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Posts Tagged ‘(Gabriela Mistral)’

HONTE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



HONTE

Me regardes-tu et je deviens belle
comme l’herbe que couvre la rosée,
et les grands roseaux, près de la rivière,
ne reconnaîtront mon air triomphant.

J’ai honte d’avoir la bouche si triste
et la voix cassée et les genoux rudes.
Depuis qu’es venu et m’as regardée,
je palpe mon corps et je me sens pauvre.

Tu n’auras trouvé de pierre en chemin
plus nue de clarté dans le jour naissant
que cette femme sur qui as levé
les yeux quand tu l’as entendue chanter.

Je ne dirai mot pour que ceux qui passent
dans la plaine, oui, ne voient mon bonheur
dans l’éclat qu’il donne à mon front grossier,
dans le tremblement agitant ma main…

I1 fait nuit, la rosée descend sur l’herbe ;
couve-moi des yeux, dis-moi des mots tendres,
car demain ce que tu as embrassé
sera la beauté descendant vers l’eau !

***

VERGUENZA

Si tú me miras, yo me vuelvo hermosa
como la hierba a que bajó el rocio,
y desconocercin Ti faz gloriosa
las alias cañas cuando baje al río.

Tengo vergüenza de mi boca triste,
de mi voz rota y mis rodillas rudas.
Ahora que me miraste y que viniste,
me encontré pobre y me palpé desnuda.

Ninguna piedra en el camino hallaste
más desnuda de luz en la alborada
que esta mujer a la que levantaste,
porque oíste su canto, la mirada.

Yo callaré para que no conozcan
mi dicha los que pasan por el llano,
en el fulgor que da a mi frente tosca
y en la tremolación que hay en mi mano…

Es noche y baja a 1a hierba el rocío;
mírame largo y habla con ternura,
¡que ya manaña al descender al río
lo que besaste llevará hermosura!

(Gabriela Mistral)


Illustration: Alexandre Séon

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Les os des morts (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



Les os des morts

Les os des morts
savent poudrer d’une glace subtile
les bouches de ceux qui aimèrent.
A tout jamais ils les empêchent d’embrasser !

Les os des morts
jettent leur blancheur à 1a pelle
sur la flamme brûlante de la vie.
Ils lui tuent toute ardeur!

Les os des morts
ont un pouvoir plus grand que la chair des vivants.
Car bien qu’épars ils sont de durs chaînons
qui nous retiennent, soumis et captifs!

***
Los huesos de los muertos

Los huesos de los muertos
hielo sutil saben espolvorear
sobre las bocas de los que quisieron.
¡Y éstas no pueden nunca más besar!

Los huesos de los muertos
en paletadas echan su blancor
sobre la llama intensa de la vida.
¡Le matan todo ardor!

Los huesos de los muertos
pueden más que la carne de los vivos.
¡Aun desgajados hacen eslabones
fuertes, donde nos tienen sumisos y cautivos!

(Gabriela Mistral)


Illustration


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Interrogations (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



Interrogations

Comment dorment-ils donc, Seigneur, les suicidés ?
Un caillot sur la bouche et les deux tempes vides,
les lunes de leurs yeux blanches, écarquillées,
et les mains orientées vers une ancre invisible ?

Ou arrives-Tu quand les hommes sont partis
pour fermer leurs paupières sur leurs yeux aveugles,
pour sans douleur ni bruit disposer leurs viscères
et pour croiser leurs mains sur leur poitrine muette ?

Le rosier que sur eux arrosent les vivants,
ne donne-t-il à ses fleurs formes de blessures ?
Son parfum n’est-il âcre et sombre sa beauté ?
Des serpents tressent-ils son feuillage chétif ?

Réponds, réponds, Seigneur : Quand leur âme s’enfuit
par la porte mouillée des longues déchirures,
entre-t-elle en tes lieux fendant l’air avec calme
ou entend-on claquer des ailes affolées ?

Livide, un cercle étroit se ferme-t-il sur eux ?
L’éther est-il un champ où fleurissent les monstres ?
Dans leur effroi retrouvent-ils pourtant ton nom ?
Ou crient-ils sans espoir sur ton cour endormi ?

Un rayon de soleil les atteint-il un jour ?
Est-il une eau qui lave leurs stigmates rouges ?
Pour eux seuls tes entrailles restent-elles froides,
sourds tes tympans parfaits, à jamais clos tes yeux ?

C’est ce que l’homme affirme, égaré ou pervers ;
mais moi qui t’ai goûté comme du vin, Seigneur,
laissant les autres t’appeler sans fin Justice,
je ne te donnerai jamais qu’un nom : Amour !

L’homme a toujours été, je le sais, griffe dure ;
vertige, la cascade ; âpreté, la sierra.
Mais Toi tu es la coupe où mêlent leur douceur
les nectars de tous les jardins de cette Terre !

(Gabriela Mistral)

Illustration:John Everett Millais

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L’AMOUR MAITRE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



L’AMOUR MAITRE

Il court en liberté dans le sillon, agite ses ailes au vent,
palpite vivant au soleil, se pose sur les pins.
Ne cherche pas à l’oublier comme une mauvaise pensée :
tu devras l’écouter !

Il parle la langue du bronze et celle de l’oiseau,
Il te supplie timide et comme la mer te commande.
Ne cherche pas à le regarder défiante ou sourcil froncé :
tu devras l’héberger !

Ses gestes sont d’un maitre que l’excuse n’attendrit.
Il fêle les vases de fleurs, fend le glacier profond.
Ne cherche pas en lui parlant à refuser de l’abriter :
tu devras l’héberger !

Subtil il te réplique avec d’ingénieuses raisons,
arguties d’un savant empruntant une voix de femme.
Ta science humaine sera vaine, plus encor celle du ciel :
et tu devras le croire !

D’un bandeau de lin il t’aveugle et tu supportes le bandeau.
Il t’offre son bras chaud et tu ne sais le refuser.
Il se met à marcher et tu le suis, ensorcelée, sachant
qu’il t’emmène à la mort !

***

AMO AMOR

Anda libre en el surco, bate el ala en el viento,
late vivo en el sol y se prende al pinar.
No te vale olvidarlo como al mal pensamiento :
¡tendrás que escuchar!

Habla lengua de bronce y habla lengua de ave,
ruegos timidos, imperativos de mar.
No te vale ponerle gesto audaz, ceño grave:
¡lo tendres que hospedar!

Gasta trazas de dueño; no le ablandan excusas.
Rasga vasos de flor, hiende el hondo glaciar.
No te vale el decirle que albergarlo rehúsas:
¡lo tendrás que hospedar!

Tiene argucias sutiles en la réplica fina,
argumentos de sabio, pero en voz de mujer.
Ciencia humana te salva, menos ciencia divina:
¡le tendrás que creer!

Te echa venda de lino; tú la venda toleras.
Te ofrece el brazo cálido, no lek sabes huir.
Echa a andar, tú le sigues hechizada aunque vieras
¡que eso para en morir!

(Gabriela Mistral)


Illustration: René Magritte

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Le jet d’eau (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Le jet d’eau

Je suis semblable à un jet d’eau abandonné
qui continue, tari, d’écouter sa rumeur.
sur ses lèvres de pierre, le bouillonnement
s’est figé, tout comme le mien dans mes entrailles.

Je crois que le destin n’est pas venu encore
fendre par le milieu ses terribles paroles ;
et que rien n’est fauché et que rien n’est perdu,
que si je tends mes bras je devrai te trouver.

Je suis semblable à un jet d’eau devenu muet.
Un autre dans le parc élève maintenant
sa chanson ; mais comme follement assoiffé,
il rêve que le chant s’abrite dans son coeur !

Il rêve qu’il projette en trilles vers le ciel
des bouclettes d’écume. Et sa voix s’est éteinte !
il rêve que l’eau, de ses beaux diamants vivants
dilate sa poitrine. Et Dieu l’a asséché !

(Gabriela Mistral)


Illustration

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BALLADE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015



BALLADE

Lui, avec une autre,
je l’ai vu passer.
Le vent restait doux,
le chemin en paix.
Mais ces tristes yeux
l’ont vu qui passait !

Il en aime une autre
sur la terre en fleur.
L’aubépine s’ouvre ;
une chanson court.
Mais une autre il aime
sur la terre en fleur !

A embrassé l’autre
au bord de la mer ;
glissait sur les vagues
la lune-oranger.
Mais mon sang n’a teint
toute cette mer !

Ira avec l’autre
dans l’éternité.
Les cieux seront doux.
(Dieu ne veut parler.)
Mais lui, avec l’autre
pour l’éternité !

(Gabriela Mistral)


Illustration: Alexandre Séon

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DÉSOLATION LE SUPPLICE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015



DÉSOLATION
LE SUPPLICE

Depuis vingt ans je porte planté dans ma chair
— poignard brûlant — un chant énorme, un chant aux crêtes
de haute mer.

Je l’abrite et sers, et sa majesté
lasse mes entrailles.
De ces pauvres lèvres qui ont menti
faut-il le chanter ?

La langue de l’homme et ses mots caducs
n’ont pas la chaleur
de ses langues de feu, de son ardeur
au frémissement.

C’est comme un enfant, de mon sang caillé
qu’il se nourrit, lui,
mais jamais enfant n’a bu plus de sang
au sein d’une femme.

Ô terrible don ! Long roussissement
qui me fait hurler !
Que celui qui en moi l’aura planté
ait pitié !

***

DESOLACIÔN
EL SUPLICIO

Tengo ha veinte años en la carne hundido
– y es caliente el puñal –
un verso enorme, un verso con cimeras
de pleamar.

De albergarlo sumisa, las entrañas
cansa su majestad.
¿Con esta pobre boca que ha mentido
se ha de cantar?

Las palabras caducas de los hombres
no han el calor
de sus lenguas de fuego, de su viva
tremolacion.

Como un hijo, con cuajo de mi sangre
se sustenta él,
y un hijo no bebio mas sangre en seno
de una mujer.

¡Terrible don! Socarradura larga
que hace aullar
El que vino a clavarlo en mis entrañas
¡tenga piedad!

(Gabriela Mistral)


Illustration: Alexandre Séon

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De nouveau la mer (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015




De nouveau la mer,
la mer célébrée, éternellement non dite,
encore une fois sa lumière éblouie dans mes yeux,
et son don d’oubli.

(Gabriela Mistral)

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LA ROSE (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015



LA ROSE

La richesse du centre de la rose
est la richesse de ton coeur.
A son exemple, effeuille-la :

sa close rondeur est ton affliction.
Effeuille-la dans un chant ou
dans un grand amour passionné.
La rose, ne la défends pas :
elle te brûlerait de son éclat !

***

LA ROSA

La riqueza del centro de la rosa
es la riqueza de tu corazón.
Desátala como ella :
su ceñidura es toda tu aflicción.

Desátala en un canto
o en un tremendo amor.
No defiendas la rosa:
¡te quemaría con el resplandor!

(Gabriela Mistral)

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Quand je mourrai (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2015



Quand je mourrai, ne pleure pas :
colle, mon enfant, ta poitrine
la sienne et retiens ton souffle
comme si étais tout ou rien :
tu entendras monter son bras
qui me tenait et qui me livre,
et cette maman en lambeaux
reviendra entière à tes yeux.

***

Cuando muera, no llores, hijo:
pecho a pecho ponte con ella,
y si sujetas los alientos
como que todo o nada fueras,
tú escucharás subir su brazo
que me tenía y que me entrega,
y la madre que estaba rota
tú la verás volver entera.

(Gabriela Mistral)


Illustration

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