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SONNET DU SEXE VOLANT (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Illustration: John Singer Sargent
    
SONNET DU SEXE VOLANT

En moi couché tout dort, tout dort d’un parfait somme,
Et le sang et le muscle et la moelle et les os.
Seul demeure insoumis à l’ordre des yeux clos
L’incontrôlable nerf par lequel je suis homme.

Vers celle qui l’ignore ou qui tout bas le nomme,
Toujours de gorge en mont il s’en va sans repos.
Léger dans le maintien, libre dans le propos,
L’adultère il perpètre et l’inceste il consomme.

Par ses ballons porté, lourd ensemble et gaillard,
Chez la vierge ou l’épouse attiré par l’arôme,
A travers les rideaux il suit rêve et fantôme.

Et rien ne fermerait les ailes du paillard
Quand, parcourant des chairs l’illimité royaume,
Sur les corps il furète, indiscret oreillard.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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CHANSON DES GARS DE LORIENT (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

Illustration: Gildas Flahault
    
CHANSON DES GARS DE LORIENT

Quand ils ont quitté Lorient
Ils avaient le vent d’amour dans la poupe
Au gaillard d’avant,
Quand ils ont quitté Lorient
Chacun a chanté c’est pas pour longtemps.

Chacun a laissé sa belle au village
A regarder dans le calendrier
La lune au hunier,
Chacun a laissé sa belle au village,
Le thonier, le cotre et le chalutier.

On n’a pour y passer le temps
Que fumer sa pipe et penser aux belles
Au gaillard d’avant,
On n’a pour y passer le temps
Que l’accordéon des gars de Guingamp.

De la pêche un jour s’ils reviendront
Ils auront l’amour des plus belles filles
Et nous danserons.
De la pêche un jour s’ils reviendront
Ils auront l’amour des plus beaux garçons.

C’est chez le père Cornudé
Qu’on boira le cidre au retour des noces
Et le vin cach’té,
C’est chez le père Cornudé
Qu’on boira le cidre et le muscadet.

Le gars qui l’a fait la chanson
C’est René-Guy Cadou, gabier de misaine,
Un joyeux garçon,
Le gars qui l’a fait la chanson
C’est René-Guy Cadou, gabier d’artimon.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ANE CHARGÉ D’ÉPONGES, ET L’ANE CHARGÉ DE SEL (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

L’ANE CHARGÉ D’ÉPONGES, ET L’ANE CHARGÉ DE SEL

Un Anier, son Sceptre à la main,
Menait, en Empereur Romain,
Deux Coursiers à longues oreilles.
L’un, d’éponges chargé, marchait comme un Courrier ;
Et l’autre, se faisant prier,
Portait, comme on dit, les bouteilles :
Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins,
Par monts, par vaux, et par chemins,
Au gué d’une rivière à la fin arrivèrent,
Et fort empêchés se trouvèrent.
L’Anier, qui tous les jours traversait ce gué-là,
Sur l’Ane à l’éponge monta,
Chassant devant lui l’autre bête,
Qui voulant en faire à sa tête,
Dans un trou se précipita,
Revint sur l’eau, puis échappa ;
Car au bout de quelques nagées,
Tout son sel se fondit si bien
Que le Baudet ne sentit rien
Sur ses épaules soulagées.
Camarade Epongier prit exemple sur lui,
Comme un Mouton qui va dessus la foi d’autrui.
Voilà mon Ane à l’eau ; jusqu’au col il se plonge,
Lui, le Conducteur et l’Eponge.
Tous trois burent d’autant : l’Anier et le Grison
Firent à l’éponge raison.
Celle-ci devint si pesante,
Et de tant d’eau s’emplit d’abord,
Que l’Ane succombant ne put gagner le bord.
L’Anier l’embrassait, dans l’attente
D’une prompte et certaine mort.
Quelqu’un vint au secours : qui ce fut, il n’importe ;
C’est assez qu’on ait vu par là qu’il ne faut point
Agir chacun de même sorte.
J’en voulais venir à ce point.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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