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Poésie

Posts Tagged ‘fulguration’

TRADUIRE UNE PRÉSENCE (Sylvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019




TRADUIRE UNE PRÉSENCE

Quelquefois, très rarement,
il arrive que dans ce qui respire ou s’exprime,
dans le vol de la beauté
ou ce qui couvre une lumière,
une fulguration de l’obscurité,
quelque chose d’ineffable et d’essentiel se dégage ,
prend forme dans sa forme, fait un pas,
du fond du geste, de la voix ou du silence,
et c’est comme une apparition accompagnée
sans laquelle rien n’émerge à la vie véritable.

Nous la percevons immédiatement,
en retenant le souffle,
et nous la nommons
présence.

(Sylvia Baron Supervielle)

Illustration: Catherine RÉAULT-CROSNIER

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Un fakir part à la recherche de la pierre philosophale (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
Un fakir part à la recherche de la pierre philosophale,
celle qui convertit le plomb en or.
Il prend les chemins de tous les exils,
passant d’un lieu à l’autre afin de trouver cette pierre,
l’une de ces présences à peine aperçues dont la poésie tire sa fulguration.

Pour se simplifier la tâche, il s’est passé à la taille une ceinture de cuivre et,
selon qu’il va, chaque fois qu’il voit une pierre qui pourrait être celle qu’il cherche,
il s’en saisit et la frotte contre son ventre : hélas, rien ne se passe.
Les journées s’écoulent, et les années.

Il fait toujours le même geste d’une manière de plus en plus mécanique :
chaque fois qu’il trouve une pierre susceptible d’être celle qu’il quête,
il la prend, la frotte contre sa ceinture, puis la jette et continue sa route.
Car à quoi bon ?
Finalement, il désespère.

Puis un jour, par hasard, il regarde sa ceinture.
Elle brille, elle étincelle, elle flambe.
À quel moment le cuivre s’est-il métamorphosé ?
Et lui-même, où donc et quand a-t-il rencontré la pierre ?
Il ne le sait pas et sans doute ne le saura-t-il jamais.
C’est ainsi.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Le silence est l’acte de présence du silence (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Au regard de Narcisse, le silence est mortel.

Au regard du bavard, insoupçonnable.

Au regard du profane, calamiteux.

Seul celui qui se tait,
ressent l’identité infinie
du « QUI? » et du « QUOI? ».

Fulguration de la vie nue,
poussière et cendre des mots.

Le silence est l’acte de présence du silence.

(Michel Camus)

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Les chemins mènent tous au secret (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les chemins mènent tous au secret.
Ils s’infléchissent à quelque tournant,
on marche ainsi en pays réel
et puis soudain hors du temps mesurable.

On se retrouve enrichi de quelque épaisseur de vie étrange
comme si l’on avait déjà vécu plusieurs existences.

Pays à la brisure du crépuscule
comme s’il voulait signifier qu’il est tard
mais toujours temps.

On ramène alors de ces sortes de regards, de ces voyages,
la connaissance de l’être dilaté,
perméable au possible, un réel annexé, magnifié.

Dans ces randonnées en pays de vertige,
toujours hâtives, on grandit.

Il reste de ces fulgurations une ivresse toujours plus menaçante,
une drogue plus exigeante qui demande, au péril de la vie,
toujours plus d’audace.

C’est la vie multipliée dans les humbles choses
qui débouchent sur la largesse et l’illumination.

Alors le respect devient amour.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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Notre centre de gravité (Jeanne Guesné)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



Notre centre de gravité habituel se trouve dans notre intellect,
donc dans un concept de la réalité,
non dans la réalité qui par nature est intraduisible.
Le concept n’est pas plus le réel que le mot pain n’est le pain réel.

Saisir la réalité de la Vie dans l’intervalle de silence entre deux pensées!
Entrer dans ce trou …
Transformer l’écoulement familier des pensées,
strié parfois par la fulguration d’un silence,
en l’écoulement tranquille d’un silence strié par l’apparition de pensées.
En un mot, inverser le système.
L’évidence m’est révélé dans « l’instant ».
Une citadelle dans laquelle je m’étais enfermée s’écroule;
les briques et les moellons inextricablement confondus
étaient mes jugements, mes opinions, mes croyances,
ma vision sclérosée des êtres et des choses.

A « l’instant, je Vois »,
je ne pense pas, et voir ainsi,
c’est communier avec ce qui EST.

« Sentir » dans un éclair
que je suis un « moment » de la Conscience Universelle.
Elle vit en tous les hommes simultanément,
et c’est en moi-même,
profondément enfouie sous forme humaine qu’elle a créé et qu’elle anime,
que je peux la découvrir et la « Reconnaître »

(Jeanne Guesné)

 

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Toute création de l’esprit est d’abord «poétique» (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



saint-john-perse-2

Toute création de l’esprit est d’abord «poétique» au sens propre du mot;
et dans l’équivalence des formes sensibles et spirituelles,
une même fonction s’exerce, initialement,
pour l’entreprise du savant et pour celle du poète.
De la pensée discursive ou de l’ellipse poétique,
qui va plus loin et de plus loin?

Et de cette nuit originelle où tâtonnent deux aveugles-nés,
l’un équipé de l’outillage scientifique,
l’autre assisté des seules fulgurations de l’intuition,
qui donc plus tôt remonte,
et plus chargé de brève phosphorescence.

La réponse n’importe.
Le mystère est commun.
Et la grande aventure de l’esprit poétique
ne le cède en rien aux ouvertures dramatiques
de la science moderne.

(Saint-John Perse)

Tiré de son discours lors de la remise de son Prix Nobel 1960
Discours intégral ici: http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1960/perse-speech-fr.html

 

 

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Mort en avion (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Mort en avion

Je m’éveille pour la mort.
Je me rase, m’habille, me chausse.
C’est mon dernier jour: un jour
entamé d’aucun pressentiment.
Tout fonctionne comme toujours.
Je sors dans la rue. Je vais mourir.

Je ne mourrai pas maintenant. Un jour
entier se profile devant moi.
Un jour comme c’est long. Combien de pas
dans la rue, que je traverse. Et que de choses
dans le temps, accumulées. Sans faire attention,
je suis mon chemin. Bien des visages
se pressent dans mon agenda.

[…]

Je vis
mon instant final et c’est comme
si je vivais depuis bien des années
avant et après ce jour,
une vie continue, sans rupture,
où il n’y aurait pauses ni syncopes ni sommeils,
tant est moelleux dans la nuit cet engin et tant aisément il fend
l’air en blocs de plus en plus gros.

Je suis vingt dans la machine
qui suavement respire,
entre des panneaux stellaires et de lointains souffles de la terre,
je me sens normal à des milliers de mètres d’altitude,
ni oiseau ni mythe,
je garde conscience de mes pouvoirs,
et sans mystification je vole,
je suis un corps volant et j’ai toujours des poches, des montres, des ongles,
relié à la terre par la mémoire et par l’habitude des muscles,
chair sur le point d’exploser.

Ô blancheur, sérénité sous la violence
de la mort sans préavis,
précautionneuse et pourtant irrésistible approche d’un péril atmosphérique,
coup percuté dans l’air, lame de vent
dans le cou, éclair
choc fracas fulguration
nous roulons pulvérisés
je pique verticalement et me transforme en fait divers.

(Carlos Drummond de Andrade)

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