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Poésie

Posts Tagged ‘galoper’

CHORAL (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

CHORAL

Henni par le silex,
au train de rêve qui te faisait galoper
sur le champ
envahi de trèfle :

le peu de
terre qui remonte péniblement
vers nous brisé
par l’aigre stridence du fifre
qui te fouaille, des millions de fois,
dans ton ultime
parole hérétique.

Lentement,
tu enfonces ton doigt dans la plaie
d’où ma voix
s’échappe.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Les pierres du chemin (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



    

Les pierres du chemin, ah comment se fait-il
Qu’elles soient devenues
Les yeux des cerfs errants, des biches et des loups,
Et les yeux du cheval qui s’en allait sans ruses
Se peut-il que ce soient deux cailloux dans le fleuve?
Tournez-vous par ici, mes bêtes galopantes,
Au secours, j’ai besoin de chacune de vous,
Troupeau de taurillons, chevaux faiseurs d’espaces,
Personne n’est de trop pour consoler un fou,
Ah j’ai même besoin des bêtes qui se cachent
Et du grain de maïs au fond d’un sac perdu.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Laisse laisse se taire (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
laisse
laisse se taire
la mélodie trop claire de tes jambes
étends-toi le mouvement terrestre
ivre à force de veiller
t’accueille au creux de sa paume
la mer hisse les fanions des nuages
et ta nudité t’abrite
de tout ce qui n’est pas nu
humons dans la coupe du soir
le balbutiement des parfums

soudain nous apprenons que dans les feux de brousse
avec les mêmes yeux traqués
fuient les plus forts comme les plus craintifs
réconciliés par l’issue qui les happe
courant dansant galopant
devant le cheval aux sabots de cendre
dont ils ne voient qu’il les encercle
que dans leur folle volte-face

même endormis seuls dans ces lits trop vastes
ou dans l’eau murmurante toujours de l’étreinte
nous dérivons ainsi nativement
naufragés
sans pouvoir retrouver le nom
de l’orage
qui va plus vite

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Le soleil… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le soleil…

Le soleil, une braise en un sombre encensoir
Dont la sanglante flamme aux bords des gués s’allume;
Le pâquis submergé jusqu’à l’horizon fume,
La rivière galope à travers les prés noirs.

Et partout, cette odeur d’herbe morte et d’écume,
D’inconnu s’enfuyant dans la brume du soir,
Comme un souffle d’amour si douce à percevoir
Parmi les joncs courbés que sa lqngueur parfume.

Mais le lointain soleil insensiblement meurt,
A peine reflétée à l’eau trouble qui vire,
La dernière clarté en frissons lents expire.

Tel un errant baiser, plus rien que cette odeur
Voluptueuse autant qu’un appel de chair nue
Qui monte dans la nuit où la clarté s’est tue.

(Marie Dauguet)

 

 

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CHEVAL DES RÊVES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017




CHEVAL DES RÊVES

Superflu, me regardant dans les miroirs
avec un goût de semaines, de biographes, de papiers,
j’arrache de mon sieur le capitaine de l’enfer,
j’établis des clauses indéfiniment tristes.

j’erre d’un point à l’autre, j’absorbe des illusions,
je bavarde avec les oiseaux dans leurs nids:
et eux, souvent, d’une voix fatale et froide
chantent et font fuir les maléfices.

I1 y a un vaste pays dans le ciel
avec les superstitieux tapis de l’arc-en-ciel
et les végétations vespérales :
c’est vers lui que je vais et grande est ma fatigue,
foulant une terre retournée de tombes encore fraîches,
je rêve entre ces plantes aux fruits indécis.

Je Passe entre les enseignements possédés, entre les sources,
vêtu comme un être original et abattu :
j’aime le miel usé du respect,
le doux catéchisme entre les feuilles duquel
dorment des violettes vieillies, évanouies,
et les balais, aux secours émouvants,
dans leur apparence il y a sans doute, cauchemar et certitude.

Je détruis la rose qui siffle et la ravisseuse anxiété:
je brise les extrêmes aimés: et plus encore,
je guette le temps uniforme, sans mesures
une saveur que j’ai dans l’âme me déprime.

Quelle aurore a surgi! Quelle épaisse lumière de lait,
compacte, digitale, me protège !
J’ai entendu hennir son rouge cheval
nu, sans fers et radieux.
Je survole avec lui les églises,
Je galope à travers les casernes désertes de soldats
et une armée impure me poursuit.
Ses yeux d’eucalyptus volent l’ombre,
son corps de cloche galope et frappe.

J’ai besoin d’un éclair de splendeur persistante,
d’une parenté joyeuse qui assume mes héritages.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

 

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Gardien de Phare (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Gardien de Phare

Quand j’étais seul dans mon île
J’allais sur la plage.

Il y avait un repli
D’où je n’entendais qu’à peine
La clameur du flot.

Je m’y couchais à plat ventre
Et j’isolais sur le sable
Un petit caillou veiné.

Le contemplant de tout près,
Je l’aimais comme un visage;
Il devenait mon trésor
Et mon compagnon.

Je partageais avec lui
Un abri fait de mes mains
Et je nous sentais tous deux
Moins perdus dans l’Univers
Et moins accablés.

J’essayais de lui parler,
Je disais mon nom tout bas,
Mais aussitôt ce caillou
Ne m’était plus rien
Et ma voix m’épouvantait
Comme une étrangère.

Alors, me levant d’un bond,
J’allais galoper longtemps
Au bord de l’écume.

Pour occuper plus d’espace,
Pour multiplier mon âme
Sur ce monde aveugle,
Comme on fait d’un tison rouge
Dont on griffe les ténèbres.

Puis je m’arrêtais, soufflant
Et traçais, en grandes lettres,
Sur le sable lisse et frais,
Des mots sans suite, des mots!

Et quand je les regardais
Ils se mettaient à parler
D’une voix puissante et claire
Qui dominait l’Océan,
Qui s’étalait sur le ciel
Et me remplissait d’échos.

(Charles Vildrac)

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Idylle ancienne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Idylle ancienne

Nous vivions dans la légèreté
Et empruntions des routes intérieures
Qui menaient jusqu’au fond de nous-mêmes

Je voyais dans ton regard
Le paysage qui était derrière moi
Avec tout le sable de la plage
Et toutes les vagues de la mer
Ou toute l’herbe de la campagne
Avec le ruisseau qui reflétait le profil de ton sein
Et le ciel qui prenait la couleur de tes yeux

Nous nous cachions derrière les buissons
Qui étaient animés d’une vie mystérieuse
Qui nous poussait l’un vers l’autre dans un élan charnel

Les cheveux dans le vent comme une crinière
Ton corps galopait dans le pré
Je le poursuivais avant de l’atteindre
Pour le rouler dans l’herbe épaisse
Et le crucifier sur la roue de mon désir

Maintenant je me glisse sur la perspective
Jusqu’au bout de la digue que la mer asperge
Où nous connûmes cet amour inextinguible
Ton image se cache toujours au fond du miroir
De la chambre que tu occupas
Dans ce café du port où venaient tous les marins

Le soir ferme ses paupières sur le regard du jour
Mais où est le souvenir des échos disparus ?

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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A la surface de la mer suivre suivre les chevaux (Georges Jean)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2017



A la surface de la mer
Suivre suivre les chevaux

Galope ramasse au vol
Le sable blanc les cailloux

Laisse traîner tes doigts blancs
Hume au passage l’écume

Ne jette que ton désir
Les mots qui tombent se fanent
Il en restera toujours

Tu retrouveras peut-être
De l’autre côté du vent
Sur le talus d’une route
Un visage qui t’écoute
Et le plaisir d’un enfant.

(Georges Jean)

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Matin d’été (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016



 

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Matin d’été

C’est un matin d’été. J’ai les yeux ouverts.
Le soleil est radieux : je vois des nuages galoper dans le ciel,
Des oiseaux dans les airs, des fleurs dans la prairie,
Des abeilles dans les fleurs, des vaches qui broutent l’herbe.

C’est un matin d’été. J’ai les yeux fermés.
Le soleil est chaud : j’entends des oiseaux chanter,
Des abeilles bourdonner, des vaches mastiquer.
Je sens du vent sur ma joue, je respire des fleurs sous mes pas.

Tous mes sens sont éveillés :
Merci à Dieu pour la beauté !

(Pensées celtiques)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Amoureux séparés (Poème chinois)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Amoureux séparés

Dans le royaume de Yen un jeune galant réside,
Dans le royaume de Chao une belle demoiselle habite.
À vrai dire, ces royaumes ne sont pas très distants.
Mais une chaîne de monts à pic les sépare bel et bien.
«Vous, nuages, sur vos fortes poitrines, emportez-moi,
Vents, soyez mes chevaux et galopez ! »
Les nuages du ciel n’écoutent pas la voix,
La brise changeante s’élève et retombe,
Je reste dans l’amertume de mes pensées,
Songeant à la bien-aimée que je n’atteindrai pas.

***

Lovers Apart

In the kingdom of Yen resides a young gallant,
In the kingdom of Chao lives a beautiful maid.
In reality these kingdoms are not far apart,
But a chain of precipitate mountains sets them truly apart.
«You clouds, on your strong breasts carry me,
Winds, be my horses and gallop!»
The clouds in the sky do not hear the voice,
The changing breeze rises and falls,
I am left in the bitterness of my thoughts,
Thinking of the beloved I cannot reach.

(Poème chinois)

 

 

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