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Poésie

Posts Tagged ‘fusiller’

L’aube serait belle (Gérard Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2020



Illustration: Thérèse Bisch
    
L’aube serait belle
Sans la plainte

Sans ceux que l’on a fusillés
Quand le jour se lève

Sans ceux écartés
Contre toute raison de justice

La vérité ne peut pas rencontrer
La philosophie

Cette dimension ici et là
Traverse le cancer de toutes les gorges

Sous l’eau froide du lac
Grouille une vermine étincelante

Parler avec si peu
Pour ceux qui seraient beaucoup

(Gérard Lemaire)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Un poète à hauteur d’homme
Traduction:
Editions: du Contentieux https://lecontentieux.blogspot.com/

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Poussières de Juillet (Kateb Yacine)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



Kateb Yacine
    
Poussières de Juillet
(Extrait)

Le sang
Reprend racine
Oui
Nous avions tout oublié
Mais notre terre
En enfance tombée
Sa vieille ardeur se rallume

Et même fusillés
Les hommes s’arrachent la terre
Et même fusillés
Ils tirent la terre à eux
Comme une couverture
Et bientôt les vivants n’auront plus où dormir

Et sous la couverture
Aux grands trous étoilés
Il y a tant de morts
Tenant les arbres par la racine
Le coeur entre les dents

Il y a tant de morts
Crachant la terre par la poitrine
Pour si peu de poussière
Qui nous monte à la gorge
Avec ce vent de feu

Ainsi qu’un boulet rouge
Aveugle
Sans retour
Quel ancêtre abattu t’oublia dans son crâne
Fleur de poussière éclose aux lèvres du Rhummel
Laitance d’enfant sevré
Qui fit pousser nos dents toutes neuves?

Tant de fois abattu
L’ancêtre au loin s’obstine
Sa tête
Au fond du fleuve Et du soleil
Détale
[…]

(Kateb Yacine)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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J’AI DÉMONTÉ MA VIE (Claude Prouvost)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

monologue

J’AI DÉMONTÉ MA VIE

Lorsque tu m’as quitté j’ai replié le ciel,
J’ai arraché les fleurs, j’ai raboté les dunes,
J’ai bu les océans, dévissé le soleil,
J’ai avalé le vent, j’ai décroché la lune ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai vidé les rivières,
J’ai repeint les prairies, bâillonné les oiseaux,
J’ai éteint les volcans, j’ai écrasé les pierres,
J’ai fondu les glaciers, j’ai coulé les bateaux ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai noyé les déserts,
J’ai asséché la pluie, j’ai mangé mes poèmes,
J’ai fermé les chemins, inondé les polders,
J’ai renié tous les dieux, j’ai caché mes « je t’aime » ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai détruit les villages,
J’ai brisé la montagne, effacé la forêt,
J’ai rasé les vallées, j’ai cassé les rivages,
J’ai comblé tous les puits, j’ai brûlé l’alphabet ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai fusillé les rois,
J’ai tué les aigles noirs, cultivé l’hérésie,
J’ai damné tous les saints, j’ai abrogé les lois ;
Lorsque tu m’as quitté, j’ai démonté ma vie !

(Claude Prouvost)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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LA BELLE DORMEUSE (Ulysse Envers)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




LA BELLE DORMEUSE

Si jolie quand vous dormez,
Si sexy sous vos rondeurs,
Je vous regardais rêver
Dans ce wagon voyageur.

Votre corps était lové
Comme une oeuvre de sculpteur
Qui eût voulu mélanger
L’érotisme et la pudeur.

J’avais très envie d’humer
De vos cheveux les senteurs,
M’approcher pour effleurer
Vos joues d’un doigt cajoleur.

Mais comment vous proposer
Même avec de la douceur,
Mes genoux comme oreiller,
Sans passer pour un dragueur ?

Réveillée pour présenter
Votre titre au contrôleur,
Je vous ai vue fusiller
De vos yeux l’enquiquineur.

Vous m’avez abandonné
A mon sort d’admirateur
En oubliant d’emporter
Votre charme ravageur.

(Ulysse Envers)

Illustration: José Vital Anselmo

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Avant la suite (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



Illustration: Man Ray

    
Avant la suite

J’ai mis du rouge aux lèvres des mots
et je suis sorti dans la rue livide
à l’heure où les chiens se disputent
des lambeaux de clair de lune,
à l’heure où l’on entend les pas
de ceux qui vont fusiller
s’ils trouvent un fusil.
Des prostituées ont embrassé
les lèvres rouges de mes mots
puis me les ont rendues
en me disant que mieux valait
les poser sur les lèvres de femmes
qui serrent la nuit dans leurs bras
à défaut d’amant ou d’enfant.

(Jean-François Mathé)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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La nuit me rêve (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Patricia Blondel
    
La nuit me rêve

La nuit me rêve. Une goutte d’or pur
sous le lilas s’écrase comme un pleur.
J’offre à l’obscur un éclair de ma vie,
le souvenir d’avoir été soleil.

Dans quel espoir as-tu trempé ta plume,
dans quel voyage as-tu trouvé le lieu
où l’univers se moulait dans ta cire ?

Le vent me parle. Au coeur de ces vallées,
ce sont les voix qui montent du passé.
Pour quel message ? Une ronde s’arrête
et chaque enfant c’est une heure figée.

Je tourne et tourne, aiguille solitaire
car m’arrêter serait fusiller l’heure
inscrite au front de ces enfants précaires.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Putain d’amour (Louis Chedid)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2016



Putain d’amour qui nous délaisse après nous avoir tant aimé
Putain d’amour qui fusille après avoir bien ensorcelé
Putain d’amour coulée de lave sur l’obscène des illusions
Putain d’amour comme une épave
Putain d’amour

Putain d’amour qui lacère après avoir tant caressé
Qui mord qui griffe qui marque aux fers
Putain d’amour défiguré

Putain d’amour qui parlemente
Voudrait bien trouver les mots

Les circonstances atténuantes
Putain d’amour, procurez-moi une arme blanche
Que j’étripe ce sale dimanche
Où l’amour qui transformait tout
Est devenu celui qui rend fou…

Putain d’amour qui se lamente
Se prosterne et supplie
Pour qu’on le laisse encore en vie
Mais c’est déjà fini…
Putain d’amour
Putain d’amour
Putain d’amour

(Louis Chedid)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Les cigales (Henri Deluy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2015


cigale

Seules les cigales savent se taire.
Adhérer au silence, comme fusillées.
Jusqu’à ce qu’elles n’y tiennent plus
Et se mettent à rebâtir la même phrase.

L’orage, lui, se couvre d’un linge.

(Henri Deluy)

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