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Posts Tagged ‘funambule’

L’hirondelle neurasthénique (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019


 


 

L’hirondelle neurasthénique
Noire et blanche une hirondelle neurasthénique
dans l’atonie d’un soir bleuissant
depuis deux heures immobile sur le fil télégraphique
comme un funambule endormi sur sa corde

Vanité du vol ou vacuité d’amour
qui sait

Un petit trou noir et blanc sur l’immense panneau du soir

(Guy Lévis Mano)

 

 

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Tel est l’homme qui ne peut nommer la douleur (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Un bras sur l’horizon
une main touchant le ciel
une pensée folle
sur la tête penchée
un peu d’écume et de sel
déposés par la mer:

tel est l’homme qui ne peut nommer la douleur;
il se découvre funambule.

(Tahar Ben Jelloun)


Illustration: Gilles Candelier

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Pour (Martine Fourcand)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



fil d'araignée 

Pour

Pour la nuit que nous n’avons pas vécue et toutes les autres, avant
pour la patience des anges et des volcans
pour la buée sur la vitre
la rumeur de la ville
pour les larmes égarées
frayant chemin de brousse
préférant à la taille
mains écorchées gouttes qui perlent
leur goût salé
rappel
celui des larmes fouillant ravins d’âme leur goût
en plus fort en plus corps aiguës arêtes de poisson chat

Les dents aident la perle à grossir
elle s’excède et coule
devient ruisseau et fleuve qu’agitent vagues
douces et fortes et ressacs

Il ne faudrait même pas un quai
ni une passerelle

Le simple fil d’argent d’une belle araignée brune
aurait à des chaussures de funambule
fait offre de passage

(Martine Fourcand)

Illustration

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Chagrin funambule (Michel Thion)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2018



le regard
un chagrin
funambule

une araignée
à l’affût

(Michel Thion)


Tiré de son livre “Origami” ici

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Voyez écoutez (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

L’INÉPUISABLE

Voyez
écoutez
c’est un tournoiement sans fin
dans cette mort
rien de triste
disait Van Gogh à son frère Théo
avant d’entrer dans la nuit
avec ses doigts de vision
dans cette mort
juste
la traversée du souffle

Voyez
écoutez
c’est un murmure multiple
des secrets endormis
surgissent
comme une danse de lucioles
on entend
la vraie chair de la parole
on entend soudain
la brèche qui nous saisit

Voyez
écoutez
c’est la voix de la voix
cette peau sonore
dont parle René Daumal en funambule
cette peau
ouverte au fond du coeur
au bord de la vie
cette peau
que nous pouvons enfin revêtir
pour de bon

Voyez
écoutez
ce que dit le trapéziste
aux yeux fermés
il faut calciner ses limites
accueillir le crépuscule
et s’y volatiliser
danser jusqu’au bout
pour emplir l’univers
d’un dernier souffle

Voyez
écoutez
plus loin
que le poids de notre naufrage
saluez
celui qui n’a cessé
de tendre son fil d’Ariane
en pointillés d’infini
de semer à la volée
les éclats
d’une confiance illimitée

Voyez
écoutez
Icare aux bras cassés
n’en finit pas
de voler
il écrit dans le ciel
à haute voix
que nous sommes les vrais dieux
les seules étoiles
sous la voûte du cirque

Voyez
écoutez
le danseur du vide
son sourire est un talisman
il dit
la lumière est ma soeur jumelle
j’ai l’impression
d’être au bout du ciel
j’entends la fugue des siècles
tout disparaît
tout apparaît

(Zéno Bianu)

Illustration: Henri Matisse

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DEMEURE DU REGARD (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018




DEMEURE DU REGARD

Tu vas au-dedans de toi-même et l’infime reflet qui serpente et te conduit
n’est pas le dernier regard jeté par tes yeux en se fermant ni le soleil timide taquinant tes paupières :
c’est un ruisseau secret, il n’est pas fait d’eau mais de pulsations :
appels, réponses, appels,
filet de clartés entre les hautes herbes et les bêtes tapies dans la conscience à l’aveuglette.
Tu suis la rumeur de ton sang dans cette contrée inconnue inventée par tes yeux
et tu gravis un escalier de verre et d’eau qui te conduit sur une terrasse.
Faite de la matière impalpable des échos et des bourdonnements,
la terrasse, suspendue en l’air, est un quadrilatère de lumière, un ring magnétique
qui se love, s’élève, s’envole et se plante dans le êirque de l’oeil,
geyser lunaire, tige de vapeur, feuillage d’étincelles, grand arbre qui s’allume, s’éteint, se rallume :
tu es à l’intérieur des reflets, dans la demeure du regard,
tu as fermé les yeux et tu vas de toi-même à toi-même, tu entres et tu sors par un pont de pulsations :

LE COEUR EST UN ŒIL.

Tu es dans la demeure du regard, les miroirs ont caché tous leurs spectres,
il n’y a personne, il n’y a rien à voir, les choses ont quitté leur corps,
ce ne sont plus des choses ni des idées, mais des tirs qui fusent, verts, jaunes, rouges, bleus,
essaims qui tournoient et tournoient, spirales de légions désincarnées,
tourbillon des formes qui n’ont pas encore trouvé leur forme,
ton regard est l’hélice qui propulse et brasse les multitudes incorporelles,
ton regard est l’idée fixe qui taraude le temps, la statue rivée sur la place de l’insomnie,
ton regard tisse et défisse les fils de la trame de l’espace,
ton regard frotte une idée contre l’autre et allume une lampe dans le temple de ton crâne,
passage de l’énonciation à l’annonciation, de la conception à l’assomption,
l’ceil est une main, la main un oeil multiple, le regard a deux mains,
nous sommes dans la demeure du regard et il n’y a rien à voir, il faut repeupler la maison de l’oeil,
il faut que l’oeil peuple le monde, il nous faut être fidèles à la vue, il faut

CREER POUR VOIR.

L’idée fixe taraude chaque minute, la pensée tisse et détisse la trame,
va-et-vient entre l’infini du dehors et ton propre infini,
tu es un fil de la trame et une pulsation de la minute, l’oeil qui taraude et l’oeil tisserand,
quand tu rentres en toi-même tu ne quines pas le monde, fleuves et volcans peuplent ton corps, fourmis et planètes,
dans ton sang voguent des empires, il y a des turbines, des bibliothèques, des jardins,
il y a aes animaux, des plantes, des créatures d’autres mondes, les galaxies gravitent dans tes neurones,
quand tu rentres en toi-même tu entres dans ce monde et dans tous les autres,
tu vois ce que l’astronome a vu dans son télescope, le mathématicien dans ses équations :
le désordre et la symétrie, l’accident et la rime, la duplication et la mutation,
la danse de Saint-Guy de l’atome et de ses particules, les cellules récidivistes, les inscriptions stellaires.

L’extérieur est l’intérieur, nous pénétrons où nous ne sommes jamais allés,
le point de fusion entre ceci et cela est ici même et maintenant,
nous sommes l’intersection, l’X, la fabuleuse croix de saint André qui nous multiplie et nous interroge,
la croix qui en tournant dessine le zéro, idéogramme du monde et de tout un chacun.
Comme le corps astral de Bruno et de Cornelius Agrippa, comme les grands transparents de Breton,
véhicules de matière subtile, câbles tendus de ce côté à l’autre,
nous sommes. la charnière entre cà et là, le signe double et singulier, V et Λ,
pyramides superposées, unies dans un angle pour former l’X de la Croix,
terre et ciel, air et vague, plaine et mont, lac et lave, homme et femme,
la carte du ciel transparaît dans le miroir de la musique,
où l’oeil s’abolit surgissent des mondes :

LA PEINTURE A UN PIED DANS L’ARCHITECTURE ET UN AUTRE DANS LE SONGE.

La terre est un homme, as-tu dit, mais l’homme n’est pas la terre,
l’homme n’est pas ce monde ni les autres mondes qu’il y a sur terre et ailleurs,
l’homme est cet instant où la terre doute d’elle-même, où le monde n’est plus sûr de lui,
l’homme est la bouche qui embue le miroir des similitudes et des analogies,
l’animal qui sait dire non et invente ainsi d’autres affinités et dit oui,
le funambule aux yeux bandés qui danse sur la corde légère d’un sourire,
le miroir universel qui réfléchit l’autre monde en restituant
celui-ci, le miroir qui transfigure ce qu’il dédouble,
l’homme n’est pas ce qu’il est, cellule ou petit dieu, mais celui qui est toujours au-delà.
Nos passions ne sont pas l’accouplement des substances aveugles,
mais la lutte et l’étreinte des éléments riment avec nos désirs et nos faims,
peindre c’est chercher la rime secrète, esquisser l’écho, dessiner le chaînon:
Le vertige d’Éros est la vapeur de la rose bercée sur l’ossuaire,
l’apparition de la nageoire sur la mer à la nuit tombante est le scintillement de l’idée,
tu as peint l’amour derrière un rideau d’ondes flamboyantes

POUR COUVRIR LA TERRE D’UNE ROSÉE NOUVELLE.

Dans le miroir de la musique, les constellations se contemplent avant de se dissiper,
le miroir s’abîme en lui-même, noyé dans la clarté, jusqu’à disparaître dans un reflet,
les espaces glissent et se précipitent sous le regard du temps pétrifié,
les présences sont des flammes, les flammes sont des tigres et les tigres des vagues,
cascade de transfigurations et de répétitions, pièges et trappes du temps :
il faut donner à la nature affamée sa ration de flammes,
il faut agiter le grelot des rimes pour tromper le temps et réveiller l’âme,
il faut planter des yeux sur la place, arroser les parcs d’un rire solaire et lunaire,
il faut apprendre le refrain d’Adam, le solo de la flûte-fémur,
il faut bâtir sur cet espace instable la demeure du regard,
la demeure d’air et d’eau où la musique dort, où le feu veille, où peint le poète.

(Octavio Paz)

Illustration: Muro

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Funambules (Kévin Broda)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Ilustration: Rafal Olbinski
    
Funambules

Autant de funambules
Qu’il y a d’êtres humains
Amour en équilibre
Au-dessus du gouffre
Tous sur le fil du rasoir
Pris dans des histoires
A dormir debout
Et pourtant on rit quand même
Et pourtant on tient à la vie
Comme un chien
Tient à son maître

(Kévin Broda)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: numéro 77
Traduction:
Editions: revue Traction-Brabant

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Il m’a quittée à la nouvelle lune, mon ami, mon amour (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



Il m’a quittée à la nouvelle lune,
Mon ami, mon amour. Tant pis !
Il m’a dit: «Jolie funambule,
Comment vivras-tu jusqu’au mois de mai?»

J’ai répondu comme on parle à son frère.
Pas de jalousie. Pas de scène.
Quatre manteaux tout neufs
Ne pourront pas me consoler.

Oui, je marche au milieu de terribles dangers;
Mais marcher dans l’angoisse est plus terrible encore…
Mon ombrelle chinoise est d’un beau rouge.
J’ai frotté à la craie mes semelles.

L’orchestre joue des choses gaies.
Partout je vois des lèvres sourire.
Mais mon coeur, mon coeur sait trop bien
Que la loge cinq est vide.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Pierre Bonnard

 

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Lui marche sur la Lune (Gilles Guilleron)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2017



Les gens voient le funambule
sur un fil
lui marche sur la Lune

(Gilles Guilleron)

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Les vies et les vents se plaisent (Mackenzy Orcel)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017



Les vies et les vents
se plaisent
comme palustres en fête

gisant des espaces éperdus
les rives se confondent
et se confrontent
dans la tête du funambule
fumeur d’effervescence

des rives avides de rêve

(Mackenzy Orcel)

Illustration

 

 

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