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Poésie

Posts Tagged ‘galet’

À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
À fleur de peau

La sueur des ailes tourne
délicate vertigineuse intime
tourbillonne entre le jade séducteur
et la sombre goutte brûlante
mûrit parmi les pédoncules sensibles
improvise en émois de cristaux de sang

Les pétales

Les bijoux grandissent et s’agitent mouillés
des rameaux du café aux coques de la vigne
des clignements lointains aux chemins des nervures
les rubans se faufilent parmi les vagues des écailles

Le calice
la rosée des ailes
je t’aime

Le sexe oscille entre le fauve et le roux
les baisers des truites glissent dans leurs dentelles
entre les pépiements des rives et les galets ocellés
tandis que les cheveux se nouent dans les bijoux

La corolle
viens avec moi
vitrail d’aube
le parfum brille entre les roses
respire

Tout autour de nous
tout proche
le bonheur des sommeils

Respire encore

L’émail tourne entre le rose et le jaune
du sursaut vert aux volets doucement
lentement la mésange explore les remblais
lissant ses plumes dans les flaques de sueur

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Dimanche matin (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Dimanche matin

La neige au-dessus des mimosas, les paquets de
journaux près des flaques, la fontaine dans les bois où le
receveur des contributions nettoie sa voiture.

En bas les bâches bleues et rouges tendues sur les piles
de sacs de ciment et les taches de rouille ou de minium sur
les coques des cargos qui viennent de Limassol ou d’Odessa.

Plus loin quelques fleurs mauves dans les rochers
blancs, les nudistes parcourent le sentier des douaniers,
baisers dans les coins, chiens qui flairent, la mer lape les
galets et les retourne comme des pièces fausses.

Au large les yachts frétillent après une semaine de
somnolence, les mouettes virent à l’assaut, claquent un
peu et plongent vers les épluchures que les cuisiniers
laissent tomber dans leur sillage.

Puis l’heure sonne à travers le frisson des branches
et le tintement des câbles métalliques dans l’accalmie de
la circulation.

Soudain le nid du phénix s’enflamme dans les collines et les mots éperdus, comme lâchés après des mois
de claustration, se cherchent dans ma tête au galop.

Alors je ramasse au bord du chemin les fragments
d’un vieux prospectus vantant les mérites d’une voyante, et
m’appuie sur le dossier d’un banc pour écrire ceci au verso.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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L’eau du sommeil a les splendeurs du lait (Maurice Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



L’eau du sommeil a les splendeurs du lait. L’eau
glisse sur mes yeux ouverts. Je suis un galet bien lisse
au fond de la rivière, au fond de la rivière de la nuit.
Ce matin-là, je marchais dans la fraîcheur d’un
monde à découvrir, d’un monde sans mystère que
j’aurais aimé, à en mourir! La richesse était là:
l’homme nouveau dans la nouvelle étoile. Je suis un
raté, mais je vous emmerde. J’ai la couronne et le
manteau de pourpre. Je bois l’eau qui éternellement se
renouvelle, j’ai la liberté.

(Maurice Blanchard)

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Astrolarme (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019



Astrolarme

Larme
en suspens
rosée
des yeux
goutte de
lait
nectar
du sein
oeil
d’OEdipe
lavé
du sang
galet
transparent
roulé
dans la mer

***

Astrolâgrima

Lagrima
suspensa
orvalho
dos olhos
gota de
leite
néctar do
peito
olho de
Édipo
lavado
do sangue
seixo
transparente
rolado
no mar

(Teresa Rita Lopes)

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Demain (Léon Deubel)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

Demain

En vain, le jour adverse évoque ceux qui tombent
Et dont la chute, au loin, dans l’âme nous répond :
En vain, le fleuve nu prépare sous ses ponts
Un départ, sans adieux, d’irrésistibles tombes ;

En vain, pour dévoyer mon effort qui succombe,
La noire Faim suspend de périlleux balcons
Sur les galets battus de rêves inféconds ;
En vain, l’amer chagrin réprimé vire en trombe ;

Demain paraît ! Demain ! jour où, sur plus d’un front,
Tournants et lumineux, mes pas s’affermiront,
Où d’un geste, arrachant des trompettes à l’ombre

Pour déployer mes cris jusqu’au suprême azur,
Comme une horde dense au milieu des décombres,
Je pousserai mes vers sur le monde futur.

(Léon Deubel)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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Je reprends grâce à toi (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019




Illustration: Odilon Redon

    
Je reprends grâce à toi le souffle et la mesure
le coquillage d’eau est au creux de ta chair
il m’enseigne à rouler aussi vrai que la mer
les galets dans ma gorge
avant de les donner aux hommes qu’ils rassurent.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Une étendue de sable (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Une étendue de sable
La mer au loin. Du vent.

L’image se brouille

Tu te penches pour ramasser
un galet, puis deux

Tu récoltes avec soin
ces vieux témoins du monde

Comme s’ils pouvaient se fendre
et comme si ta chaleur
assurait leur survie

Tu me dis:
«C’est important, les galets»

Tu es belle.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Oublier (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



    
Oublier

À force d’oubli de patience et d’absence
en n’écoutant plus rien de ce qui vient du dehors
en fermant les yeux sans les serrer trop fort
je me suis fait caillou galet herbe des bords
et la cascade amie riait dans mes pensées

L’eau fraîche murmurait dans ma nuit légère
Elle élevait la voix sur mes passages à gué
chantonnait en tournant dans les creux de ma rive
suscitait un juillet brûlant des moucherons une truite
La nuit dans ma main buvait l’oubli-chagrin

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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BERCEUSE (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

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BERCEUSE

Mer, parle-moi des galets que tu roules…
N’es-tu jamais lasse ?
Des rochers dont tu fais du sable,
De tes rides, de tes bulles, de tes écumes, de ton odeur ;
Des pins que ta rosée fait jaillir de tes îles
Et que tes vents tourmentent ;
De tes aubes de lait;
Des poissons, des coquilles, des algues, des méduses
Qui naissent, se fécondent, se balancent en toi
Et de tous ceux qui meurent
N’es-tu jamais lasse ?

Parle-moi de la voûte du ciel qui t’attire,
Des étoiles qui voudraient se mirer dans tes eaux
Et dont tes vagues brisent, sans cesse, les images.
Du soleil qui te fuit à l’aurore, qui t’aspire, t’entraîne,
Que, le soir, tu voudrais retenir dans ta couche,
Qui t’échappe toujours

Parle-moi des galets.
N’es-tu jamais lasse

(André Spire)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Il y a dans le Chant (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Josephine Wall    
    

Il y a dans le Chant
Plus que crépitement de flamme,
Plus que brassées de blanches floraisons
Ou même que feu roulant de galets dans la mer.
Il y a dans le Chant
Infiniment plus qu’étoiles nous ouvrant le chemin,
Qu’une auberge perdue tout au bout de la nuit
Ou que l’âme d’un peuple en avance
Sur Son destin.

Il y a dans le Chant,
Quand l’espace devient
Signe,
Au plus troublant de la clairière,
Là où le pas se fait allègre,
Un grand soleil qui vient nous visiter.

Il y a dans le Chant,
Plus caché que dans la moindre graine,
Une folle rumeur d’amour,
Une caresse au goût d’abeille,
Un secret matin de printemps,
Une promesse déjà tenue,
Un royaume au goût ardent,
Un souffle de tendresse venu nous relever.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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