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TOM SAWYER (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2021



TOM SAWYER

Tom Sawyer
Sans en avoir l’air
A parcouru tout l’univers.

il a fait pipi
Dans le Mississippi.

Sur les bords du Saint-Laurent
il haranguait les harengs.

il a fait des pieds de nez
Aux géants et aux Pygmées.

Toujours il trouvait un singe
Pour lui repriser son linge.

Parfois il ne mangeait pas
Pour éloigner les boas.

Et quand il était trop maigre
il couchait avec les nègres.

il explorait des cavernes
Et des mondes subalternes.

il découvrait des trésors
Qu’il jetait par-dessus bord.

Des tours et des tours pendables
Qu’il jouait à tous les notables.

Et si on l’a pas pendu
C’est vraiment qu’on n’a pas pu !

Sur des bateaux à vapeur
il fumait comme un sapeur.

il déambulait souvent
Ses poches remplies de vent,

Mais toujours un grand couteau
Pour parer aux zigotos.

il fessait les orphelins
Qui partageaient pas leur pain.

Embrassait les orphelines
Qui jouaient de la mandoline.

Des crocs-en-jambe il donnait
Au diable quand il boitait.

Ma mère c’est ma mère.
Mon père c’est mon père.

Ma soeur c’est du beurre.
Tom Sawyer c’est mon frère.

Il a eu mille aventures
Ce qui l’a rendu très dur.

Mais son coeur était si bon
Qu’on n’en voyait pas le fond.

(René de Obaldia)

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Mélancolies manutentionnaire (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2021



Mélancolies manutentionnaire

(…)
J’ai dans mes sabots de la paille,
Avec un bel épi qui dépasse et me raille ;
La porte ne s’ouvre pas,
Le poêle ne fume pas,
Et j’entends qu’on ne vient pas.
Être bien seul avec soi-même,
Ah ! c’est un mets bien délicat !
Des soldats rient ; mais c’est derrière ma fenêtre.
Ils s’éloignent ;
Tout est derrière ma fenêtre,
La vie, les caporaux, les corvées,
Et la fourragère et son cocher laid.
Je me rends visite à moi-même
Et bien que ce plaisir fût longuement mûri,
Il me trouve tout ahuri !
(…)

(Jules Supervielle)

Illustration: Sophie Rocco

 

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DANS LA NUIT (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2021



 

Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit.

Mienne, belle, mienne.

Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplis de mon cri
De mes épis
Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fumes, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, Nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui

Sous lui, sous plus ténu qu’un fil
Sous la nuit
La Nuit.

(Henri Michaux)

Illustration

 

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… mais ainsi soit-il (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021


 


… mais ainsi soit-il.

Un éclat de trompette
dialogue avec les essaims de la chênaie.
Dans la coquille où le soir se reflète
un volcan peint fume gaiement.

La monnaie enchâssée dans la lave
brille elle aussi sur la table et retient
quelques feuillets. La vie qui semblait vaste
est plus brève que ton mouchoir.

***

… ma cosi sia. Un suono di cornetta
dialoga con gli sciami del querceto.
Nella valva che il vespero riflette
un vulcano dipinto fuma lieto.

La moneta incassata nella lava
brilla anch’essa sul tavolo e trattiene
pochi fogli. La vita che sembrava
vasta è più breve del tuo fazzoletto.

(Eugenio Montale)


Illustration: Hokusaï

 

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En plein soleil (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2021




    

En plein soleil, le long du chemin de halage,
Quatre percherons blancs, vigoureux attelage,
Tirent péniblement, en butant du sabot,
Le lourd bateau qui fend l’onde de l’étambot ;
Près d’eux, un charretier marche dans la poussière.
La main au gouvernail, sur le pont, à l’arrière,
N’écoutant pas claquer le brutal fouet de cuir,
Et regardant la rive et les nuages fuir,
Fume le marinier, sans se fouler la rate.
–  » Le peuple et le tyran !  » me dit un démocrate.

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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La brebis et le chien (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020




    
La brebis et le chien

La brebis et le chien, de tous les temps amis,
Se racontaient un jour leur vie infortunée.
Ah ! Disait la brebis, je pleure et je frémis
Quand je songe aux malheurs de notre destinée.
Toi, l’esclave de l’homme, adorant des ingrats,
Toujours soumis, tendre et fidèle,
Tu reçois, pour prix de ton zèle,
Des coups et souvent le trépas.
Moi, qui tous les ans les habille,
Qui leur donne du lait, et qui fume leurs champs,
Je vois chaque matin quelqu’un de ma famille
Assassiné par ces méchants.
Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.
Victimes de ces inhumains,
Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,
Voilà notre destin funeste !
Il est vrai, dit le chien : mais crois-tu plus heureux
Les auteurs de notre misère ?
Va, ma sœur, il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Si un lézard s’arrête (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



Les douces eaux fument
Dans la grande chaleur ce soir. Je suis
Sans poids et sans peine.
Mon coeur gît sur la paille
Tiède. Ma mère sur cette aire
A battu la récolte.

(Leonardo Sinisgalli)


Illustration: Jules Bastien-Lepage

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Si je frappe du pied dans la poussière (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



    

Si je frappe du pied dans la poussière
ce n’est pas un grouillement de fantômes qui se lève
du pied dans les nuées,
dans les lignes de la main
ce n’est pas une armée d’ossements qui s’avance
un vertige qui souffle sur le sommeil des servantes
si je frappe, le village ne s’envole pas
les anges de perles bleues, rouges, noires
au plafond des auberges ne s’envolent pas
si je frappe du pied, tout ce pays me monte à la tête,
avec derrière lui dans la prière du soir
sa barbe de gros froment roux qui frotte mon épaule
la chaleur des hanches et des bras prise sur la dernière danse
les champs qui se lavent des pieds à la tête
si je frappe du pied, dimanche
trois fois dimanche
trente-trois fois dimanche
et rien ne change, rien ne change jamais
pas une fleur dans la prairie
pas un pli de la robe
pas une étoile de la fièvre bleue des foins
et puis ça recommence du grain à la paille
de la terre au ciel, de la mère à l’enfant
des sources à l’océan fumant sous le coup de midi
de la rosée du matin à la rosée du soir
du paysan qui va aux champs au paysan qui en revient
la main passe, le ciel recule et avance
les servantes, l’amour en tête
montent dans leur chambre pleine d’oracles
si je frappe du pied ça recommence
dimanche, trois fois dimanche, trente-trois fois dimanche.

(Albert Ayguesparse)

 

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Coeur de bois (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



Illustration
    
Coeur de bois

Amandine si hautaine
Amandine au coeur de bois
Ce soir, je serai ton Roi.
Si tu veux, tu seras la Reine.

J’ai ôté mon tablier
J’ai mis mes plus beaux souliers
Dans ma poche des sous neufs
Pour les distribuer aux veufs

Comme trône j’ai le fauteuil
Du Grand Oncle Cancrelat
Qui fume dans son cercueil
Une pipe en chocolat.

Ma couronne vif argent
Vient tout droit du pâtissier.
Sur mes épaules flotte un drap
On se cachera dedans.

Le fauteuil est à roulettes
Quelle aubaine pour un Roi !
Je le déplace et les traîtres
Frappent au mauvais endroit.

Amandine, tes yeux verts
Illuminent toutes mes nuits.
Je voudrais t’écrire en vers
Quand je serai plus instruit

Amandine, tu m’as dit .
« Je viendrai sept heures sonnées.
Je viendrai dans ton grenier
Avec ma chemise à plis. »

L’heure passe et je suis là
Ma couronne pour les rats !
Ah ! ce bruit de patinette !
Mais non, ce n’est pas ici.

Le sang me monte à la tête
J’entends les cloches aussi.
Et pourtant, je suis le Roi !
Tu devrais, genou en terre,

Baiser le bout de mon drap
Et pleurer pour la manière !
« Madame, relevez-vous »
Te dirai-je noblement !

Et sur tes lèvres de houx
T’embrasserai jusqu’à cent.
L’heure fuit , mes oripeaux
Juste bons pour les corbeaux !

Amandine, tu te moques
Tu te ris toujours de moi.
Quand tu remontes tes socques
Je tremble et ne sais pourquoi…

Amandine, je vais mourir
Si vraiment tu ne viens pas.
Je t’ordonne de courir
De grandir entre mes bras !

Le silence, seul, répond
Aile blanche sur mon front.

Le grenier comme un navire
Se balance dans la nuit.
Le trône vide chavire
L’Oncle fume en son réduit.

Amandine sans foi ni loi
Amandine ne viendra pas.
Jamais elle ne sera Reine
D’Occident ou de Saba

Jamais elle ne régnera
Sur c’qu’il y a de plus sacré.
Peste noire ou choléra
Jamais ne pourra pleurer.

Et pourtant comme je l’aime
Amandine des chevaux d’bois
De Jean-Pierre et de Ghislaine
De tout le monde à la fois !

Et pourtant comme je l’aime
(À mes pieds tombe le drap)
Amandine si hautaine
Amandine au coeur de bois.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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Laurier (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Laurier

Il sont là tous les deux à se disputer sur leur prééminence,
et pendant ce temps-là le monde les oublie,
le monde se moque de leur système.
Le monde n’en est plus depuis bien longtemps au myrte et au laurier.
La galanterie et la bravoure sont deux qualités passées de mode;
le ridicule en a fait justice.
Pour qui se montrerait-on galant?
pour des femmes qui fument, qui boivent du grog,
qui montent à cheval, qui font de l’escrime et des romans.

A quoi sert la bravoure? il n’y a plus de guerres aujourd’hui;
on ne se bat plus en duel;
un héros n’est plus qu’un être souverainement ridicule.
Le règne du myrte et du laurier est passé.
Le marquis et le colonel ne s’en doutaient pas;
ils s’étaient retirés du monde assez à temps pour cela;
ils devaient emporter leurs illusions dans la tombe.

(J.J. Grandville)

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