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Posts Tagged ‘(G.L. Godeau)’

Ils me prennent pour un enfant (Georges-L Godeau)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021


papa

 

J’ai huit ans. Mon père est mort.
Le soir à ma maison, je suis seul,
j’apprends mes leçons à haute voix
en attendant ma mère.
Quand elle tarde, je prépare le feu,
je dîne et je me couche.
Les yeux ouverts, j’écoute les bruits de la nuit.
Parfois, les voisins inquiets ouvrent la porte
sur la pointe des pieds.
Ils me prennent pour un enfant.

(Georges-L Godeau)

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Abîme (G.L Godeau)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018


Le soir, quand tu sors tes clés pour fermer la salle de lecture, je suis le dernier.
Je remets les journaux à leur place.
Et tu me dis en rougissant: « Ne vous donnez pas la peine, monsieur; je suis là pour ça ».
Tes longs cheveux dénoués et ma veste souris iraient très bien ensemble.
Nous le savons aux sourires que nous échangeons pour affaires au-dessus du fichier.
Mais il y a tant de choses à remuer que nous nous suffisons à ces mots de vieillard.

(G.L Godeau)


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Un samedi (Georges-L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018


l'aube-800

 

Il y en a partout qui posent leur sac
sur le trottoir, autour du marché,
et qui respirent avant de repartir.
Celui-ci a posé le sien et il s’appuie
à bout de forces sur sa canne.
Sa figure de terre s’accroche à tous
comme pour dire:
« Vous ne voyez donc pas…? »
Nul ne peut se charger, un samedi,
d’un vieux qui va mourir.

(Georges-L. Godeau)

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Lui dire à demain ne le concerne plus (Georges-L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018


 

Au fond du jardin,
à l’hôpital,
les chambres mortuaires.
Sur une porte, le nom de mon père.
Tout le monde peut le voir une dernière fois.
Bien rasé, buste haut, il pavane
comme un général sur un chariot tout blanc.
Autour, des chaises pour s’asseoir avec lui.
Quand on se lève pour partir,
il ne fait plus rien pour vous retenir.
Lui dire à demain ne le concerne plus.

(Georges-L. Godeau)

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La valise (Georges-L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018


Hilaire est à la foire.
Il pense à sa femme
qui garde la ferme.
Alors il achète un cadeau.
Une valise blanche
garnie de linge fin.
Il rentre tôt.
Il pose le présent sur la table.
Sa jeune femme est médusée.
Jamais elle n’a vu de valise blanche.
Elle a une idée.
Vite elle dénoue son tablier,
elle met son manteau
et prend la valise.
Elle se regarde
dans le grand miroir,
elle est élégante,
elle marche,
elle arrive à la ville,
elle monte dans le train pour Paris.
Paris, Hilaire!
Le paysan se tait.
Il attend patiemment
qu’elle revienne.
C’est son premier voyage.

(Georges-L. Godeau)

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Dans ma tête (Georges-L Godeau)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017


enfant

 

Je suis Jeanpierre
que sa mère oublia
près d’une fontaine.
Elle ne put jamais revenir.
Ca me ferait plaisir de la connaître, encore.
Il m’arrive de l’imaginer et de choisir parmi les femmes.
Pas celles, joviales, qui ont des enfants.
Mais les autres, les grandes dames
qui passent en voiture,
sans regarder.
Aussi la vendeuse de journaux
qui ne pouvait élever un enfant.
Tout ça c’est dans ma tête bien fermée
et nul ne peut entrer dans ma tête.

Sauf ma mère.

(Georges-L Godeau)

 

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Le trou (G.L Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016


Un homme en slip et chapeau de paille
marche à quatre pattes sur la plage.
Il trie les cailloux blancs
pour écrire le nom de sa petite fille.
Quand le soleil est fort,
il tombe et gît comme une méduse.
C’est un constructeur de barrages.
Là-haut, on attend son retour
pour couler la travée centrale.

(G.L Godeau)


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Estivants (G.L Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016


Des charrettes d’humains ont été déversées sur le sable.
Agglomérés autour des parasols, ils badigeonnent leurs corps blancs.
Ils se lèvent deux fois par jour.
A regret, ils entrent dans la mer, font la grimace
et regagnent leur place.
A bout portant, le soleil les cuit.
Ils sont venus exprès.

(G.L Godeau)


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Non conformes (G.L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016


Il était vêtu à la mode passée.
Même sa moustache n’était plus à jour.
Elle, portait une robe à pois et quinze ans
dans un visage fait pour le sourire.
Ils se tenaient les mains,
peut-être pour la première fois.
Parce qu’ils n’avaient aucun point commun,
l’âge, la beauté, la façon de marcher
ou de tenir les bras,
les gens les regardaient,
et eux, ils regardaient les gens
parce qu’ils avaient décidé
que ce serait ainsi.

(G.L. Godeau)


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Code secret (G.L Godeau)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2016


Je te lance la balle, tu me la relances.
Trois garçons sont assis sur le sable.
Une fille, debout, distribue le jeu.
Lance au premier, lance au second.
Patient, le troisième attend son tour
qui ne vient pas.
C’est le plus beau des trois.
La fille en est amoureuse.
C’est sa façon de le lui dire.

(G.L Godeau)


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