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Poésie

Posts Tagged ‘galet’

SOMBRES PLAISIRS (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



SOMBRES PLAISIRS

Il serait plus viril et plus noble sans doute
De croiser sur son cœur ses bras las et meurtris,
Et de ne point pousser de lamentables cris
Comme un enfant perdu la nuit sur la grand’route.

Il faudrait, ainsi qu’un cadavre qui dégoûte,
Enfouir son amour, en brûler les débris ,
Et chanter au besoin, et crier qu’on est gris,
Et boire en souriant ses larmes goutte à goutte.

Mais on est soulagé par les pleurs, les sanglots,
La rage folle. Ainsi vos mères, matelots,
Quand vous êtes noyés par la houle inhumaine,

Arrachent des galets au bord du gouffre amer,
Et, les jetant aux flots avec des cris de haine,
Apaisent leur douleur en outrageant la mer.

(Jean Richepin)

Illustration: Claude Cordier 

 

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Pierres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



Il faut parcourir le rivage
du lac Tragosoldo à Antiñana,
très tôt, quand la rosée
tremble dans les feuilles dures du canelo,
et ramasser des pierres mouillées, des raisins
de la rive, des galets
de flamme, de jaspe,
des cailloux violets ou des alvéoles
de roche, perforés
par les volcans ou les intempéries,
par le mufle du vent.

Mais oui, la chrysolite oblongue
ou le basalte d’Éthiopie
ou la carte cyclopéenne
du granite
t’attendent ici, mais nul ne vient
hormis le pêcheur ignoré
tout à sa marchandise palpitante.

Moi seul accours, parfois,
au petit jour,
à ce rendez-vous avec les pierres échouées,
humides, cristallines,
cendrées,
et les mains pleines
d’incendies éteints,
de structures secrètes,
d’amandes transparentes,
je retourne à ma famille,
à mes devoirs,
plus ignorant qu’au temps de ma naissance,
plus simple chaque jour,
chaque pierre.

(Pablo Neruda)


Illustration

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Message troublant (Georges Sédir)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016


Message troublant

Sur un mur de métro, sur un bout de journal
déchiré, sur un vieux programme
quelques lignes. Lues de travers, hâtivement.

La phrase est mutilée, ces mots n’ont pas de sens
ou en ont trop. Leur voisinage
surprend. Naît une image étrange.

Parmi les je-sais-tout et les trop sûrs d’eux-mêmes
certains, qui lurent au hasard, ont éprouvé
un bref malaise, un dégoût vague
un choc troublant leur inconscience
– galet lancé dans leur eau tiède.

D’autres qui pensaient n’être rien
respirent mieux, vivent plus haut
et redressent la tête, épurés, délivrés
comme si remontaient de l’abîme un pardon,
un réconfort, un évangile, une promesse.
Pour eux les mots réconciliés sont harmonie
et signe.

Tous avaient sans la reconnaître
touché la poésie. Tous en furent brûlés.

(Georges Sédir)

Illustration: Henri Matisse

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PENARTH BEACH (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2016



plage-2

PENARTH BEACH

ces enfants là-bas qui jouent
sous les yeux de leur mère
et cherchent dans les galets celui
qui portera signe : le talisman rompu
dont la blessure respire
et gardera l’ouvert pendant l’écart d’une vie

ils sont à la fracture du jour
où la lumière veille la mer a ses marques
qui ont douceur de seuil et l’entrée est là
où l’amour se tient
dans la brillance de l’air
en cet aujourd’hui

(Heather Dohollau)

Illustration

 

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La mer est profonde (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2016



la mer est profonde
d’un vert très pâle
les galets sont blancs
et ronds comme des pains
quelquefois les anges
posent leurs têtes
pour entendre perler le vide

***

the sea is deep
and a very pale green
the stones are white
and round like loaves
sometimes angels
lean their heads to listen
as emptiness pearls

(Heather Dohollau)

 

 

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Ma vie objet, ma vie heurtée (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016


 

Ma vie objet, ma vie heurtée
à tant d’autres objets vivants
me voici tous angles brisés
ébréché, fêlé, mal sonnant

mais pas arrondi, pas poli
pas le lisse et luisant galet
aimé des mains
qui roulerait
sur un chemin.

(Robert Mallet)

 

 

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La plage des sables blancs (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2016



La plage des sables blancs

Oubliettes des châteaux de sable
Meurtrières fenêtres de l’oubli
Tout est toujours pareil
Et cependant tout a changé
Tu étais nue dans le soleil
Tu étais nue tu te baignais
Les galets roulent avec la mer
Et toujours toujours j’entendrai
Leur doux refrain de pierres heureuses
Leur gai refrain de pierres mouillées
Déchirant refrain des vacances
Perdu dans les vagues du souvenir
Déchirants souvenirs de l’enfance
Brûlée vive par le désir
Merveilleux souvenir de l’enfance
Éblouie par le plaisir.

(Jacques Prévert)


Illustration: Maurice Denis

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Il y a un galet tout blanc (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2016




J’ai ôté ma veste,
te l’ai jetée sur les épaules.
Dans la poche droite
il y a un galet tout blanc.

Chaud.

(Yannis Ritsos)

Illustration

 

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Galet parmi les galets (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2016


galet_coeur_

 

Te rappelles-tu l’ancien giron
Rotation des flammes ronde des étoiles
Désir insensé de nage, de vol
Au travers d’inapaisables tempêtes
Jusqu’à cette ultime plage

Où tu étais échoué galet parmi les galets
Désormais tout entier livré
aux inapaisables marées
tel un orphelin égaré
pleurant à l’appel de sa mère

(François Cheng)

 

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Il faut laver ce que tu dis (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2016



 

Il faut laver
Ce que tu dis

les galets blancs
Les planètes

Il faudrait laver
Le ciel et la pluie

Pour que l’amour
rutile sous l’averse

Il faut laver ton regard
Laver le jour à grande eau

Laver ton coeur
De tes larmes

Si tu veux lire enfin
Le monde en clair
dans la fenêtre.

(Hélène Cadou)

 

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