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Posts Tagged ‘futur’

Demain (Léon Deubel)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

Demain

En vain, le jour adverse évoque ceux qui tombent
Et dont la chute, au loin, dans l’âme nous répond :
En vain, le fleuve nu prépare sous ses ponts
Un départ, sans adieux, d’irrésistibles tombes ;

En vain, pour dévoyer mon effort qui succombe,
La noire Faim suspend de périlleux balcons
Sur les galets battus de rêves inféconds ;
En vain, l’amer chagrin réprimé vire en trombe ;

Demain paraît ! Demain ! jour où, sur plus d’un front,
Tournants et lumineux, mes pas s’affermiront,
Où d’un geste, arrachant des trompettes à l’ombre

Pour déployer mes cris jusqu’au suprême azur,
Comme une horde dense au milieu des décombres,
Je pousserai mes vers sur le monde futur.

(Léon Deubel)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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FUTURE LARME (Ion Deaconescu)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2019



Illustration: Tineke Storteboom
    

FUTURE LARME

La vague gronde, se soulève
Son échine d’écume
Écrase l’instant
Laisse des traces profondes
Dans le ciel terrorisé.

Un jour viendra peut-être
Où les ombres des bateaux
Annonceront le secret de l’horizon.
Ainsi Icare, aux ailes de pierre
Volant derrière l’horizon
Se révèle une future larme
Une larme du temps.

***

ZUKÜNFTIGE TRÄNE

Die Welle knurrt, rebelliert,
Ihr Schaumrücken
Zerschlägt den Augenblick,
Hinterlässt tiefe Zeichen im dermaßen
Erschrockenen Himmel.
Vielleicht werden eines Tages
Die Schatten der Schiffe
Das Geheimnis der Ferne verkünden.
Wie Ikarus, mit Steinflügel
Hinter dem Horizont fliegend
Sich als zukünftige Träne entpuppt,
Als Träne der Zeit.

***

未来的眼泪

海浪咆哮,反叛,
它泡沫的背面
粉碎瞬间,
把深深印记留在
如此恐怖的天空。

也许有一天
航船的影子
将标志距离的神秘。
像伊卡洛斯,有石头翅膀,
飞到地平线的后面,
将自己展现为未来的一滴眼泪,
像时间的一滴眼泪。

***

FUTURE TEAR

The wave growls, rebels,
Its back of foam
Smashes the moment,
Leaves deep marks in the
So terrified sky.
Maybe one day
The shadow of the ships
Will proclaim the mystery of the distance.
Like Icarus, with stone wings,
Flying behind the horizon,
Revealing itself as a future tear,
As a tear of the time.

***

LÁGRIMA FUTURA

La ola gruñe, se rebela,
Su espalda de espuma
Rompe el momento,
Deja marcas profundas
en un más que asustado cielo.
Quizás un día
Las sombras de los barcos
Proclamarán el misterio de la distancia.
Como Ícaro que, con alas de piedra,
Volando más allá del horizonte
Se manifiesta como lagrima futura,
Como lagrima del tiempo.

***

TOEKOMSTIGE TRAAN

De golf gromt, rebelleert,
Haar schuimrug
Verplettert het ogenblik
Laat diepe sporen na in de zozeer
Geschrokken hemel.
Misschien komt er een dag
Waarop de schaduwen van de schepen
Het geheim van de verte zullen verkondigen.
Zoals Icarus, met stenen vleugels
Achter de horizon vliegend
Zich als toekomstige traan ontpopt,
Als traan van de tijd.

***

LACRIMA DI FUTURO

L’onda righia, ribelle,
la sua schiena di schiuma
infrange l’attimo,
lascia segni profondi
in un cielo di paura.
Forse un giorno
l’ombra delle navi
proclameranno il mistero della distanza.
come Icaro, con ali di pietra,
volando oltre l’orizzonte,
svelandosi come una lacrima di futuro,
come una lacrima del tempo.

***

LÁGRIMA FUTURA

A onda ruge, se rebela,
Sua espalda de espuma
Rompe o momento,
Deixa marcas profundas no mais que assustado céu.

Quem sabe um dia as sombras dos barcos
Proclamarão o mistério da distância.
Como Ícaro, que com asas de pedra,
Voando mais além do horizonte
Manifesta-se como lágrima futura,
Como lágrima do tempo.

(Ion Deaconescu)

 

Recueil: ITHACA 588
Traduction: Français Gabriela Căluțiu Sonnenberg – Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Chinois William Zhou / Anglais Gabriela Căluțiu Sonnenberg – Germain Droogenbroodt / Espagnol Rafael Carcelén / Néerlandais Gabriela Căluțiu Sonnenberg – Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia
Editions: POINTS

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Dans le tissu du poème (René Char)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



 

Talon Abraxas 1980 - British Surrealist painter - Tutt'Art@ (31) [1280x768]

Dans le tissu du poème doit se retrouver un nombre égal de tunnels dérobés, de chambres d’harmonie,
en même temps que d’éléments futurs, de havres au soleil, de pistes captieuses et d’existants s’entr’appelant.
Le poète est le passeur de tout cela qui forme un ordre.
Et un ordre insurgé.

(René Char)

Illustration: Talon Abraxas

 

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Temps passé et Temps futur (Thomas Stearns Eliot)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -   (89)

Temps passé et Temps futur
Permettent à peine d’être conscient.
Être conscient, ce n’est pas être inscrit dans le temps.
Et pourtant
Et pourtant, c’est seulement á l’intérieur
du temps que le moment dans le jardin des roses
Que le moment sous la tonnelle où battait la pluie
Que le moment dans l’église où soufflait le vent et où retombait la fumée
Peuvent être remémorés; enchevêtrés dans le passé et le futur.
C’est seulement dans le temps que peut être conquis le temps.

(Thomas Stearns Eliot)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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La rivière coule en nous (Thomas Stearns Eliot)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -  (40)

La rivière coule en nous
Je suis ici ou là, ou ailleurs
Essayant de délier, de dérouler, de démêler
Et de réassembler le passé et le futur.

(Thomas Stearns Eliot)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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HIER FUT LA FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
HIER FUT LA FIN

Hier fut la fin le chaos
l’indiscernable. Mais
de l’horreur naquit le passage entre
les blocs.
Vint le frisson
secouant les rafales
soubresauts de l’obscur.
S’avança le silence
ordonnateur inventeur
de pauses, d’oublis souverains.
Il fut permis de voir d’entendre
d’accéder aux cimes froides
où clame la clarté
où tout commence
avec la pointe et l’éclair
le rythme et la faux le secret
la fuite joyeuse des temps, le cruel
message à déchiffrer
puis à déchirer à jeter,
le peu à peu le bientôt
le jamais encore
l’ombre aux abois le peut-être
les lueurs
futures
le feu qui grandit
le souffle

porteur de la parole.

Mais c’est le souffle aussi
qui saura seul
éteindre tout
pour rendre à la Nuit
son empire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’EST À DIRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Illustration: Fernand Dubuis

    
C’EST À DIRE
(Le bruit qui n’est pas entendu)

Pour Fernand Dubuis, qui a enrichi ce texte de couleurs rares aux harmonies inattendues.

Au tournant du verbe
accablé de masques
dont l’être intermittent
parfois surgit
lampe éphémère
pour que renaissent
les ténèbres
en vain refoulées
parfois plonge à l’oubli définitif
recours
depuis l’origine inconnue
jusqu’au-delà du futur
où tant de douleurs
enfin pétrifiées seront
c’est-à-dire
ne seront plus
voici pour le veilleur
ensommeillé
l’écho qui s’interroge
au-dehors sans répondre
le sifflement de l’ennemi
sous la porte
peut-être la clé
perdue
ou du moins ce mince fil
conducteur de vocables
mais pour qui mais pourquoi
s’il n’est rien
s’il s’enroule inutile
à l’index
ou s’il
retentit solitaire
ou s’il est incapable
de révéler autre chose
que sur le sol
à l’ombre de l’été
ce peu de traces
d’un passage
ou le bruit qui n’est pas entendu
ou les couleurs légères
de l’averse que le soleil
dispense à l’ennui
du littoral
lorsque tout espoir
et tout mal
évanouis
le sable
entonne le tumulte
les cris les rires
la blessure
et le silence même
dans une tête
aux dents serrées
inutile témoin
sur l’astre feu
lentement refroidi
d’être là
et ainsi et ainsi
et toujours
et si vous voulez
que je m’arrête
donnez-moi le mot
sinon— sans fin

je continue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Axiome (Maggy De Coster)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



 cahier

Axiome

Dans mon cahier de brouillon
j’ai brouillé la piste des étoiles
hachuré la courbe des ans
dessiné les contours du futur
schématisé la forme des saisons
tracé le diagramme des tropiques
souligné les paramètres de la vie
illustré les arcanes de l’amour
décalqué les lunaisons des sentiments
Reste à boucler le cycle de ma jeunesse

(Maggy De Coster)

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Sang d’étoile (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Renaud Baltzinger
    
Sang d’étoile

Tu viens des étoiles
et ta parole de lumière
brille
— un défi au néant
ou l’ultime feu d’une mémoire
abolie ?

Tu reviens
des étoiles
et ton regard enfin
s’ouvre
sur la lumière perdue
mais future
de notre exil inassouvi.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Un poème a perdu l’image (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration
    
Un poème a perdu l’image qui le fit naître.
La petite illumination qui accompagnait l’image
et qui l’avait peut-être créée,
resta là désabritée comme un vol sans oiseau.

La petite illumination
oublia alors le poème
et entra dans les yeux du poète
afin qu’ils voient au moins
le poème non écrit.

Et aussi pour attendre en eux
et s’ajouter à tout poème futur.

***

Un poema perdió la imagen que lo hizo nacer.
La pequeña iluminación que venía con la imagen
y que quizá la había creado,
quedó allí desguarnecida como un vuelo sin pájaro.

La pequeña iluminación
olvidó entonces al poems
y ypenetró en los ojos del poeta,
para dejar que vieran por lo mens
el poema no escrito.

Y además para aguardar en ellos
y sumarse a cualquier poema futuro.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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