souvenir des merveilles que tu as accomplies dans le royaume d’en haut,
le gouffre et la forêt dotés d’une voix sensible,
le cours de la rivière modifié comme un bras change pliant le coude,
les instants prolongés par la douce vibration d’une corde que presse un doigt…

Mais ce n’étaient que merveilles naturelles comparées à ce que tu tentes dans le royaume d’en bas
et qui ne se réalisera pas,
non, qui ne se réalisera pas,

car tu dois apprendre, même toi, ce que nous avons appris,
qu’il est des choses destinées par leur nature à ne pas se réaliser,
mais seulement à être désirées et poursuivies un temps puis abandonnées.

Tu dois apprendre, même toi, ce que nous avons appris,
la passion qui existe en ce monde pour le déclin,
l’impulsion à tomber qui succède au jaillissement de la fontaine.

Rampe à présent, Orphée, ô fugitif à l’air honteux, rampe
à reculons sous le mur réduit en miettes de toi,
car tu n’es pas les étoiles dans le ciel en forme de lyre,
mais la poussière de ceux qu’ont démembrés les Furies !

***

It is all very well to remember the wonders that you have performed in the upper kingdom,
the chasm and forest made responsively vocal,
the course of a river altered as an arm alters when it is bent at the elbow,
the moments made to continue by the sweet vibrancy of a string pressed by a finger…

But those were natural wonders compared to what you
essay in the under kingdom
and it will not be completed,
no, it will not be completed,

for you must learn, even you, what we have learned,
that some things are marked by their nature to be not completed
but only longed for and sought for a while and abandoned.

And you must learn, even you, what we have learned,
the passion there is for declivity in this world,
the impulse to fall that follows a rising fountain.

Now Orpheus, crawl, O shamefaced fugitive, crawl
back under the crumbling broken wall of yourself
for you are not stars, sky-set in the shape of a lyre,
but the dust of those who have been dismembered by Furies!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Les larmes (Hippolyte Lucas)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2017



 

Les larmes

Larmes, qu’êtes-vous devenues,
Larmes si promptes à couler ?
Je pleurais rien qu’à voir les nues
Vers le nord tristement aller.

Je pleurais quand la tourterelle
Roucoulait ses tendres douleurs ;
Je pleurais lorsque, d’un coup d’aile,
Le vent brisait les douces fleurs.

Je pleurais lorsqu’aux jours d’automne,
Dans les bois errant triste et seul,
Je voyais leur pâle couronne
Couvrir le sol comme un linceul.

Tout ce qui se fane ou s’effeuille,
Le lys, la rose ou l’amitié,
Tout ce que la sombre mort cueille,
Avait sa part de ma pitié.

Sans pleurs je ne pouvais entendre
Un mot héroïque ou touchant,
Et combien n’en a fait répandre
La bergère avec un vieux chant!

Oiseaux de la mélancolie,
Vous vous abattiez sur mon sein,
Comme sur un roseau qui plie,
Le soir, tombe un nocturne essaim…

A toute image fugitive
Un soupir sortait de mon coeur,
Et mon émotion craintive
Se cachait au monde moqueur,

Maintenant dans la solitude,
On ne m’entend plus soupirer:
Brisé par tant d’ingratitude.
Pourquoi ne puis-je pleurer ? …

Tristesses encore inconnues,
Que je voudrais vous exhaler!…
Larmes, qu’êtes-vous devenues,
Larmes, si promptes à couler?…

(Hippolyte Lucas)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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FEMMES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



FEMMES

Déraisonnable don du Généreux, ô Femmes
maquillées pour nous d’arc-en-ciel
frêle miracle artificiel
dont l’envie me meurtrit jusqu’au seuil de l’infâme

Je viens à vous en affamé que le temps presse
voiler vos yeux de papillons
pour que fleurisse le sillon
du voyage éperdu vers l’ultime allégresse

Vainqueur enfin vaincu si vite délivré
des sortilèges du mystère
que l’aimée devient l’étrangère
tandis que brûle en moi mon sang renouvelé

Mais je renais tenté dès l’aube où s’illuminent
dans le soleil ces femmes-proies
et mes yeux tourmentés d’émois
confondent pour ma faim l’élue et la victime

Passantes de ma vie livrez au mendiant
ce pain fruité de ma hantise
sans demander une autre mise
que la splendeur d’un fugitif apaisement

Et toi câline épouse en mon tourment si sage
oublie ces semailles de feu
car au fol creuset de mes jeux
cent femmes surpeuplées ne tuent pas ton image.

(Pierre Béarn)

 

 

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UNE VIE ORDINAIRE (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2016



UNE VIE ORDINAIRE

Je suis né dans une mansarde
d’où l’on entendait le matin
les laitiers qui drelin drelin
réveillaient les biberonneuses.

Ici naquit Georges Machin
qui pendant sa vie ne fut rien
et qui continue il aura
su tromper son monde en donnant
quelques fugitives promesses
mais il lui manquait c’est certain
de quoi faire qu’on le conserve
en boîte d’immortalité.

Prendre l’air était son métier.

(Georges Perros)

 

 

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