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Osiris ou la fuite en Égypte (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2020




    
Osiris ou la fuite en Égypte

C’est la guerre c’est l’été
Déjà l’été encore la guerre
Et la ville isolée désolée
Sourit sourit encore
Sourit sourit quand même
De son doux regard d’été
Sourit doucement à ceux qui s’aiment
C’est la guerre c’est l’été
Un homme avec une femme
Marchent dans un musée désert
Ce musée c’est le Louvre
Cette ville c’est Paris
Et la fraîcheur du monde
Est là tout endormie
Un gardien se réveille en entendant les pas
Appuie sur un bouton et retombe dans son rêve
Cependant qu’apparaît dans sa niche de pierre
La merveille de l’Égypte debout dans sa lumière
La statue d’Osiris vivante dans le bois mort
Vivante à faire mourir une nouvelle fois de plus
Toutes les idoles mortes des églises de Paris
Et les amants s’embrassent
Osiris les marie
Et puis rentre dans l’ombre
De sa vivante nuit.

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Embrasse-moi
Traduction:
Editions: Gallimard

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LIBRE (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



LIBRE

Il n’y a pas de portes
ni de gardiens dans la forêt
bien qu’elle soit le Temple.
Rien à ouvrir ou à fermer.
Chacun trouve en elle son chemin.
Sa lumière dans les bouleaux.
Puis les feuillages retombent
et gardent le secret.

(Jean Mambrino)

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Les anges (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



Illustration: Giovanni Giacometti
    
Les anges Nella
ne sont pas
comme on voit dans la peinture
des serviteurs aux mains de femme
des messagers aux manières tendres
aux ailes sucrées
Les anges c’est vrai nous amènent quelque chose
mais avant de l’amener
il leur faut débarrasser notre coeur
de tout ce qui l’encombre
comme on passe une éponge sur la table
avant d’y déplier une dentelle
une soie très fragile
qu’un rien pourrait salir

Les anges comme je les sais
n’ont qu’un seul travail
qui est d’arrêter de suspendre
interrompre la vie ordinaire
l’eau courante de la vie
comme on dresse un barrage sur un fleuve
pour avoir un peu plus d’eau d’énergie
Après on peut reprendre poursuivre
après on peut entendre
la bonne nouvelle
de vivre
après seulement

Les anges ne sont pas des personnes
ne sont que des silences
de purs silences gardiens
On peut en voir souvent
si on regarde bien
dans les jardins publics
auprès d’une femme
penchée sur son enfant
ou d’un arbre
incliné sur son ombre

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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La mort est prisonnière (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Illustration: Gustav Klimt
    
La mort est prisonnière
Vous êtes, mon amour et toi, les gardiens.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Veille, car tu vas mourir ! (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Kelly Vivanco 900

Veille, car tu vas mourir !
Ne donne pas la mort à ta mort
par ton sommeil !
… Les roses sont
épanouies, comme l’aurore
de l’amour qui n’en finit pas !

— Ces heures étoilées,
qu’elles seront universelles,
si tu endors ton rêve,
et restes éveillé ! —

Cette force est ta vie,
et tu es son gardien.
Quelle éternité emporte la rivière,
avec la lune, tandis que meurent, tandis que dorment,
amas d’ombre et de fumée,
ceux qui dorment, ceux qui meurent !

Veille, car tu vas vivre !

***

¡Vela, que vas a morir!
¡No le des muerte a tu muerte,
con tu sueño!

¡Están las rosas
abiertas, como la aurora
del amor que no se acaba!

—Estas horas estrelladas,
¡qué universales serán,
si tú duermes a tu sueño,
si tú te quedas en vela!—

La fortaleza es tu vida,
y tú eres su guardián.
¡Qué eternidad lleva el río,
con la luna, mientras mueren, mientras duermen,
en montones de humo y sombra,
los que duermen, los que mueren!

¡Vela, que vas a vivir!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kelly Vivanco

 

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SENTIMENTS DU SOIR (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo d4

SENTIMENTS DU SOIR

Le jour s’éteint : la nuit, sur l’émail de la plaine.
Épanche les trésors de son urne d’ébène,
Et la lune, dans l’onde, humectant sa blancheur,
Du gazon qui s’y baigne argente la fraîcheur.
Le vent, dans les forêts qu’éveille son passage,
Comme un luth végétal fait frémir le feuillage.
C’est l’heure où l’âme entend ceux qu’on pleure tout bas,
Où nos anges gardiens sont plus près de nos pas,
Où le poète, ami de leur vol solitaire,
Accorde sa pensée aux soupirs de la terre.
Lyre intime du cœur, si prompte à t’émouvoir,
Réponds, comme les bois, aux caresses du soir :
A tes premiers concerts la douleur te rappelle.
Tu n’as point à chercher quelque note nouvelle,
Gémis ; et s’il existe, en de lointains climats,
Un ami de mon deuil, que je ne connais pas,
Prends tes ailes de flamme, et, comme un pur génie,
Va saluer ses pleurs d’un baiser d’harmonie.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Au temple de Longue-Vie (Natsumi Sôzeki)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



 

    

Au temple de Longue-Vie, chez le marchand de riz en pâte,
La petite gardienne du foyer, en sa fleur de beauté.
La gracieuse personne paraît plus touchante encore,
Depuis que votre souvenir lui tire de rouges larmes.

(Natsumi Sôzeki)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Alain-Louis Cola
Editions: Le bruit du Temps

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Les espaces du sommeil (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Les espaces du sommeil

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneur
et celui de l’assassin et celui du sergent de ville
et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux
et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Un horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a vous, vous que j’attends.

Parfois d’étranges figures naissent
à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles
et le chant du coq d’il y a 2000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas,
que je connais au contraire.

Mais qui, présents dans mes rêves,
Obstinés à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable
dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m’appartiens de par ma volonté
de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien
que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.

Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile
où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.

Toi qui es à la base de mes rêves
et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles
et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens
mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi

Dans le jour aussi.
(Robert Desnos)

Illustration: Jean Libon

Découvert ici: http://www.ville-maurecourt.fr/evenement/printemps-des-poetes-2016-a-la-mda

Merci pour la belle soirée du 20/05/2016 : lecture et chants de textes de Robert Desnos par

L’atelier d’écriture Gaz à tous les étages et les jadilleurs 

 


 

 

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Des hommes (Sylvie Saliceti)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018




    
Des hommes
réduits en poussière
ont porté une à une
ces pierres sèches
blanchies au grand soleil
des siècles,
pour monter ces murets
gardiens de la mémoire.

(Sylvie Saliceti)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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DÉSESPOIR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



 

Illustration
    
DÉSESPOIR
Ly-y-Hane

Appelle ! Appelle ! Implore ! implore ! Stagne ! stagne ! Rêve ! Rêve !
Pleure ! Pleure ! Souffre ! Souffre !… Toujours ! Toujours !
A peine fait-il chaud que la saison du froid revient !
Ah ! qu’il est accablant d’exister !
Deux ou trois tasses de faible vin,
Ne suffisent pas, pour faire supporter l’âpre vent de l’aurore.

Les cygnes sauvages repassent déjà.
Ah ! que mon cœur est cruellement blessé !
Il y a longtemps que je les connais, pour les voir ainsi passer et repasser…
Les chrysanthèmes foisonnent, partout sur la terre, en une exubérance somptueuse.
Mais la fleur qui s’étiole ici,
Qui donc voudrait la cueillir ?

Ne suis-je pas la sempiternelle gardienne de cette fenêtre ?
Quand donc cette journée s’éteindra-t-elle dans l’obscurité ?…
Une pluie fine mouille les larges feuilles des paulownias.
Le crépuscule vient lentement ; l’obscurité tombe, tombe, goutte à goutte.
La voici complète, maintenant, la nuit, et rien n’est changé pour moi…
Oh ! comment pourrait-on détruire, à jamais, le mot : désespoir ?…

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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