Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘futur’

Le Guet (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2020


pqu90t7f

Sur le fin taillis des ramilles
à contre-jour du ciel d’hiver
longtemps l’oiseau en silhouette
noire surveillait l’horizon.

Te voyait-il à ta lucarne
vieil homme incertain de lui-même
entre lassitude et bonheur
d’un oeil inquiet le contemplant?

De l’oiseau corneille ou corbeau
guetteur à la cime des branches,
du rêveur perdu dans la neige
de l’âge et des pensées frileuses

lequel des deux inventait l’autre
lequel à la vie démentielle,
somptueuse, éparse en l’univers,
serait messager du futur?

(Georges-Emmanuel Clancier)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Soeurs ennemies (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Soeurs ennemies

La femme à la langue meurtrie
Lasse d’égrener l’exil
La femme à la langue scellée
Lasse de prévoir les ghettos
Surprennent dans l’exil de leurs fils
L’aiguillon de la haine
Les fièvres du talion

Pourtant
Dans la sagesse de leur sang millénaire
Dans l’espérance d’un sang pour vivre
Dans le secret d’un sang
Où s’abreuvent mêmes racines
S’ébranle le souffle de l’alliance
Et des promesses à venir

Elles vont Elles iront
Dans le futur qu’elles nomment
Ces femmes sans frontières
Au présent dévasté.

(Andrée Chedid)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CONJUGAISON D’AMOUR … POUR UN ENFANT (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020



CONJUGAISON D’AMOUR … POUR UN ENFANT

Un vent d’Amour a conjugué
Au « présent » le verbe s’aimer
Et c’est ainsi qu’en doux murmures
La vie engendra le « futur ».

Le « passé », « simple ou composé »
De rêve et de réalité
Se voit subitement refait
Par un désir « plus-que-parfait » …

Au « présent » du « conditionnel »
L’espérance prendra des ailes
Criant son bonheur à tout prix
D’un « verbe » haut ! Avec des si …

Si l’on peut ceci … ou cela …
Si l’enfant est beau comme un Roi …
S’il a la grâce de sa mère …
La force tranquille de son père …

Mais, le « futur » n’en a que faire
Il dort … tout au creux de sa mère
Ne demandant que de l’Amour
A partager jour après jour.

Il pourra bientôt « conjuguer »
A tous les « temps » le « verbe » aimer
Et celui d’ « être » à part entière
Au milieu de cet Univers !

Le « passé » a fermé ses portes
C’est le vent d’Amour qui l’emporte
Il se tient fier, droit comme un if
Le Bonheur est « impératif » ! …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Jean Louis Jabalé

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Grand monde (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



Grand monde

Non, mon coeur n’est pas plus grand que le monde.
Il est bien plus petit.
En lui pas même ne tiennent mes douleurs.
C’est pourquoi j’aime tant à me raconter.
C’est pourquoi je me déshabille,
c’est pourquoi je me crie,
c’est pourquoi je fréquente les journaux, je m’expose crûment dans les librairies
j’ai besoin de tous.

[…]

Jadis j’ai entendu les anges,
les sonates, les poèmes, les confessions pathétiques.
Jamais je n’ai entendu voix humaine.
En vérité je suis fort pauvre.

Jadis j’ai voyagé
en des pays imaginaires, faciles à habiter,
des îles sans problèmes, épuisantes pourtant et conviant au suicide.
Mes amis sont partis pour les îles.
Les îles perdent l’homme.
Quelques uns pourtant en ont réchappé et
ont rapporté la nouvelle
que le monde, le grand monde grandit de jour en jour,
entre le feu et l’amour.

Alors mon coeur aussi peut grandir.
Entre l’amour et le feu,
entre la vie et le feu,
mon coeur grandit de dix mètres et explose.
– Ô vie future! nous te créerons.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: William Blake

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

L’heure (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020



 

L’heure où l’enfant s’arrêtait
de jouer avec des coquillages
étincelait de futur
les valves au dedans lisse
gardaient l’odeur de la mer
l’on entendait hacher
pour les bêtes les herbes amères
les mouches sur les mots
du calendrier des jours
se posaient entre les murs étanches
et la phrase
se détachait d’entre les lèvres
livrant à l’espace des ondes éternelles.

(Jean Follain)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LES FLEURS DU PAPIER (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2020



Illustration
    
LES FLEURS DU PAPIER

Je t’avais dit tu m’avais dit
je t’avais dit je t’avais dit tu m’avais dit
je t’avais dit tu m’avais dit je t’avais dit tu m’avais dit je t’avais dit

— Oh comme les maisons étaient hautes !
Oh comme le vieil appartement sentait la poussière !
Oh comme il était impossible à retrouver
le temps du soleil le temps du futur, des fleurs du papier !
Je t’avais dit tu m’avais dit
je t’avais dit je t’avais dit tu m’avais dit.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’identité obscure (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



L’identité obscure

C’est comme un feu mais sans feu, sans futur ni passé,
le corps est si léger qu’il semble flotter sur les
heures arrêtées, dans l’étincellement du matin,
je l’appelle le présent, ce feu, il est partout,
il est insaisissable, la main se tend, ne touche
qu’un vide qui lui ressemble, une sorte d’ombre claire,
l’envers des choses qui s’effacent et qui jaillissent,
dessinent sur les yeux le leurre de leur présence,
je sais qu’elles ne sont pas et pourtant je prononce
leur nom, ce souffle d’air qui les fait durer un peu
le temps de croire que plus que moi elles demeurent
peuplant l’espace que je traverse et que je laisse,
table, dis-je, voilier, pins, genoux, eucalyptus …

(Jacques Ancet)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Même après la nuit de la chute (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019




    

Même après la nuit de la chute
jusqu’à l’abîme, tu resteras
dans les orbites de nos proches et amis
Une demeure : La poésie comme l’amour a ses portes et ses légendes
Elle accorde pour les amants et les poètes les baies de ses désirs,
les couches de ses voluptés,
et ses répits.
Notre mort sera
une autre langue
dans les ascensions de nos futurs secrets.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un futur proche (Yves Barré)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019




    
Un futur proche

Je ne sais pas
ce qui m’attend
mais
ce qui m’attend
ne sait pas non plus
qu’il va devoir
composer avec moi.

(Yves Barré)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Quasi-poèmes
Traduction:
Editions: Polder

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Idylle morte (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Illustration
    
Idylle morte

Que fait donc à cette heure Rita ma douce andine
de jonc et de cape;
maintenant que m’asphyxie Byzance, et que sommeille
en moi le sang, comme un pâle cognac.

Où peuvent être ses mains qui d’un humble geste
repassaient dans le soir des blancheurs futures ;
maintenant, sous cette pluie qui m’enlève
l’envie de vivre.

Que sont devenus sa jupe de flanelle; ses
rêves; sa démarche;
sa saveur de canne à sucre d’un Mai villageois.

Elle doit être au soir sur le seuil regardant quelque nuage,
puis elle dira en tremblant : « Quel froid il fait… mon Dieu!»
et pleurera sur les tuiles un oiseau sauvage.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :