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Posts Tagged ‘(Gaston Miron)’

JEUNE FILLE (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



 

JEUNE FILLE

jeune fille plus belle que toutes nos légendes
de retour à la maison que protègent les mères
secrète et enjouée parmi les êtres de l’été
elle aimait bien celui qui cache son visage

sur mon corps il ne reste que bruine d’amour
au loin les songes se rassemblent à sa taille
pour les bouquets d’eau de ses yeux trop beaux
les yeux qu’elle a lui font trop mal à l’âme

jeune fille plus perdue que toute la neige
les ans s’encordent sur mes longueurs de solitude
et toujours à l’orée de ta distance lointaine
tes mille essaims de sourires encore m’escortent

j’en parle à cause d’un village de montagne
d’où s’envolent des rubans de route fragiles
toi et moi nous y fûmes plusieurs fois la vie
avec les bonheurs qui d’habitude arrivent

je parle de ces choses qui nous furent volées
mais les voudra la mort plus que l’ombre légère
nous serons tous deux allongés comme un couple
enfin heureux dans la mémoire de mes poèmes

(Gaston Miron)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

 

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Pour retrouver le monde de l’amour (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



 

Alexander Anufriev 02

Pour retrouver le monde de l’amour

Nous partirons de nuit pour l’aube des Mystères
et tu ne verras plus les maisons et les terres
et ne sachant plus rien des anciennes rancoeurs
des détresses d’hier, des jungles de la peur
tu sauras en chemin tout ce que je te donne
tu seras comme moi celle qui s’abandonne

nous passerons très haut par-dessus les clameurs
et tu ne vivras plus de perfides rumeurs
or loin des profiteurs, des lieux de pestilence
tu entendras parler les mages du silence
alors tu connaîtras la musique à tes pas
et te revêtiront les neiges des sagas

nous ne serons pas seuls à faire le voyage
d’autres nous croiseront parmi les paysages
comme nous, invités à ce jour qui naîtra
nous devons les chérir d’un amour jamais las
eux aussi, révoltés, vivant dans les savanes
répondent à l’appel secret des caravanes

quand nous avancerons sur l’étale de mer
je te ferai goûter à la pulpe de l’air
puis nous libérerons nos joies de leur tourmente
de leur perte nos mains, nos regards de leurs pentes
des moissons de fruits mûrs pencheront dans ton coeur
dans ton corps s’épandront d’incessantes douceurs

après le temps passé dans l’étrange et l’austère
on nous accueillera les bras dans la lumière
l’espace ayant livré des paumes du sommeil
la place des matins que nourrit le soleil
ô monde insoupçonné, uni, sans dissidence
te faisant échapper des cris d’incontinence

nouvelle née, amour, nous n’aurons pas trahi
nous aurons retrouvé les rites d’aujourd’hui
le bonheur à l’affût dans les jours inventaires
notre maison paisible et les toits de nos frères
le passé, le présent, qui ne se voudront plus
les ennemis dressés que nous aurions connus

(Gaston Miron)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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Parfois (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016




Parfois dans la foule
surgit l’éclair d’un visage
blanc comme le fut naguère
le tien dans ma tourmente.

(Gaston Miron)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Mer jours (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Mer jours
et de harpes sans oiseaux

pour de secrètes marées disparues
dans l’anfractuosité des silences
tu retisses à rebours
les souffles à mon coeur capiteux

pour un mystère qui t’ensemence
dans le multiple dense des étreintes
tu auscultes toujours
d’une sonde à l’étoile
ta longue désespérance

(Gaston Miron)


Illustration: Timothy Martin

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La braise et l’humus (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



La braise et l’humus

Rien n’est changé de mon destin ma mère mes camarades
le chagrin luit toujours d’une mouche à feu à l’autre
je suis taché de mon amour comme on est taché de sang
mon amour mon errance fait mes murs à perpétuité

un goût d’années d’humus aborde à mes lèvres
je suis malheureux plein ma carrure, je saccage
la rage que je suis, l’amertume que je suis
avec ce boeuf de douleurs qui souffle dans mes côtes

c’est moi maintenant mes yeux gris dans la braise
c’est mon coeur obus dans les champs de tourmente
c’est ma langue dans les étages des nuits de ruche
c’est moi cet homme au galop d’âme et de poitrine

je vais mourir comme je n’ai pas voulu finir
mourir seul comme les eaux mortes au loin
dans les têtes flambées de ma tête, à la bouche
les mots corbeaux de poème qui croassent
je vais mourir vivant dans notre empois de mort

(Gaston Miron)

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Plus belle que les larmes (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Plus belle que les larmes

Jeune fille plus belle que les larmes
qui ont coulé plus qu’averses d’avril
beaux yeux aux ondes de martin-pêcheur du matin
où passent les longs courriers de mon désir
mémoire, ô colombe dans l’espace du coeur
mes mains sont au fuseau des songes éteints
je me souviens de sa hanche de navire
je me souviens de ses épis de frissons
et sur mes fêtes et mes désastres
je te salue toi la plus belle
et je chante

(Gaston Miron)


Illustration: Francine Van Hove

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Chanson (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Chanson

Cortèges des semaines
les voix qui chantent faux
le jargon de nos peines
les amours mécanos

la jarre est dans l’eau morte
les espoirs verrouillés
les secrets sans escortes
et les corps lézardés

sept jours comme des flûtes
les balcons qui colportent
le front las qui se bute
au seuil muet des portes

sur une grande artère
s’en vont les mains fanées
le soupir des années
et l’orgue de misère…

(Gaston Miron)

Illustration: Gilbert Garcin

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Je t’écris (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Je t’écris pour te dire que je t’aime
que mon coeur qui voyage tous les jours
— le coeur parti dans la dernière neige
le coeur parti dans les yeux qui passent
le coeur parti dans les ciels d’hypnose —
revient le soir comme une bête atteinte

Qu’es-tu devenue toi comme hier ?
Moi j’ai noir éclaté dans la tête
j’ai froid dans la main
j’ai l’ennui comme un disque rengaine
j’ai peur d’aller seul de disparaître demain
sans ta vague à mon corps
sans ta voix de mousse humide
c’est ma vie que j’ai mal et ton absence

Le temps saigne.
Quand donc aurai-je de tes nouvelles ?
Je t’écris pour te dire que je t’aime
que tout finira dans tes bras amarré
que je t’attends dans la saison de nous-deux
qu’un jour mon coeur s’est perdu dans sa peine
que sans toi il ne reviendra plus

Mon amour quand nous serons couchés côte à côte
dans la crevasse du temps limoneux
nous reviendrons de nuit parler dans les herbes
au moment que grandit le point d’aube
dans les yeux des bêtes découpées dans la brume
tandis que le printemps liseronne aux fenêtres

Pour ce rendez-vous de notre fin du monde
c’est avec toi que je veux chanter
sur le seuil des mémoires les morts d’aujourd’hui
eux qui respirent pour nous
les espaces oubliés

(Gaston Miron)

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Jeune fille (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Jeune fille

Jeune fille plus belle que toutes nos légendes
de retour à la maison que protègent les mères
secrète et enjouée parmi les êtres de l’été
elle aimait bien celui qui cache son visage

sur mon corps il ne reste que bruine d’amour
au loin les songes se rassemblent à sa taille
pour les bouquets d’eau de ses yeux trop beaux
les yeux qu’elle a lui font trop mal à l’âme

jeune fille plus perdue que toute la neige
les ans s’encordent sur mes longueurs de solitude
et toujours à l’orée de ta distance lointaine
tes mille essaims de sourires encore m’escortent

j’en parle à cause d’un village de montagnes
d’où s’envolent des rubans de route fragiles
toi et moi nous y fûmes plusieurs fois la vie
avec les bonheurs qui d’habitude arrivent

je parle de ces choses qui nous furent volées
mais les voudra la mort plus que l’ombre légère
nous serons tous deux allongés comme un couple
enfin heureux dans la mémoire de mes poèmes

(Gaston Miron)


Illustration: Camille Pissarro

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