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Poésie

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Deux petits éléphants (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019


 

C’était deux petits éléphants,
Deux petits éléphants tout blancs.

Lorsqu’ils mangeaient de la tomate,
Ils devenaient tout écarlates.

Dégustaient-ils un peu d’oseille,
On les retrouvait vert bouteille.

Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.

On leur donnait alors du lait:
Ils redevenaient d’un blanc tout frais.

Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,

D’un grand sachet de poudre d’or.
Et ils brillèrent, ce jour-là,

D’un tel éclat que plus jamais,
Même en buvant des seaux de lait,

Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

(Maurice Carême)

 

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Les mots (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Les mots

Mets les mots dessus dessous,
attrape-les par la queue
qu’ils couinent, ces pourceaux,
fouette-les,
gave-les de sucre,
gonfle-les comme des ballons, crève-les,
gobe leur sang, suce leur moelle,
fais-les sécher, fais-les castrer,
piétine-les, coq vert galant,
cuisinier, tords-leur le cou,
déplume-les,
taureau, étripe-les,
bœuf, traîne-les dans la boue,
refais-les, poète,
fais-leur avaler toutes leurs couleuvres.

(Octavio Paz)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Automne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Automne

Il y eut donc le printemps et son fleuve de fleurs
— Avec ses mains de feuilles fermées sur l’ombre en fruit
oh ! cet automne, là, qui dure sur nos vies
et ferme l’horizon du long cri de son sang. —

Il y eut donc l’été lourd comme l’angélus de midi
où nos mains en prison glissaient le long des livres
— oh ! Nos corps roués d’ombre, roués d’eau, de soleil —
où le sommeil
veillait sur l’ivresse des mouches et des pensées.

C’est l’automne, va, c’est l’automne, paix des forêts,
tu n’as pas reconnu la grive immortelle et gavée
grise, grise, que ne fleurira plus son sang dernier
car il y a chasse aux hommes cette année.

Les vieux fusils sommeillent près des vieilles poupées
le plomb de nos soldats d’enfants coule en sang sur la terre
les abeilles d’acier essaiment vers nos coeurs
nouvelles fleurs d’où coulera le miel chaud de la mort.

De mes songes tristes a surgi ton visage, ma mort,
soudain le nuage de ton visage pâle de vie.
Plaisir, désir, ton sourire
éclairait de neige l’au-delà
et je comptais mes pas sous ta lumière
dévalant vers l’hiver.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Recette (Jean-François Agostini)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



poeme

Recette

Le jour où vous serez dans votre bonne assiette
procurez-vous:
un paquet d’alphabets en vrac,
Douze cuillerées à soupe de brise vanillée
un quartier de lune rousse
un zeste de sentiment (au choix)
750 grammes de rêve
10 centilitres d’Alcool (l’Apollinaire est recommandé)
(ou 20 centilitres si vous voulez donner leur part aux anges)
une pincée de virgules
Mélangez le tout
Faites chauffer 2 heures à 37° 5
Goûtez! (Si trop d’amertume, faites fondre une vieille histoire
d’amour et glacez le tout)
Dégustez votre poème avec quelques amis, mais un conseil :

Ne les gavez pas !

(Jean-François Agostini)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

 

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AUTRUCHE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



AUTRUCHE

Mélancolie, ôte maintenant ton doux bec ;
ne gave plus tes jeûnes en mes blés de lumière.
Mélancolie, assez! Comme tes poignards savent boire
le sang sucé par ma sangsue d’azur !

N’achève pas la manne femelle tombée;
que naisse d’elle, demain, une croix,
demain quand je ne saurai plus vers qui tourner les yeux,
quand le cercueil ouvrira son grand Ô railleur.

Mon coeur est un vase arrosé d’amertume ;
d’autres oiseaux paissent lui…
Mélancolie. ne tarit plus ma vie,
déshabille tes lèvres femelles… !

***

AVESTRUZ

Melancolía, saca tu dulce pico ya;
no cebes tus ayunos en mis trigos de luz.
Melancolía, basta! Cuál beben tus puñales
la sangre que extrajera mi sanguijuela azul!

No acabes el maná de mujer que ha bajado;
yo quiero que de él nazca mañana alguna cruz,
mañana que no tenga yo a quién volver los ojos,
cuando abra su gran O de burla el ataúd.

Mi corazón es tiesto regado de amargura;
hay otros viejos pájaros que pastan dentro de él…
Melancolía, deja de secarme la vida,
y desnuda tu labio de mujer…!

(César Vallejo)


Illustration: Jeannie Lynn Paske

 

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