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Poésie

Posts Tagged ‘fugue’

Voyez écoutez (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

L’INÉPUISABLE

Voyez
écoutez
c’est un tournoiement sans fin
dans cette mort
rien de triste
disait Van Gogh à son frère Théo
avant d’entrer dans la nuit
avec ses doigts de vision
dans cette mort
juste
la traversée du souffle

Voyez
écoutez
c’est un murmure multiple
des secrets endormis
surgissent
comme une danse de lucioles
on entend
la vraie chair de la parole
on entend soudain
la brèche qui nous saisit

Voyez
écoutez
c’est la voix de la voix
cette peau sonore
dont parle René Daumal en funambule
cette peau
ouverte au fond du coeur
au bord de la vie
cette peau
que nous pouvons enfin revêtir
pour de bon

Voyez
écoutez
ce que dit le trapéziste
aux yeux fermés
il faut calciner ses limites
accueillir le crépuscule
et s’y volatiliser
danser jusqu’au bout
pour emplir l’univers
d’un dernier souffle

Voyez
écoutez
plus loin
que le poids de notre naufrage
saluez
celui qui n’a cessé
de tendre son fil d’Ariane
en pointillés d’infini
de semer à la volée
les éclats
d’une confiance illimitée

Voyez
écoutez
Icare aux bras cassés
n’en finit pas
de voler
il écrit dans le ciel
à haute voix
que nous sommes les vrais dieux
les seules étoiles
sous la voûte du cirque

Voyez
écoutez
le danseur du vide
son sourire est un talisman
il dit
la lumière est ma soeur jumelle
j’ai l’impression
d’être au bout du ciel
j’entends la fugue des siècles
tout disparaît
tout apparaît

(Zéno Bianu)

Illustration: Henri Matisse

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La grande fugue (Ghyslaine Leloup)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



La grande fugue

La lumière
Une poignée d’oiseaux
Tout ruisselle

Du feu crissant des genêts
Ricochent des tremblements de soleil

Clartés prolongées dans les sonnailles

Marguerites libérées des prophéties
Tout se tait qui ne soit oiseaux ou grillons

Plus rien ne pèse pas même les pensées

Peur abandonnée dans les bois sombres
Débris de nuit enfermés dans la neige

Séisme lent dans le parfum sourd des narcisses

C’est le grand corps de la terre
Gorgée d’eau vaillante et d’astre tiède

Un homme une femme
Une coulée d’ombellifères
Ils avancent

Souverains

(Ghyslaine Leloup)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Tout ce bleu (Lise Cassin)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Pour un ciel habillé de mousseline hortensia
Concerto d’une fugue de Loire « Outremer »
Céramique indigo enchâssée dans l’or des sables.

Comme une coulée d’encre,
le toit d’ardoise
s’égoutte vers les fenêtres aux transparences de jade.

La glycine enlace la maison de granit.
Une fille en jupe pervenche a traversé le pont.
La lumière estompe la flamme de ses jambes.

Le vent fait vivre sur ta peau, la soie marine
de ta chemise.
Mais, tes yeux d’océan gardent leur mystère.

Parfum des lavandes…
J’ai le cœur « ébleui »

(Lise Cassin)

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Je m’efforce de voir la mer (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018


 


 

Stanislav Shpanin   femme à la fenêtre

Je m’efforce de voir la mer

Toutes les morts terrestres
les grâces endormies
les genèses et les constellations
les créations audacieuses, les fugues,
la licorne, la chasse, l’incendie,
les lacs,
les voix les voix
sont sur ta terre
que moi je vois de loin
en me penchant par la fenêtre
au dernier étage.

Je ne peux pas descendre, il n’y a pas d’escalier;
ni ne peux sauter parce qu’après
mutilée estropiée je ne pourrais plus marcher.
Je m’efforce de voir la mer.

(Patrizia Cavalli)

Illustration: Stanislav Shpanin

 

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Sous le poids du désert (Auguste Bonel)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2017



Sous le poids du désert
une oasis est plus fugitive
que le nomade
La hâte nous devance
de sa fugue éreintée
l’ascension est une carcasse d’errance

(Auguste Bonel)

Illustration

 

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Pourquoi mangeons-nous et buvons-nous autre chose que lumière ou feu ? (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Illustration: Ethan Cranke
    
Les dieux n’ont pas eu d’autre substance
que celle que j’ai moi-même.

J’ai, comme eux, la substance de tout ce qui a été vécu
et de tout ce qui reste à vivre.

Je ne suis pas seulement un présent,
mais une fugue torrentielle, de bout en bout.

Et ce que je vois, de part et d’autre, dans cette fugue
(avec des roses, des ailes brisées, de l’ombre et de la lumière)
n’appartient qu’à moi, souvenir et désirs
bien à moi, pressentiment, oubli.

Qui sait mieux que moi, qui,
quel homme ou quel dieu peut, a pu, ou pourra me dire à moi
ce que sont ma vie et ma mort, ce qu’elles ne sont pas ?

Si quelqu’un le sait, je le sais mieux que lui,
et si quelqu’un l’ignore, mieux que lui je l’ignore.

Une lutte entre cette ignorance et ce savoir,
voilà ma vie, sa vie, voilà la vie.

Passent des vents comme des oiseaux,
des oiseaux comme des fleurs,
des fleurs soleils et lunes,
des lunes soleils comme moi,
comme des âmes comme des corps,
des corps comme la mort et la résurrection ;
comme des dieux.

Et je suis un dieu sans épée,
sans rien de ce que font les hommes avec leur science ;
seulement avec ce qui est le fruit de la vie, ce qui change tout ;
oui, de feu ou de lumière, de lumière.

Pourquoi mangeons-nous et buvons-nous autre chose
que lumière ou feu ?

Si je suis né dans le soleil, et si de lui je suis venu ici dans l’ombre,
suis-je fait de soleil et comme lui ai-je le pouvoir d’éclairer ?

Ma nostalgie, comme celle de la lune,
est d’avoir été soleil d’un soleil un jour et de le refléter, sans plus, maintenant.

Passe l’iris en chantant comme moi.

Adieu iris, iris, nous nous reverrons,
car l’amour est un et seul
et il revient chaque jour.

***

Los dioses no tuvieron más sustancia
que la que tengo yo. Yo tengo, como ellos,
la sustancia de todo lo vivido
y de todo lo por vivir. No soy presente sólo,
sino fuga raudal de cabo a fin. Y lo que veo
a un lado y otro, en esta fuga,
rosas, restos de alas, sombra y luz,
es sólo mío,
recuerdo y ansia míos, presentimiento, olvido.
¿Quién sabe más que yo, quién puede,
ha podido, podrá decirme a mí
qué es mi vida y mi muerte, qué no es?
Si hay quien lo sabe,
yo lo sé más que ése, y si lo ignora,
más que ése lo ignoro.
Lucha entre este saber y este ignorar
es vida, su vida, y es la vida. Pasan vientos
como pájaros, pájaros igual que flores,
flores soles y lunas, lunas soles
como yo, como almas, como cuerpos,
cuerpos como la muerte y la resurrección,
como dioses. Y son un dios
sin espada, sin nada
de lo que hacen los hombres con su ciencia;
sólo con lo que es producto de lo vivo,
lo que se cambia todo; sí, de fuego
o de luz, luz. ¿Por qué comemos y bebemos
otra cosa que luz o fuego? Como yo he nacido
en el sol y del sol he venido aquí a la sombra,
¿sol del sol, como el sol alumbro?, y mi nostaljia,
como la de la luna, es haber sido sol
y reflejarlo sólo ahora. Pasa el iris
cantando como yo. Adiós iris, iris,
volveremos a vernos, que el amor
es uno solo y vuelve cada día.

(Juan Ramón Jiménez)

 

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Fugue (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Fugue

Retirez-vous mon cœur d’un si grave appareil.

D’après, d’avant, les coups ont entre eux l’étincelle.
Constant, le choc muet de la mort vous cisèle,
Cœur vanté… brûle… saoule un atroce organiste.

Va belle main écrite où l’idée s’organise
Déchire l’encre en moi quand le reste appareille.

(Olivier Larronde)

Illustration: Salvador Dali

 

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Vertige (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Andrei Protsouk
    
Vertige

Dévorant son minois de lait et de flocons
Duveteux. Je conjugue ainsi son corps ! Délices !
Alouvi ! Butinant comme les papillons…
Un vif effet volcan confina mes blandices.

Secret d’une Égérie, une fugue ! L’éveil
D’une mort de l’égo, et triomphe une étoile
Vêtue de chair sucrée, une ouate ce réveil !
Fascinant ce cocon ! Une soie se dévoile.

Un vertige puissant ! Ô reine des jasmins !
Je cueille ton amour aux essences avides,
Une dolce Vita aux rubans très coquins
Moissonne mes égards, l’extase se transvide.

(James Denis)

 

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Evocation (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Evocation

A l’ombre de l’usine, ton jardin
était tout petit, sans fleurs.
Des plantes y naissaient et renaissaient
pour n’être pas regardées.

De vagues projets d’existence
s’exhalaient du soleil et de l’eau,
et même de cette sécrétion
qui dans tes yeux se retenait.

Nul ne t’a vue lorsque, courbée,
tu écartais l’escargot
du chemin étroit des fourmis,
nul même n’a entendu ton appel.

Car tu as appelé (il était tard déjà)
et la voix de l’usine a amorti
ta fugue pour le sans-pays
et le sans-temps. Mais je me souviens de toi

et je te rattrape vivante, petite fille,
concevant si tôt le projet de ce jardin
où, je le sais, tu te trouves recluse,
sans que nul, nul ne te pressente.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

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Je me lèverai et j’irai vers toi (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration
    
Je me lèverai et j’irai vers toi,
Traversant les nuits d’insomnie, franchissant
La ligne incandescente des étoiles.
Je sais que tu es loin,
Mais que par toi
tout sera retrouvé.

Je me lèverai et j’irai vers toi,
Enjambant l’abîme d’un pas résolu, ignorant
Toutes distances qui séparent.
Je sais que tu es proche,
Que je dois te chercher
au plus intime de moi.

J’irai vers toi, sûr de te retrouver,
Car je n’oublie point une scène de jadis:
Après une longue fugue, je suis revenu au logis,
L’ombre maternelle s’est retournée, a dit:
« Te voilà! », j’ai répondu: « Me voici! »,
et j’ai fondu en larmes.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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