Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘fusil’

Les enfants lisent (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



 

classe 199

Les enfants lisent, troupe blonde ;
Ils épellent, je les entends ;
Et le maître d’école gronde
Dans la lumière du printemps

J’aperçois l’école entrouverte ;
Et je rôde au bord des marais ;
Toute la grande saison verte
Frissonne au loin dans les forêts.

Tout rit, tout chante ; c’est la fête
De l’infini que nous voyons ;
La beauté des fleurs semble faite
Avec la candeur des rayons.

J’épelle aussi moi ; je me penche
Sur l’immense livre joyeux ;
O champs, quel vers que la pervenche !
Quelle strophe que l’aigle, ô cieux !

Mais, mystère ! rien n’est sans tache.
Rien ! — Qui peut dire par quels noeuds
La végétation rattache
Le lys chaste au chardon hargneux ?

Tandis que là-bas siffle un merle,
La sarcelle, des roseaux plats,
Sort, ayant au bec une perle ;
Cette perle agonise, hélas !

C’est le poisson qui, tout à l’heure,
Poursuivait l’aragne, courant
Sur sa bleue et vague demeure,
Sinistre monde transparent.

Un coup de fusil dans la haie,
Abois d’un chien ; c’est le chasseur.
Et, pensif, je sens une plaie
Parmi toute cette douceur.

Et, sous l’herbe pressant la fange,
Triste passant de ce beau lieu,
Je songe au mal, énigme étrange,
Faute d’orthographe de Dieu.

(Victor Hugo)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le vacher et le garde-chasse (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Le vacher et le garde-chasse

Colin gardait un jour les vaches de son père ;
Colin n’avait pas de bergère,
Et s’ennuyait tout seul. Le garde sort du bois :
Depuis l’aube, dit-il, je cours dans cette plaine
Après un vieux chevreuil que j’ai manqué deux fois
Et qui m’a mis tout hors d’haleine.
Il vient de passer par là bas,
Lui répondit Colin : mais, si vous êtes las,
Reposez-vous, gardez mes vaches à ma place,
Et j’irai faire votre chasse ;
Je réponds du chevreuil. – ma foi, je le veux bien.
Tiens, voilà mon fusil, prends avec toi mon chien,
Va le tuer. Colin s’apprête,
S’arme, appelle Sultan. Sultan, quoiqu’à regret,
Court avec lui vers la forêt.
Le chien bat les buissons ; il va, vient, sent, arrête,
Et voilà le chevreuil… Colin impatient
Tire aussitôt, manque la bête,
Et blesse le pauvre Sultan.
À la suite du chien qui crie,
Colin revient à la prairie.
Il trouve le garde ronflant ;
De vaches, point ; elles étaient volées.
Le malheureux Colin, s’arrachant les cheveux,
Parcourt en gémissant les monts et les vallées ;
Il ne voit rien. Le soir, sans vaches, tout honteux,
Colin retourne chez son père,
Et lui conte en tremblant l’affaire.
Celui-ci, saisissant un bâton de cormier,
Corrige son cher fils de ses folles idées,
Puis lui dit : chacun son métier,
Les vaches seront bien gardées.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans le bois de la nuit (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020



Dans le bois de la nuit
Il faudrait des millions de Christine
Et des millions d’Yvon.
Je t’ai embrassée comme une première fois
Petite fille, je te le jure.
Tu sentais la vie comme la bruyère
Comme le dahlia frais de rosée
Sur ma figure.
Ton baiser était nouveau
Profond comme la forêt
Long comme le chemin
Et on s’est perdu
Dans un petit bois d’un petit village
Peut-être qu’on voulait se perdre ?
On a ri comme des gosses,
Regarde les gens,
Ils sont heureux de nous voir.
Endors-toi,
Réveille-toi,
Prends la bruyère
Cours, aime, chante, dis l’amour ; fais l’amour.
On ne peut pas nous tuer
La vie rigole Christine,
Parce que les enfants sont gentils
Quand on ne les frappe pas ;
Parce qu’on était heureux
Avec nos deux mains
Avec nos lèvres
Avec nos caresses
Avec nos yeux bleus et marrons
L’autre jour, l’autre vie dans la forêt
Aujourd’hui, demain je t’aime,
Viens avec la Vie, on se rencontrera,
C’est vrai
J’arrête mes mots parce qu’on s’embrasse,
Tu joues
Tu travailles
Tu ris à côté
de moi et tu me dis « Viens plus près ».
Il faudrait des millions de Christine
Et des millions d’Yvon.
Tu es là comme pour la première fois
Il ne faut pas se perdre
Donne-moi la main,
Ta main qui travaille, qui caresse, qui…
Porte un fusil pour s’aimer.

(Yvon Le Men)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

GABRIEL PÉRI (Paul Éluard)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2020



GABRIEL PÉRI
    
Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

(Paul Éluard)

 

Recueil: Au rendez-vous allemand
Traduction:
Editions:

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chanson du rémouleur (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2020



Illustration: Paul Hey
    
Chanson du rémouleur

Donnez-moi je vous prie
Vos ciseaux
Vos couteaux
Vos sabots
Vos bateaux
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie

Donnez-moi je vous prie
Vos cisailles
Vos tenailles
Vos ferrailles
Vos canailles
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie

Donnez-moi je vous prie
Vos fusils
Vos habits
Vos tapis
Vos ennuis
Je rémoule et je fuis

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le brouillard est au long de nous (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019



    

Le brouillard est au long de nous…
À Pierre Seghers

Le brouillard est au long de nous
C’est comme une femme étendue
Les arbres de son sexe roux
Le bleu de sa peine mal tue
-— Je t’offre la douceur de tout.

Moi, je marche et je suis en guerre
J’ai mon fusil de lyre à feu
Mon casque et dans mes cartouchières
Trente-cinq cris de frères blonds
Qui m’eussent pu sourire hier.

La route est une image d’âme
Avec ses trous, ses flaques d’eau
Je suis un grand blessé d’étoiles
Infirme d’un coeur à vau-l’eau
Sur un radeau d’aubépines pourries.

(Luc Bérimont)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le martinet (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Martinet aux ailes trop larges,
qui vire et crie sa joie autour de la maison.
Tel est le coeur.

Il dessèche le tonnerre.
Il sème dans le ciel serein.
S’il touche au sol, il se déchire.

Sa repartie est l’hirondelle.
Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour?

Sa pause est au creux le plus sombre.
Nul n’est plus à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté,
il filera dans les ténèbres,
par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’yeux pour le tenir.
Il crie, c’est toute sa présence.
Un mince fusil va l’abattre.
Tel est le coeur.

(René Char)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

JE PLONGE EN TOI… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



JE PLONGE EN TOI…

Je plonge en toi comme un forçat
Dans les douves de sa prison :
L’eau se referme et l’enracine
De tout son ventre, mais, au bord,
Dans les fusils monte en silence
La sève noire de la mort.

Qu’importe, puisqu’il est au fond
De lui-même comme une pierre
En son ciment d’éternité,
A sa belle, à sa libre étoile,
Pour la première fois couché.

Qu’importe, puisque dans ces chambres
Où l’on se jette en haletant,
Je vis en toi le seul instant
Où les choses sont dans le monde
Ce que les font mes mains aimantes !

Dehors, la salve et la curée !
Dedans, la bête se fait homme :
Je suis nageur, je suis poumon,
Je suis la vague, je suis l’air
Qui me manquera tout à l’heure
Quand je tomberai sous les coups,
Emerveillé d’avoir vu naître
Ma propre image dans ta chair.

(Jean Rousselot)

Illustration: Pascal Renoux

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce qui parle (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Ce qui parle dans le bois, ce qui parle au bord
du gouffre et dans l’horloge et dans l’effondrement
des heures, te ressemble.

Ce qui parle dans le feuillage des consonnes,
dans l’encre des nuages, te ressemble.

Ce qui parle dans les plaies et les fusils sanglants
dans les crimes et les branches brisées
de la forêt humaine, te ressemble.

(Lionel Ray)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ils étaient jeunes ils étaient beaux (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




    
Ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de bleu vêtus
Ils sont partis
fleur au fusil

Il verrait bien de quel bois
on se chauffe
l’ennemi
On le repousserait chez lui
Et puis
on rentrerait chez soi
C’était l’affaire de quelques mois

Dans les tranchées d’en face
ils étaient jeunes
ils étaient beaux
de gris vêtus
Un peu plus blonds peut-être

D’un côté comme de l’autre
tous avaient laissé
leur mère, leur sœur, leur fiancée
leur femme, leurs enfants
et les enfants à naître

Ils leur avaient bourré la tête
les bons apôtres :
ils se battraient pour la Nation

Mais ils n’étaient rien que les pions
d’un échiquier géant
dont les joueurs étaient seuls maîtres

Chair à canon
ils ont été déchiquetés
les bruns, les blonds
les bleus, les gris
Leur sang était le même

Dans leur âme et dans leur corps
à tout jamais meurtris
tous ceux qui ne sont pas tombés
au champ d’horreur
en criant : « Maman ! »

Il y a toujours une guerre quelque part
Quand comprendrons-nous ?
Quand comprendrons-nous ?

(Béatrice Bastiani-Helbig)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :