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Posts Tagged ‘gaie’

C’est un jaune soleil (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



c’est un jaune soleil
dessiné par les enfants
une pensée gaie, universelle

(Katell Antoine)

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La belle femme d’antan (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2018



La belle femme d’antan

Je voudrais la revoir, cette femme d’antan, si belle!
II n’y avait que charme et tendre féerie en elle.
Quand nous nous promenions tous trois au bord des champs
Dans la boue, elle était sérieuse et gaie en même temps.
Sitôt qu’elle me regardait, un frisson me prenait.
Mais cette femme, c’est ne pas l’aimer que je voudrais!
Ne pas l’aimer, seulement la revoir, pas davantage,
La voir au soleil, rêvant au jardin, dans les feuillages,
Un livre dans les mains, fermé contre elle qui contemple
Dans l’automne alentour les feuillages épais qui tremblent.
Elle sous la tonnelle chuchotante, elle se lève,
Soudain hésite, et puis se ravisant, comme en un rêve,
Va plus loin que les fleurs du jardin sur la grande route,
La route qui l’attend et qui l’emmènera sans doute,
Avec les arbres tout au long qui lui diraient adieu.
Comme l’enfant veut voir sa mère morte, moi je veux
Revoir cette femme d’antan lointaine et familière,
Je veux la voir qui disparaît, belle dans la lumière.

(Attila Jozsef)


Illustration: Anne-François-Louis Janmot

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De sa grande amie (Clément Marot)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




De sa grande amie

Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d’ici en Italie.

D’honnêteté elle est saisie,
Et crois, selon ma fantaisie,
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris.

Je ne vous la nommerai mie,
Sinon que c’est ma grand amie;
Car l’alliance se fit telle
Par un doux baiser que j’eus d’elle,
Sans penser aucune infamie,
Dedans Paris.

(Clément Marot)

Illustration: Robert Doisneau

 

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Birds in the night (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Albert Lynch 1000

Birds in the night

Vous n’avez pas eu toute patience,
Cela se comprend par malheur, de reste.
Vous êtes si jeune! et l’insouciance,
C’est le lot amer de l’âge céleste!

Vous n’avez pas eu toute la douceur,
Cela par malheur d’ailleurs se comprend;
Vous êtes si jeune, ô ma froide soeur,
Que votre coeur doit être indifférent!

Aussi me voici plein de pardons chastes,
Non certes! joyeux, mais très calme, en somme,
Bien que je déplore, en ces mois néfastes,
D’être, grâce à vous, le moins heureux homme.

*
* *

Et vous voyez bien que j’avais raison
Quand je vous disais, dans mes moments noirs,
Que vos yeux, foyer de mes vieux espoirs,
Ne couvaient plus rien que la trahison.

Vous juriez alors que c’était mensonge
Et votre regard qui mentait lui-même
Flambait comme un feu mourant qu’on prolonge,
Et de votre voix vous disiez: «Je t’aime!»

Hélas! on se prend toujours au désir
Qu’on a d’être heureux malgré la saison…
Mais ce fut un jour plein d’amer plaisir,
Quand je m’aperçus que j’avais raison!

*
* *

Aussi bien pourquoi me mettrai-je à geindre?
Vous ne m’aimez pas, l’affaire est conclue,
Et, ne voulant pas qu’on ose se plaindre,
Je souffrirai d’une âme résolue.

Oui, je souffrirai, car je vous aimais!
Mais je souffrirai comme un bon soldat
Blessé, qui s’en va dormir à jamais,
Plein d’amour pour quelque pays ingrat.

Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie,
Encor que de vous vienne ma souffrance,
N’êtes-vous donc pas toujours ma Patrie,
Aussi jeune, aussi folle que la France?

*
* *

Or, je ne veux pas,—le puis-je d’abord?
Plonger dans ceci mes regards mouillés.
Pourtant mon amour que vous croyez mort
A peut-être enfin les yeux dessillés.

Mon amour qui n’est que ressouvenance,
Quoique sous vos coups il saigne et qu’il pleure
Encore et qu’il doive, à ce que je pense,
Souffrir longtemps jusqu’à ce qu’il en meure,

Peut-être a raison de croire entrevoir
En vous un remords qui n’est pas banal.
Et d’entendre dire, en son désespoir,
A votre mémoire: ah! fi que c’est mal!

*
* *

Je vous vois encor. J’entr’ouvris la porte.
Vous étiez au lit comme fatiguée.
Mais, ô corps léger que l’amour emporte,
Vous bondîtes nue, éplorée et gaie.

O quels baisers, quels enlacements fous!
J’en riais moi-même à travers mes pleurs.
Certes, ces instants seront entre tous
Mes plus tristes, mais aussi mes meilleurs.

Je ne veux revoir de votre sourire
Et de vos bons yeux en cette occurrence
Et de vous, enfin, qu’il faudrait maudire,
Et du piège exquis, rien que l’apparence

*
* *

Je vous vois encor! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts,

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette,
Et c’était déjà notre destinée
Qui me regardait sous votre voilette.

Soyez pardonnée! Et c’est pour cela
Que je garde, hélas! avec quelque orgueil,
En mon souvenir qui vous cajola,
L’éclair de côté que coulait votre oeil.

*
* *

Par instants, je suis le pauvre navire
Qui court démâté parmi la tempête,
Et ne voyant pas Notre-Dame luire
Pour l’engouffrement en priant s’apprête.

Par instants, je meurs la mort du pécheur
Qui se sait damné s’il n’est confessé,
Et, perdant l’espoir de nul confesseur,
Se tord dans l’Enfer qu’il a devancé.

O mais! par instants, j’ai l’extase rouge
Du premier chrétien, sous la dent rapace,
Qui rit à Jésus témoin, sans que bouge
Un poil de sa chair, un nerf de sa face!

(Paul Verlaine)

Illustration: Albert Lynch

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Jeune fille (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



 

Jeune fille, l’amour, c’est d’abord un miroir
Où la femme coquette et belle aime à se voir,
Et, gaie ou rêveuse, se penche ;
Puis, comme la vertu, quand il a votre cœur,
Il en chasse le mal et le vice moqueur,
Et vous fait l’âme pure et blanche ;

Puis on descend un peu, le pied vous glisse… – Alors
C’est un abîme ! en vain la main s’attache aux bords,
On s’en va dans l’eau qui tournoie ! –
L’amour est charmant, pur, et mortel. N’y crois pas !
Tel l’enfant, par un fleuve attiré pas à pas
S’y mire, s’y lave et s’y noie

(Victor Hugo)

Illustration: Constantin Razoumov

 

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POUR LE MOMENT (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



POUR LE MOMENT

La vie est simple et gaie
Le soleil clair tinte avec un bruit doux
Le son des cloches s’est calmé
Ce matin la lumière traverse tout
Ma tête est une lampe rallumée
Et la chambre où j’habite est enfin éclairée

Un seul rayon suffit
Un seul éclat de rire
Ma joie qui secoue la maison
Retient ceux qui voudraient mourir
Par les notes de sa chanson

Je chante faux
Ah que c’est drôle
Ma bouche ouverte à tous les vents
Lance partout des notes folles
Qui sortent je ne sais comment
Pour voler vers d’autres oreilles

Entendez je ne suis pas fou
Je ris au bas de l’escalier
Devant la porte grande ouverte
Dans le soleil éparpillé
Au mur parmi la vigne verte
Et mes bras sont tendus vers vous

C’est aujourd’hui que je vous aime.

(Pierre Reverdy)

Illustration: Robert Doisneau

 

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AUTOMNE AU PARC ROYAL D’HINTOCK (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



AUTOMNE AU PARC ROYAL D’HINTOCK

Ici, des branches nues
Je ratisse les feuilles.
Souvent je médite combien
Le printemps déçoit ;
Maintenant vieille femme
Je ratisse les feuilles.

Ici, dans les allées
Je ratisse les feuilles ;
Il en passe de nobles dames
Avant que l’une d’elles
Ne soupire, voyant que feuille morte
Je ratisse les feuilles.

Celle que vous voyez quand
Je ratisse les feuilles,
J’en ai vu alors vives et gaies
Que la mémoire assemble,
Blêmes fantômes, à mes côtés, si
Je ratisse les feuilles.

Eh bien, ma chère, en dépit des soupirs,
Je ratisse les feuilles,
De nouveaux bourgeons danseront là-haut
— La terre jamais ne souffre ! —
Quand je ne serai plus là pour que
Je ratisse les feuilles.

***

AUTUMN IN KING’S HINTOCK PARK

Here by the baring bough
Raking up leaves,
Often I ponder how
Springtime deceives, —
I,an old woman now,
Raking up leaves.

Here in the avenue
Raking up leaves,
Lords’ ladies pass in view,
Until one heaves
Sighs at life’s russet hue,
Raking up leaves !

Just as my shape you see
Raking up leaves,
I saw, when fresh and free,
Those memory weaves
Into grey ghosts by me,
Raking up leaves.

Yet, Dear, though one may sigh,
Raking up leaves,
New leaves will dance on high —
Earth never grieves !-
Will not, when missed am I
Raking up leaves.

(Thomas Hardy)

Illustration: Ernest Biéler

 

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PROLOGUE (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



 

PROLOGUE

L’AMOUR est infatigable !
Il est ardent comme un diable,
Comme un ange il est aimable.

L’amant est impitoyable,
Il est méchant comme un diable,
Comme un ange, redoutable.

Il va rôdant comme un loup
Autour du coeur de beaucoup
Et s’élance tout à coup

Poussant un sombre hou-hou !
Soudain le voilà roucou-
Lant ramier gonflant son cou.

Puis que de métamorphoses !
Lèvres rouges, joues roses,
Moues gaies, ris moroses,

Et, pour finir, moulte chose
Blanche et noire, effet et cause;
Le lys droit, la rose éclose…

(Paul Verlaine)

 

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LA JOIE DE VIVRE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016




LA JOIE DE VIVRE

Ecris-nous des choses gaies m’ont-ils dit
Nous te promettons de les lire
Quand nous aurons un moment

Docile j’ai mis dans mon sang d’encre
Des canaris des pavots
Le vert de mes propres yeux
Le blanc des murs qui m’enferment

Le temps que ça décante
Je les ai vus mourir et renaître cent fois
Sous les cieux piquetés de testaments apocryphes

Jamais un seul n’est descendu de sa moto
Pour voir où j’en étais avec la joie de vivre.

(Jean Rousselot)

Illustration

 

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L’ABBAYE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2016



L’ABBAYE

Je rêve l’Abbaye, — oh, sans abbé! —
Je rêve l’Abbaye hospitalière
A tous épris d’art plus ou moins crottés
Et déshérités…

En telle Hellade très fleurie,
Et pas pourvue d’académies,
Bien loin, je rêve l’Abbaye
Gaie et recueillie,
Où vivre libres, en thélémites passionnés!

Où vivre quelques-uns et quelques-unes,
Artistes, artisans, buveurs de lune…

Nous nous aimerions mieux que des frères;
Elles s’aimeraient mieux que des soeurs,
Et nous seraient douces comme des fleurs;
Tout n’est-il pas possible en rêve…

Je rêve l’Abbaye…

(Charles Vildrac)

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