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Poésie

Posts Tagged ‘furieusement’

UNE HEURE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019




    
UNE HEURE

Voici des cerveaux voici des cours
voici des paquets sanglants
et des larmes vaines et des cris
des mains retournées
Voici tout le reste pêle-mêle
tout ce que regrette l’agonie
Le vent peut bien souffler furieusement
en gesticulant
ou siffler doucement comme un animal rusé
et le temps s’abattre
comme un grand oiseau gris
sur ce tas où naissent des bulles
Il ne reste après tout
que cette cendre sur les lèvres
ce goût de cendre dans la bouche
pour toujours

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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La nudité, l’appel, le corps qui cherche (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
La nudité, l’appel,
le corps qui cherche son unité à travers d’autres corps,
sa présence.

Le désir dans le crâne percé,
le sang qui cherche furieusement
à se brancher sur le nerf magique d’un destin
qui lui donnerait l’immortalité d’un sens.

Un baiser referme le monde dans sa nuit.
Un baiser plus profond que la tombe,
et le corps aimé n’est plus corps,
mais oubli, éternité.

Les corps s’aiment
parce qu’ils sont perdus,
pour se retrouver.

Nous avons tous un coeur
proche de se déchirer et prendre feu.
Un corps désiré ranime le goût blessé du vide…

Tomber dans un cri inconnu à travers le corps
qu’on sent à tel point qu’on ne le sent plus.

Le désir cherche à toucher,
mais le contact attendu
est celui de l’essence de la présence.

Aimer voudrait n’avoir pas de corps
pour aller au plus près.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Indifférence (Marybé)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



L’ombre d’une indifférence gît au creux de tes yeux,
Heurte l’âme de mon visage défait
Et se perd dans les remous de mon sang qui se glace.
Ton indifférence cogne de plein fouet aux portes de ma chair
Qui n’ose plus rien que l’immobilité des silences.
Mon corps nu, abandonné dans le lit de l’attente
Risque des gestes inutiles, ridicules pantins
Qui s’agitent saccadés par une sourde douleur.
Mes mains furieusement caressent les débris de ton désir disparu,
Tendu vers un ailleurs sans regrets de tout ce qui fut nous.
Des éclats d’une lassitude pas à pas installée
Luisent au ciel des sentiers de nos nuits.
Sur ma bouche, les traces de nos baisers s’évaporent,
Sur mes lèvres muettes glisse le suc amer
D’un amour éclaté.

(Marybé)

Illustration

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Ma jeune dame aura d’autres amants (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



&

Illustration
    

ma jeune dame aura d’autres amants
mais nul coeur ne s’arrêtera comme le mien
lorsqu’à mon désir elle découvre avec plaisir
de son possible corps la frissonnante faim.

De personne les bras ne crient plus largement
les lèvres ne meurent plus uniquement de la presser—
personne ne fera jamais ce que mon sang
fait contre elle,quand je la serre pour l’embrasser

(ou si parfois elle m’invite dévêtue
à conquérir en profondeur toute sa nudité
sa chair ressemble aux violoncelles nocturnes
contre le violon solitaire du matin)

mieux que nous ne le disent fleurs ou navires,
son baiser furieusement me comprend
comme une forêt radieuse aux grands arbres vifs
—alors qu’importe qu’elle ait une centaine de copains?

elle se souviendra je pense,de mes mains

(il ne faudrait pas s’en montrer jaloux.)
Mon jeune désir ne connaîtra d’autres dames.

***

my youthful lady will have other lovers
yet none with hearts more motionless than i
when to my lust she pleasantly uncovers
the thrilling hunger of her possible body.

Noone can be whose arms more hugely cry
whose lips more singularly starve to press her
noone shall ever do unto my lady
what my blood does,when i hold and kiss her

(or if sometime she nakedly invite
me all her nakedness deeply to win
her flesh is like all the ‘cellos of night
against the morning’s single violin)

more far a thing than ships or flowers tell us,
her kiss furiously me understands
like a bright forest of fleet and huge trees
—then what if she shall have an hundred fellows?

she will remember,as i think,my hands

(it were not well to be in this thing jealous.)
My youthful lust will have no further ladies.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Quand j’ai un peu trop pensé à toi (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



    
quand j’ai un peu trop pensé à
toi et suis simplement complètement
plein de Désir… devine un graduel mouvement
de muscle se mettant à,et ce qu’il me fera
avant de se replier… je comprends
que je t’aime… sentant ton corps qui soudain
m’atteint à la vitesse de blanches paroles

(le simple instant de la parfaite faim
Oui)
combien nage magnifiquement
le monde bouffon dans mes vastes sangs,
fissurant les cerveaux Une lumière vite énorme
—et furieusement perplexe en de,prismatiques,caprices,
le moi bavard aperçoit pris d’une frayeur folle

un têtard comique frétillant dans la boue avec délice

***

when i have thought of you somewhat too
much and am become perfectly and
simply Lustful….sense a gradual stir
of beginning muscle,and what it will do
to me before shutting….understand
i love you….feel your suddenly body reach
for me with a speed of white speech

(the simple instant of perfect hunger
Yes)
how beautifully swims
the fooling world in my huge blood,
cracking brains A swiftlyenormous light
—and furiously puzzling through,prismatic,whims,
the chattering self perceives with hysterical fright

a comic tadpole wriggling in delicious mud

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Une vie sans rien de commun avec la mort (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



Une vie dans le vent, toutes voiles dehors,
Chair, esprit et le coeur et les yeux – extase ou larmes. –
Oh oui, furieusement, toutes voiles dehors:

Une vie sans rien de commun avec la mort.

(Charles Vildrac)


Illustration: Vladimir Kush

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Pourquoi rebondir si furieusement (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Pourquoi rebondir
Si furieusement, grêlons —
Pour finir à plat ?

***

Why is hail so wild,
Bouncing so frighteningly,
Only to lie so still?

(Richard Wright)

 

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