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Qui m’aidera ?… (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2021




    
Qui m’aidera ?…

« Qui m’aidera ? Nul ne peut venir jusqu’ici.
Qui me tiendrait les mains ne tiendrait pas celles qui tremblent,
qui mettrait un écran devant mes yeux ne me garderait pas de voir,
qui serait jour et nuit autour de moi comme un manteau
ne pourrait rien contre ce feu, contre ce froid.
D’ici, j’atteste au moins qu’il est un mur
qu’aucun engin, qu’aucune trompette n’ébranle.
Rien ne m’attend plus désormais que le plus long et le pire. »

Est-ce ainsi qu’il se tait dans l’étroitesse de la nuit ?

(Philippe Jaccottet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Leçons
Traduction:
Editions: Payot

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Credo (Denise Levertov)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2021




    
Credo

Je crois que la terre
existe, et
dans chaque infime atome
de sa poussière le saint
éclat de ta chandelle.
Toi
inconnu que je connais,
toi esprit,
qui donnes,
dans l’amour de créer, la
lettre bien faite,
le fer, l’acte, le rêve.
Poussière de la terre,
garde-toi de mon
incroyance. Glisse,
gris devenu or, dans la coulée de
la vision. Je crois et
je suspends ma foi avec
le doute. Je doute et
je suspends mon doute avec la foi. Sois
monde aimé, menacé.
Chaque infime
atome.
Mais pas la malade
luminescence chassée
de son intimité,
pas la serrure sacrée de sa cellule
forcée. Non,
l’éclat ordinaire
d’une simple poussière dans un ancien soleil.
Sois, pour que je puisse croire. Amen.

*

Credo

I believe the earth
exists, and
in each minim mote
of its dust the holy
glow of thy candle.
Thou
unknown I know,
thou spirit,
giver,
lover of making, of the
wrought letter,
wrought flower,
iron, deed, dream.
Dust of the earth,
help thou my
unbelief. Drift,
gray become gold, in the beam of
vision. I believe and
interrupt my belief with
doubt. I doubt and
interrupt my doubt with belief. Be,
belovéd, threatened world.
Each minim
mote.
Not the poisonous
luminescence forced
out of its privacy,
the sacred lock of its cell
broken. No,
the ordinary glow
of common dust in ancient sunlight.
Be, that I may believe. Amen.

(Denise Levertov)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Messe pour le Jour de St Thomas Didyme –
Traduction: Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Raymond Farina
Editions: Revue Po&sie N°30 (1984)

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Noire la page où je t’écris (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2021




    
[…]
noire la page où je t’écris
je t’écris parce que tu ne sais plus écrire que tu
récites sans te tromper l’alphabet du néant

je t’écris sans écrire
les passants marchent sur mes mots
mes consonnes sont rêches mes
voyelles sont nues

je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils
touchent ton nom

Dieu de l’oubli
dans quelle poche gardes-tu ceux qui partent
et pourquoi permets-tu que l’on se souvienne

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: Demande à l’obscurité
Traduction:
Editions: Mercure de France

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La Dame de Syros (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2021



    
La Dame de Syros

Bras croisés sur moi-même
je suis ma propre cage
à la fois prison et prisonnière

Visage absent du visage
nez repérant les morts serrés dans leurs bandelettes
ma silhouette silencieuse régnait
sur toute une nécropole

Le sculpteur de Syros le voulait il
m’avait élaguée tel un arbre malade
tailié le superflu à ma survie
effacé l’excédent à ma
temporalité gardé le cri invisible
le regard gelé tourné vers l’intérieur

Le sculpteur de Syros m’a voulue longiligne
comme un pieu
muette comme l’argile
immobile dans mon ossature
bras croisés au seuil de l’infini

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: La Dame de Syros
Traduction:
Editions: Ekphrasis

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Nos instants les plus précieux… (François Jacqmin)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021



    

Nos instants les plus précieux…

Nos instants les plus précieux ne furent-ils
pas des états
que rien ne permettait de retenir ? Instants
glanés lors du passage des oiseaux, nous les avons
laissé s’enfuir
afin de ne garder que l’indistinct et l’éphémère
pour preuve de leur traversée.

(François Jacqmin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Manuel des agonisants
Traduction:
Editions: Tétras Lyre

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Où trouver la force de tenir (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2021



Illustration: Bénédicte Pontet
    
Où trouver la force de tenir
Trop longue à poindre
la petite lueur
qui éclairerait le chemin
Comment apprendre la patience
D’où vient cette obstination
qui permet de poursuivre
alors même que tu voudrais renoncer
D’où vient cette force
Pour lui donner plus de vigueur
tu dois descendre encore plus bas
là où l’excès de souffrance
met fin à la souffrance

Tu ne peux encore franchir ce seuil

Tu voudrais t’emplir
de tout ce qui te manque
de tout ce que follement tu désires
mais la prise se dérobe
tes mains ne peuvent rien garder
Tout est emporté par le vent
Alors accepte
Au lieu de vouloir t’emplir
laisse-toi traverser
Accepte d’avoir les mains vides
Peut-être pourront-elles consolider
ceux qui n’ont pas les mots
et pleurent derrière les murs

*

Descends toujours plus bas
aie confiance
Les questions qui te harcèlent
vont trouver réponse
et c’en sera fini
de la tension qui t’étreint

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Visages (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2021




    
Visages qui apaisent

Visages qui ne sont que refus

Visages au regard éteint

Visages que la timidité verrouille

Visages qui inquiètent

Visages creusés par la faim

Visages qui ouvrent la porte
sur une amitié

Visages vides qui ne laissent
pressentir aucun arrière-pays

Visages dévastés par la maladie

Visages empreints d’une bonté
qui réchauffe

Visages durcis par la haine

*

Visages où demeurent les traces
du combat qui les a pacifiés

Visages qui vous font
vous rétracter

Visages trop lisses
sur lesquels rien ne se lit

Visages dont la dureté
vous glace vous scelle les lèvres

Visages douloureux
où affleure un secret
qu’on aimerait connaître

Visages et regards
de ceux qui sombrent

Visages qu’un excès de souffrance
a figés à jamais
au-delà du désespoir

Visages à l’expression
décidée et hautaine

Visages qui rayonnent
une douce lumière
et dont on garde la nostalgie

*

Visages compassés
façonnés par les conventions

Visages qui consentent
au regard qui les pénètre

Visages las impavides
revenus de tout

Visages d’enfants
d’une grâce infinie

Visages concentrés
à l’écoute
du murmure intérieur

Visages dont la beauté
émerveille

Visages qui vous ouvrent
vous dilatent
vous aimantent

Visages visages visages

Une des grandes et inépuisables
richesses de la vie

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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ÉPITAPHE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
ÉPITAPHE

Ils moururent de l’épidémie, les meilleurs : les uns,
la peste les emporta; d’autres, la grippe que l’on
appela espagnole ; et il y eut ceux de la
danse de Saint-Guy ; ceux de la lèpre, ceux de la
phtisie, galopante ou non. Et cela, quand
ils ne se tiraient pas un coup de feu dans la tête, ne se
pendaient pas à un réverbère, ne se jetaient pas
dans le fleuve. Il y eut encore ceux qui cessèrent
d’écrire; ceux qui burent jusqu’à perdre
la raison ; ceux qui, purement et simplement,
renoncèrent sans explication. Comme si
la vie dépendait de si peu —
des lignes griffonnées sur du papier brouillon,
des phrases qui pouvaient rimer ou non,
des pensées… qu’ils auraient pu
garder pour eux-mêmes. Cependant,
quand je les lis, je comprends leur
désespoir. La beauté n’apparaît pas
tous les jours aux yeux d’un homme;
la perfection ne paraît pas toujours
une chose de ce monde. Oui :
je monte les escaliers jusqu’en haut,
d’où l’on voit la ville, bien que
le temps soit à la tempête. Que
se passe-t-il, en cet instant, sous
ces toits ? Quelle épidémie, plus
subtile, saisit au sol ceux qui,
naguère encore, rêvaient de s’envoler?

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Parfois, je suis triste (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2021



Illustration
    

Parfois, je suis triste. Et, soudain, je pense à elle.
Alors, je suis joyeux. Mais je redeviens triste
de ce que je ne sais pas combien elle m’aime.
Elle est la jeune fille à l’âme toute claire,
et qui, dedans son coeur, garde avec jalousie
l’unique passion que l’on donne à un seul.
Elle est partie avant que s’ouvrent les tilleuls,
et, comme ils ont fleuri depuis qu’elle est partie,
je me suis étonné de voir, ô mes amis,
des branches de tilleuls qui n’avaient pas de fleurs.

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les mariées (Danielle Julien)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021



Illustration  
    
Les mariées

Je garderai longtemps cette image nouvelle
cet enthousiasme, cet envol d’angelots.
Deux mariées si belles dans leurs robes de neige
dans leur bonheur immense et leurs rires d’enfants.
Deux mariées nouvelles qui remercient le maire
et descendent les marches en se tenant la main.
Les familles sont là, toutes endimanchées,
les petits en blue-jean font une ronde folle
et les vieux ébahis rient encor de leurs craintes.
Deux mariées si belles dans leurs robes de neige
font un grand souffle d’air au plus large du ciel
tout est roses fleuries, tout est blanc, tout est doux,
et le désir palpite entre leurs baisers fous.
Pas de curés, de trouble-fêtes, d’hommes vêtus de noir
personne pour leur dire le chemin qu’il faut suivre.
Rien que deux mariées folles
dans leur bonheur d’amour.

(Danielle Julien)

Traduit de l’occitan par l’autrice.

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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